• ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 04

     CULTE DE L'OURSE : NOM & RENOMMÉE. SiNON !?

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 04

       "Cheval Cerf Larmes",  Alexandra DUPREZ, 2012. "Huile sur toile – 130 x 150 cm". Quel dommage le titre ! On s'en passerait d'autant plus que la peintre semble avoir peint pour notre thématique.  Source : http://cimaises-leblog.fr/alexandraduprez/

     

       Marie CACHET n'a rien d'une universitaire mais ses propositions sont captivantes par leur cohérence systémique et leur substrat pratique, organique et imaginaire (en plus de s'appuyer sur des données de valeur scientifique), quelle que soit leur validation finale. Dans son ouvrage Le Secret de l'Ourse (2016), elle se centre conclusivement sur la question du renom, alors même que le discours de son mari Varg VIKERNES promeut le paganisme européen dont il vante l'HONNEUR cardinal (nous entendons, nous, modestement - sacrilège et contresens !?, la fierté de soi devant les autres et devant soi-même, c'est-à-dire une identité hautement sociale en ce qu'humaine, le soi ayant intégré ou non les valeurs du groupe, arborant droitement ses priorités et/ou ses états de faits...).

     

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        Alexandra DUPREZ, 2014. Source : http://www.exporevue.com/magazine/fr/index_duprez.html

     

       Dans la quête ou l'épreuve de l'enfant sortant du deuxième âge (vers 7 ans, avec la chute des premières dents de lait) qui doit trouver ou retrouver sa personne à travers un ancêtre décédé, choisi ou reconnu par lui, fort ptobablement déterré de sa tombe à l'aube de la Préhistoire, les marqueurs clés récupérés (objets "précieux" du mort mais aussi crâne et/ou os de la jambe), l'accomplissement d'une sorte de réincarnation (ou de palingénésie, ainsi qu'aime à dire Marie Cachet) repose sur le nom et peut-être plus encore le renom qu'il est alors convenu de quérir et d'endosser, à cet âge. Suivant le processus de cristallisation que Marie Cachet valorise et suggère d'être un besoin humain fondamental, l'enfant va être attiré par ce qui a été dit, rapporté d'un être, ici disparu. Au long d'une année, il va traverser plusieurs grossesses symboliques (au nombre de 3) qui doivent le mener à lui-même, "l'autre" choisi.

       Le nom et le renom d'un autre, parti, sont une option, une voie empruntée d'attirance et/ou de reconnaissance. Ce qu'ils recouvrent est l'essentiel et vont déterminer une nouvelle trajectoire humaine...

       Enracinement et essor (ou ressort).

     

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 02

       Gravure illustrant le conte Le Petit Poucet, selon Charles PERRAULT. Quand le sommeil a gagné les lits chez les ogres, le temps sonne de couronner astucieusement les frères à la place des filles goulues de la maison. Elles se feront égorgées, par leur père échauffé d'appétit et trompé par l'absence de couvre-chef d'or sur sa progéniture. Les garçons pourront tous fuir et devenir - ou redevenir... UN et LUI. L'une des dernières étapes de naissance et renaissance, difficile et sanglante est en effet franchie avec succès (c'est la rupture des cordon et placenta de l'ancien fœtus). Sources : http://environnement.ecole.free.fr/petit_poucet.htm & http://environnement.ecole.free.fr/images_5/petit_poucet_i.jpg

     

       Ainsi commencerait l'identification - devenir soi, pourvu de son être plein, par l'identification (s'identifier à quelqu'un) avant de prendre identité (la sienne) et d'être identifiable... Au début de l'épreuve, l'enfant n'a lui-même pas de nom, d'identité, d'incarnation - soit d'être responsable parmi les autres, nous dit Marie Cachet. Il dépendait jusqu'ici de sa mère. Le sevrage et les nouvelles dents intronisent la séparation et le devoir d'être autonome - autonome !? Auto-NOME ?

