• ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

     DÉCORTICAGE DISCURSIF : essai. PLONGÉE.

       Sources : https://vimeo.com/166977498 & https://www.opnminded.com/2015/03/16/the-last-days-of-peter-bergmann-homme-sans-idendite.html

       Après l'appareil photo, les caméras... automatiques et cinématographique : Peter BERGMANN, de son dernier nom officiel (pseudonyme dit la présentation). Il aura effacé les moindres traces de son identité "réelle" avant de disparaître (en se donnant la mort). Par son dernier périple et le gouffre qu'il ouvre, il rappelle des univers sombrement mélancoliques, les biographies scrupuleuses et lancinantes de W. G. SEBBALD (Les Émigrants, 1992 /1999 ou Auzterlitz, 2002), les transferts de personnalités de Fernando PESSOA (combien d'hétéronymes). Le trouble, la brume, le gris se diffusent : l'ailleurs de l'épopée, la duperie peut-être, sur les contreforts de l'orgueil et de l'emprise.

     

      ANONYMAT. C'est une réalité qui prend un relief nouveau pour nous, au fil de lectures (dont en dernier lieu Marie CACHET, Le Secret de l'ourse, 2016), à force de photographies choisies et d'observations (sur les évolutions juridiques et technologiques en cours, principalement). Elle s’appesantit d'autant plus qu'elle fait de l’œil au cas de fond auquel nous aimerions aboutir prochainement : le fascisme et ses avatars (on ne fréquente pas dématériellement Michel DRAC, avec et après Francis COUSIN, E&R voire à l'occasion Alain SORAL, sans vouloir en découdre correctement avec le feu - glacé !? couvant).

       L'anonymat nous semble rallier dangereusement les pires perspectives sociales actuelles, alors que jusqu'ici nous le cantonnions facilement dans le profit merveilleux ou simplement jouissif, largement rapporté à la modernité (celle qu'à juste titre, on vilipende ici, glorifie là !), d'y avoir puisé avantageusement hier en très grande ville, encore aujourd'hui très apprécié, à l'image probable de tant de "congénères" (souvenir d'un professeur de bonne notoriété - en urbanisme ! - le défendant mordicus) Tous accros ?, - légers, insouciants, ragaillardis, conquérants ? - en ville toujours, moyenne ou petite et finalement... partout, puisque le monde rural est en métamorphose (si ce n'est "rurbanisation" définitive - le terme mérite lui aussi définition, et il le sera un jour ou l'autre), et que les - quelques - habitants de la campagne et de ses bourgs sont aussi modernes qu'ailleurs.

       Rien de bizarre quand on y regarde de près...

     

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

       Foule compacte, indienne, illustrative d'un article intéressant sur la population mondiale, l'excès démographique. Source : http://marcelthiriet.blogspot.fr/2011/09/arretez-les-enfants.html

       Nota : De mon séjour en Inde au tout début des années 90, je retiens d'avoir toujours été surprise, plus que de la foule des grandes villes et des petites (où un million d'habitants est commun), de la présence dans les régions les plus retirées, parfois hostiles (semi-désertiques), d'une personne, d'un petit groupe, actifs : partout animation humaine, présence tangible, occupation, là où la campagne française réserve la solitude, une forme de béance (et de tristesse - sociale, naturelle -, plombante quand le temps s'y met... Ce serait en Bretagne exclusivement ?).

     

       L'anonymat est de l’extrémité humaine tout en relevant du relatif. (!)

      S'il est accordé à la foule anonyme ou "d'anonyme-s", par quelque journaliste en "mal de mots", fourrageant dans le pléonasme (souvent, elle s'est aussi pressée, amassée, la foule...), il se rapporte à la personne humaine, une et indivisible. Il est l'un des derniers titres, et de celui qui n'en a pas ! Mais encore... pas de quoi. Pas de nom !? Il incarne, au plus rigide et dans une forme de redondance parallèle, le contraire de l'identité - cette dernière pour laquelle fut inventée une carte, sans blague, des papiers en vérité (que d'idées, la France, car elle en serait l'initiatrice et la planificatrice / GLENMOR) !

       N'est-on pour autant rien de n'avoir pas de nom, pas de carte ? A priori, NON ! (de NOM ?)

