• ANTI-MACHINISME (MUMFORD)

     PAR FIDÉLITÉ, CONVICTION (RÉALISME & IDÉAL)

     

       Non la machine, ni la méga-machine, mais la ville... substantifique. Sources : https://www.youtube.com/watch?v=SXRQF93Xy1I & https://www.onf.ca/film/cite_ideale_dapres_lewis_mumford_1re_partie/

     

       "Entretien avec Lewis MUMFORD sur la machine.

       Non, c’est une blague. Il s’agit en fait d’un entretien avec la traductrice de Mumford, Annie GOUILLEUX, qui nous procure, avec Gregory CINGAL, une nouvelle traduction du Mythe de la Machine, aux Editions de l’Encyclopédie des Nuisances (420 p., 28€).

       Les saint-simoniens, marxistes ou libéraux, affectent de ne voir qu’une passion réactionnaire et obscurantiste dans l’opposition à la Mère Machine et au techno-totalitarisme. De même, ils affectent de réduire son noyau théorique au "nazi" HEIDEGGER, et à sa conférence sur la technique de 1951. Nous, les ennemis de la Machine, serions tous peu ou prou des nazis et des heideggeriens qui s’ignorent. C’était, parmi tant d’autres, la thèse subtile d’un Luc FERRY dans son Nouvel ordre écologique (1992) ; c’est celle, toujours aussi subtile, rabâchée par Stéphane FRANÇOIS, le penseur du Monde sur le sujet (L’Ecologie politique. Une vision du monde réactionnaire ? 2012).

       Pour durer, ce dogme doit occulter les modernistes réactionnaires, ces proto-nazis qui dans l’Allemagne de Heidegger répandaient le culte de la Machine. Il doit occulter les auteurs qui bien avant la conférence de Heidegger ont critiqué l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine : ORWELL, BERNANOS, SAINT EXUPERY, Simone WEILL, GIONO, HUXLEY, ZAMIATINE, ELLUL & CHARBONNEAU - et bien sûr Mumford, qui publie Technique et Civilisation en 1934.

       Pour tout dire, l’usage du mot machine (et mégamachine), par Mumford, comme métaphore d’un type d’organisation sociale, "d’un "archétype de machine" composée de rouages humains" ; comme moyen de la puissance, suivant l’étymologie grecque de mêkhanê, moyen/machine, nous rappelle irrésistiblement la discipline, "force des armées", y compris des armées « pacifiques » de travailleurs, ainsi que l’union « qui fait la force », comme l’ont répété à l’envie tous les militants politiques et syndicaux.
        Cette machine (ou "mégamachine"), on la voit émerger des cités du IVe millénaire avant J.-C., de leurs ouvrages et monuments gigantesques.
        Et pour finir, cette machine humaine, cette invincible combinaison d’union et de discipline, réalise tout simplement l’organisation de SAINT-SIMON (Cf. L’Organisateur, 1819), elle-même extrapolée de l’organisme humain. Org- = outil+énergie+ travail (Dictionnaire étymologique)

       Pour en savoir plus sur Mumford et son Mythe de la Machine paru en deux tomes, en 1966 et 1970, lisez l’entretien avec Annie GOUILLEUX.
        Pour en savoir plus sur Annie Gouilleux, lisez ce qu’elle dit d’elle-même dans cet entretien (ci après), ainsi que ses textes et traductions, dont certains se trouvent sur Pièces et main d’œuvre."

     

       Source : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/entretien_avec_lewis_mumford.pdf

     

      Notes rapides :

       - Importance de Patrick GEDDES, pour MUMFORD dont on a relevé très ponctuellement la devise : vivendo discimus (nous apprenons en vivant). Les Bretons peuvent se souvenir de lui, et nous tous le devrions.