       A ce point.

       Selon ce scénario, nom et identité s'adossent l'un à l'autre, se superposent, s'entrecroisent, se gravissent mutuellement. Symbiose graduelle. Le nom en devient auto-consécration ! Dans un cercle collectif que l'on suppose attentif et respectueux.

       L'être en postulat de fond. Et l'être en direction et projection capitales de la destinée humaine...

       Vrai ou fausse, magnétique et généreuse, la ronde hypothèse de Marie Cachet suppose, telle que nous l'interprétons, une pensée de la mort, un sens de la disparition et de la précarité porteur d'un attachement à l’œuvre vitale, naturelle et... humaine. Elle admet l'importance de l'être, et singulier de fait, doté de relief, imprimé dans la perception collective, doué de manœuvre, de décision jusqu'à l'évolution personnelle et l'impact altruiste. C'est du moins notre appréciation. Les attributs personnels sont-ils le nom autant que l'assise entière et première de l'individu, susceptible d'évolution ? C'est notre interprétation, consécutive. Et le renom n'est que la profondeur positive, l'empreinte laissée en les autres : qualités, vertus, incarnées de fil en aiguille, de décès en naissances-renaissances, sensibles et mouvantes aussi.

       Reste l'étrange ancêtre, les ancêtres, référents, ardents repères, que Marie Cachet et Varg Vikernes subliment dans leur plaidoyer païen, jusqu'à les assener, revendicatifs et caricaturaux dans leurs vidéos respectives (une focalisation univoque, monomaniaque participe des propos du musicien-orateur en particulier). Sont-ils les figures totémiques des succès à préserver et continuer sans autre spécification, et surtout pas religieuse encore moins... ordonnatrices ? La saveur, la grandeur des personnes, une à une, qui se perpétueraient sans dogme supérieur, sans hiérarchie sociale implicite et formelle ? Ou les emblèmes de valeurs prioritaires, exigeantes et exigées de chacun ?

       L'autonomie au sens littéral (se nommer soi-même) que le culte de l'ours aménagerait, opère dans la réincarnation, appelée parfois transmigration, modèle de continuité par excellence. Le passage d'un être décédé à l'autre vif relève même, dans la version de Marie Cachet, de la transmission la plus directe. Et des gestes et éléments au combien matériels sont censés les combler. Ce sont la tête de l'ancêtre "adopté", siège de la connaissance mais aussi les jambes, qui l'ont porté sa vie durant comme elles portent toute personne, la meuvent et l'élèvent dans un dessin anti-gravitationnel explicite (l'importance d'une pensée de la gravitation est l'une des hypothèses les plus originales de Marie Cachet, à laquelle la verticalité de l'ours debout répond mais aussi une certaine astronomie !) autant de pièces organiques qui peuvent se montrer fraîchement cadavériques selon la promotrice du paganisme, que l'enfant va chercher, déterrer, découper, extraire de chairs encore collées s'il le faut, et garder pour intégrer, retrouver son être.

       [Les marques incisives, les stries que portent certains os humains très (très) anciens, l'existence de squelettes inhumés dépourvus de crâne, de membres laissent la communauté scientifique très prudente mais grossièrement adepte de la forte probabilité de pratiques anthropophagiques passées, justifiées par telle ou telle croyance de transfert de forces ou d'états voire d'être par incorporation - masticatoire ! ou encore famine exceptionnelle, goût gastronomique (ajouté par Florence BURGAT autour de son livre L'Humanité carnivore, Seuil, 2017). Yannick LECERF, dans La Bretagne préhistorique, Les peuplements, des origines à la conquête romaine se fait le porte-voix de cette position commune dominante versée dans la simplicité et issue du recueil des connaissances ethnologiques accumulées depuis quelques siècles. Les débats ne semblent pas dépasser le raisonnement basique, s'obstinent sur les seuls restes matériels (à quand une mythologie paléolitique curieuse  et assumée ?), ne s'aventurent en aucune explication plus concrète, - ni plus abstraite ! (emprunte d'imaginaire qui fait rituels et pratiques humains réels)... Crainte d'être ridiculisée, d'être ramenée aux spectres des premières archéologies dites idéologisantes, datées et erronées de reprendre à leur compte les pires représentations et croyances de leurs époques... la "communauté" scientifique se prive de libertés parfaitement justifiables et de pistes de recherche excitantes, au risque de s'assécher et de tourner en rond, sur quelques trouvailles, en plus de retomber dans le piège qu'elle impute à ses prédécesseurs et redoute le plus (se faire moutons bêleurs de leur temps), à notre humble avis...