       (A noter que la carte d'identité n'est pas obligatoire en France. Hypocrisie raffinée ? Palais des glaces !)

       Privé de papiers, il est impossible d'être un vrai vivant, un humain digne et entier, de nos jours... Comble de l'artefact : même avec un nom... La surenchère sociale routinière, d'identification, bureaucratique ici, a fait ses effets. On nous prévient d'un devoir de "justification": "justifier son identité". C'est beau, très fort... Et des situations insensées existent, délirantes et généralement destructrices ("ubuesques", "kafkaïennes", dit-on depuis des lettrés avertis). Question de droits et d'autorisations (!) qui font l'être à la place de l'être lui-même (lui-même, oui - la répétition est du chapitre). Misère ! De nombreux cas se décomptent en pays "civilisés", auxquels les apatrides et les migrants de toutes sortes ajoutent leur grain de malheur, préjugé au moins.

       [Ce lundi 30 janvier, sur la radio France Bleu, avec le thème de "vivre à la rue" (sic), une auditrice a appelé pour raconter que des ratures sur son extrait de naissance doublées d'une situation de sœur jumelle ont jugé de son sort "national" et entériné une destitution de fait et quotidienne (On s'dit tout, Vanessa LAMBERT). Si la rue et l'errance ne sont pas devenues son lot, la solidarité de terrain - de toute nature, en est la grâce].

       L'anonymat serait-il l'histoire déjà longue du contemporain, ancré dans l'ancestral, augurant des bonnes ou sales affaires futures ? Serait-ce le mal absolu, archaïque, du social et la mesure d'urgence, actuelle voire systématique du... social ? Une histoire de l' "élément" humain et de son corps témoin, présent, battant, "causant" ! en plus d'agir, le trajet de l'être immanent, indomptable aux prises avec le groupe nécessaire, vital, mais trop et si souvent en mal de preuves et de contrôle, si ce n'est de soumission (dans la peur insondable, éternelle ou construite) ?

       L'histoire de l'être qui se défend, se veut tel, untel (?) et s'aime a minima, parallèlement, paradoxalement ? Et l'histoire de l'autre qui veut savoir, en miroir ?

       Est-ce l'histoire simplissime de la personne qui ne fait que passer, dans l'indifférence ou l'invisibilité de sa fugacité et/ou se montre dans la splendeur de son inconnu, tonitruant ou méprisé, pénétrant ou non, avec ou sans méfiance, audace ?, d'autres sphères "domaniales" que la sienne, perturbant en bien, en mal ? Est-ce encore l'histoire du trop absent, l'individu d'un ensemble, d'une masse ou d'un corps supérieur, fondu, ignoré en tant que lui-même, agent parmi d'autres, apprécié ou dévalué comme tel ? L'anonymat s'associe invariablement au passant, au voyageur, au vagabond, à l'intrus (celui qui traverse, entre peut-être et perturbe par ce qu'il montre d'une part, perçoit et prend d'autre part, incognito, voleur violeur d'intimité, trop et pas assez saisi, dont on cherchera d'abord, s'il y a plainte voire délit, les traces, les empreintes), autant qu'à celle ou celui qui n'existe pas ou si peu d'être une infime partie d'un tout, bougre ou réduit au rouage à peine notable, sans doute remplaçable, au vu du nombre, du flot, de la machinerie : tantôt vedette, tantôt cible et/ou si proche du néant... ondoyant sur l'abysse.

         Est-ce l'histoire du pouvoir ? De la société en marche, aspirante dominatrice, de ses ordres successifs et simultanés, de ses commandeurs et commandements, perpétuels candidats, chefs et impératifs effectifs, toujours prêts à la coercition (et la ponction) ? Ou l'histoire des latitudes, des fenêtres, des opportunités ménagées ou irruptives qu'offrent bien des contextes, multipliés en monde expansif ou en réorganisation permanente ? Histoire et contre-histoire des pouvoirs !? Histoire des pouvoirs et contre-pouvoirs !?