       - Günther ANDERS n'est pas cité ici. Outre le manque crucial que L'Encyclopédie des nuisances a su combler depuis son origine, sa différence peut être majeure avec ce qui est énoncé par MUMFORD - selon Annie GOUILLEUX, dans la comparaison avec la pensée d'ELLUL et, singulièrement problématique à propos de l'emprise et la déprise techniques et technologiques (nous ne faisons pas la différence pour la réflexion ici, même si elle est fondamentale, comme PMO sait la poser, rapportée à la main et le savoir-faire, notamment, puisque le noyau est commun aux deux domaines).

       "Mais contrairement à Ellul, Mumford refuse de voir dans la machine une force indépendante de la volonté et des fins humaines : ce que l’homme a fait, il doit pouvoir le défaire. À la condition, bien entendu, d’opérer une véritable révolution mentale."

       ANDERS souligne l'impossibilité de revenir en arrière. Ce qui a pu être fait en mieux ne pourra être oublié et ce qui fut fait d'une manière précédente ne pourra revenir, un nouveau savoir-faire ou être l'ayant remplacé avec avantage.  

       Cette distance d'analyse réunit notre questionnement primordial sur la faisabilité de l'abandon technique et technologique. L'oubli est un facteur humain capital, quels que soient les supports et les infrastructures opératoires à caractère infini (pérennité maximale au moins) en place et toujours plus assistants, relais de nos activités sociales et personnelles. L'accident colossal peut aussi intervenir et nettoyer l'existant de fond en comble, sans possibilité de rattraper ce que perdu, pour x ou y raisons, dont l'énormité des dégâts en perte comme en moyens. Reste encore la décision... le choix d'arrêter la machine : défi surhumain ? De la liberté ! (...) (humaine !)

       Cette remarque amène parallèlement à ces savoirs anciens négligés ou peut-être réservés aujourd'hui... ceux que Howard CROWHURST à sa manière passionnée et mineure pense toucher du doigt voire réactiver, et que d'autres imaginent toujours actifs mais jalousement gardés... Mystère ! (et sourire).

       Mots de Mumford pour l'optimisme bienvenu sur la question :

       "En vérité, on ne doit pas le retour aux méthodes de construction des Romains à la seule redécouverte de VITRUVE. Plus fondamentalement, il s’agissait d’échapper à la corruption croissante de l’ordre médiéval et de purifier l’imagination en la débarrassant complètement de ses absurdes chimères.

       "Historiquement, la seule manière constructive de se sortir d’une telle situation est de se retirer : pas de façon définitive, mais dans le but de recréer les fondements humains de notre culture [...] Je n’ai pas le courage de dire [aux gens] ce que je pense vraiment de nos perspectives humaines à moins que quelque chose proche du miracle ne survienne." Et il dit aussi que cela ne sera pas l’affaire de dix ans mais de cinq siècles !"

       - PMO, à hauteur de son œuvre (action et réflexion) en France, interroge sur des notions fondamentales ! Nous ne les reprenons pas, puisqu'elles sont disponibles !

       - Une longue citation tout de même, car de taille : "Quant à sa mégamachine, c’est un type d’organisation sociale extrêmement autoritaire, dont le fonctionnement exige une obéissance sans faille de tous les rouages, à tous les niveaux (ce qui la rend par ailleurs fragile). La première mégamachine (Mésopotamie et Égypte) disparaît pendant plusieurs millénaires pour renaître en Europe au XVIIème siècle avec la royauté absolue et le renouveau d’un "culte du soleil" grâce à COPERNIC, à KEPLER, et à GALILEE. L’étude de cette "nouvelle représentation du monde" ouvre le deuxième volume du Mythe de la machine, le Pentagone de la puissance."

        - Du progrès, associé quasi-systématiquement aux techniques hélas, nous aimerions un inventaire (et une définition !). Sans doute serions-nous surpris. Faudrait-il continuer sur la bonne vieille recette rationaliste ? En partie et sérieusement ?

      En écho, une ode à l'industrie mérite lecture et réflexion quand on n'y adhère pas - du tout (que de liens systémiques abusifs !) : https://leblogalupus.com/2019/10/27/lindustrie-et-lintellectuel-tout-devrait-pouvoir-sexpliquer-en-y-mettant-leffort-necessaire/

     

     

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