       Voir en Tsukeshoin (sur des périodes préhistoriques variées) : http://tsukeshoin.eklablog.com/l-homme-prehistorique-etait-il-cannibale-p1138294, http://tsukeshoin.eklablog.com/violences-anciennes-patou-mathis-a125146920,  & de Yannick LECERF, page 32 (à venir, et ! un nom qui ne s'invente pas !)]

     

       L'après "culte de l'ours" version Marie Cachet, de la fin de Néandertal à aujourd'hui, de l'Antiquité à l'Histoire semblerait ne retenir et n'affiner qu'un seul aspect de la problématique humaine mis en exergue par ce fabuleux et plausible mythe, et manquer la complétude des cycles personnalisés d'antan - telle que nous voulons l'entendre du moins ! Si les enclaves du passé lointain, les micro-mondes anciens - bientôt celtiques ou non - puis du haut Moyen-Age perdurés dans les campagnes des siècles entiers furent éventuellement garants d'une identité batelière, d'un être-soi s'accomplissant de par sa vie propre et celles de ses aïeux choisis et réincarnés, le nom, marque d'importance singulière individuelle semble s'être fait axe paternel, l'ancêtre converti en seule génétique filiale voir en souci dynastique. L'attribut de naissance au lieu de la percolation inter-individuelle et inter-générationnelle évolutive et constructive, les législations, les courses d'héritiers, codes de sang, lois saliques et droits d'aînesse, etc. préférant menaces, spécialisations et délimitations ont pu définitivement gagner le terrain, la hiérarchie et le fonctionnalisme plus ou moins implacables se seraient mis en place pour organiser le temps, l'espace, les êtres, le nom et son renom devenus ceux de qui commandent et dominent (non sans violence, prédation, ponction) ? Au reste : les accommodements, la copie du modèle, servilement, de plus en plus, d'accord ou non ?

       Varg VIKERNES glorifie fermement le "sang", la lignée et/ou le clan. Ses (très nombreuses) vidéos d'un niveau particulier (intéressant d'ailleurs malgré l'anglais usité et notre petite anglophonie) ne suffisent pas, la lecture de son livre est absolument nécessaire pour en dire davantage et entrer dans le paganisme - ou son paganisme. Magie et religion en ancienne Scandinavie, éditions du Rubicon, 2016 en début de lecture.

       Droit du sang contre droit du sol interroge. Le débat est franchement ouvert, qui n'est pas le seul et qui entraîne cohorte de visions et de réalités humaines. Avant de - forcément - triturer ces questions hautement idéologiques, leur première pierre, noire ou pas, l'anonymat, doit aboutir à quelques développements circonstanciés et première conclusion générale...

     

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 04

    ANONYMAT, POINT CRITIQUE... 04

       Alexandra DUPREZ, œuvres récentes. Sources : http://arthound.com/2014/09/artist-crush-alexandra-duprez/ & http://pollendeslunes.blogspot.fr/2014/08/les-peintures-dalexandra-duprez-la.html

       Pour la peintre de Douarnenez (29) et ses peintures illustratives ici donc, avec supplément d'âme ! : http://www.alexandra-duprez.fr/screen.php?name=accueil

     

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