      Subi ou choisi, l'anonymat s'écartèle. Il ressemble à un jeu de cache-cache où la personne peut tirer son épingle et modifier des (ou les) cartes, comme s'avérer négligeable jusqu'à l'écrasement, l'indistinction maximale. Si n'importe qui s'y glisse quand les lieux se font zones de circulation et/ou de production massive, l'enjeu de commerce ou chalandise débridés, de religion ?, avec d'autant plus d'aisance que la facilité des emplois et transactions (des dons célestes ?) lui est liée, il est sollicité par d'autres figures, en survie pour certaines, en expérimentation, ou encore pétries de calcul et d'ambition pour d'autres, visées existentielles, ici, aventurières, politiques, économiques là. Il établit conformisme et organisation supérieure d'un côté, masques et précautions de l'autre.

       Manœuvres... macro / micro-cosmiques.

       NE PAS ÊTRE CONNU...

       Ne pas savoir QUI est là !

       Car davantage que l'étymologie édictant QUI N'A PAS DE NOM,                                                                                                                                               l'anonyme est QUI l' "ON" (!) NE CONNAÎT PAS.

       BONHEUR ? DÉFAITE ? RÉALITÉ (fait !) ? FULGURANCE ?

     

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

       L'Homme invisible en images !, inspiré du roman de H. G. WELLS (1897). De par la version mystérieuse relayée d'abord, on se souvient du moment fatidique (dans le téléfilm, la seule version que nous ayons vue) où les bandelettes (fascinante idée, streap-tease archétypal !), les vêtements sont retirés... L'invisibilité acquise (d'un albinos originel, dans le livre apprend-on) invite aux comportements les plus contradictoires, et entreprenants (fictions obligent) : se venger, aider, tirer parti... La folie guette. Extrait du retour de l'homme invisible, Ford BEEBE, 1944 (USA) en seconde illustration. Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/L'Homme_invisible & http://www.notrecinema.com/communaute/v1_detail_film.php3?lefilm=39928

     

       Qu'il désire ou décide son état, l'anonyme détient les clés de son nom (et de son être), qu'elles soient celles du tu (silence, omission, camouflage), dans l'esquive maximale ou l'exposition partielle, ou du fusionnel (inscription, adhésion engloutissement), de croissance comme de disparition. S'échapper, se couvrir ou s'abandonner au "reste", ensemble ou autre, pour lesquels va manquer la connaissance, un objet de connaissance - majeur ! au moins. Plane, menace ou sourit une chance de préservation ou de changement dans ce qui sera reçu avec tellement de diversité (du mépris à l'incandescence).

       Pourra alors se constituer une petite ou belle partie entre l'un et un autre, et les autres - le grand autre ?, avec ses risques et ses périls (aventure qui finit mal, solitude, repli, inexistence, oubli), ses joies et ses opportunités (tremplin, va-tout, événement-s, émancipation), radicales qui sait. Marginal, frisant l'hors-cadre...

       Le jeu est-il confiné au seuil d'une échelle, d'une mesure... Le relatif consubstantiel de l'anonyme est-il faussement distant, ou d'une distance définie et tenue ?

       L'électron libre existe-t-il ?

     

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

      Gérard DEPARDIEU, au début de sa longue carrière. Coqueluche "populaire" de Paris, il a "fait son trou" à la capitale en  fils de... ("prolo" !, évidemment) et lancé un début de... dynastie "people". Égal à sa réputation et ses origines aussi recherchées et flattées que brumeuses et intouchables (ouf !), à son art aussi, il est ici maladroit et rusé, tangent sous le regard vaguement expectatif des deux protagonistes aussi lasses que préoccupées du film Nathalie GRANGER (Marguerite DURAS, 1972) jouées par Lucia BOSÉ et Jeanne MOREAU. Le titre de la fiction est le nom de l'un des enfants de la maison, anormalement violente, en préparation pour le pensionnat (temps réel presque insoutenable, avec des pépites, pour notre avis de spectatrice récente). Sources : http://www.cinema-francais.fr/les_films/films_d/films_duras_marguerite/nathalie_granger.htm/* & http://www.actingoutpolitics.com/marguerite-duras%E2%80%99-%E2%80%9Cnathalie-granger%E2%80%9D-1972-%E2%80%93-glimpse-of-eternity-in-black-and-white/

     

    « ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 01ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 03 »