• Bois sacrés / de PRÉCY (1912) ?

       "La fin du dernier monde connu", MANSET, Le Langage oublié (2003). Texte : http://amerzone1958.blogspot.fr/2009/07/la-fin-du-dernier-monde-connu.html

       Source : https://www.youtube.com/watch?v=lTF72QlQnIo

       [La grande menace, Jack GOLD (1978). Lino (VENTURA). Œil morne, homme plein et vif. Acteur français.]

       Note : 

       Ça, c'est de l'effondrement ! Même en carton-pâte, le ciel tremble.

       Fuyons ?! Où ?

       COURAGE.

     

       "Certains lieux étaient réservés aux divinités. Des temples, bien sûr, mais aussi des jardins, car c'était au sein de la nature, effrayante, merveilleuse et nourricière, que depuis l'aube des temps l'homme pressentait le divin. Et se rafraîchir de temps à autre à cette source sacrée était un besoin vital. on ne peut qu'admirer la sagesse qui poussa les Grecs d'abord puis les Romains à aménager des "bois sacrés", parfois au cœur même des villes. Qu'aurait été Rome, si dès sa fondation, on n'avait pas dédié aux dieux de la terre des bouts de forêt primitive, autour desquels se développait peu à peu la métropole ? Ces jardins publics - qui, bien évidemment, n'ont rien à voir avec nos parcs urbains d'aujourd'hui, dont ils sont pourtant les ancêtres - étaient des lieux sauvages. La nature y était laissée en liberté, bien que la main du jardinier intervienne de temps à autre pour éviter qu'ils se transforment en forêt impénétrables. dans les recoins de ces enclos intouchables, on rencontrait parfois des statues sacrées, à demi cachées par des branchages et le lierre ou émergeant de buissons de laurier. Au centre des clairières s'élevaient des autels dédiés à des dieux, souvent d'origine étrusque, parfois sans nom. Là, plongés dans la nature et le mystère du sacré, les hommes se souvenaient de leur origine. Le pacte avec la terre se renouvelait.

     Pouvons-nous seulement imaginer l'intensité des sentiments que de tels lieux devaient faire naître dans l'esprit de celui qui y pénétrait ? Je ne le crois pas. Nos sens trop raffinés ne sont plus capables d'émotions aussi fortes et barbares, sans parler de l'étroitesse d'esprit de l'homme moderne, ou de la peur que nous inspirerait à coup sûr une nature si peu maîtrisée.

    *

       On peut s'en faire un idée, toutefois, en visitant les bois de certains parcs de la Renaissance, arrivés miraculeusement intacts, bien que dans un merveilleux état d'abandon, jusqu'à nos jours. A la villa Giusti, à Boboli ou à la villa Lante, on voit encore des statues aux corps parfaits, mangés par les lichens et la mousse, presque ensevelies sous la végétation. Derrière les branches de chêne vert ou de laurier, voici des dieux de pierre, le regard souriant et figé comme depuis la naissance du temps. (...) Au fond de ce bonheur, dont tant de voyageurs, de peintres et de poètes anglais ont témoigné jadis, ne se cache-t-il pas une inquiétude étrange ? Oui, ces jardins sont peu rassurants parfois. Et même si l'on y est seul, on sent d'autres présences, plus discrètes, quelque part : un craquement de feuilles mortes ou de vieilles branches près de casser, une brise qui se lève, l'écho de pas sur le gravier. D'où viennent-ils ? (...)

       (...) Le prince ORSINI qui le créa au XVIe siècle, l'appelait son sacro bosco. Son bois sacré. Contrairement aux grands jardins de l'époque, il ne possède pas un plan géométrique. Point de statues de Pomone ou d'Héraclès ici mais des sculptures extraordinaires, gigantesques, indéchiffrables. Des créatures en train de subir des métamorphoses inouïes. par leur taille et leur étrangeté, elles éveillent chez le visiteur une appréhension, un malaise presque, dont il ne perçoit pas les causes. C'est un lieu unique comme tout vrai  jardin. Ainsi, on lit gravée à l'entrée du site, cette phrase admirable  par son orgueilleuse sagesse :

       Le bois sacré à lui seul et nul autre ressemble.

       Ces étranges jardins étaient faits pour dérégler doucement les sens, mais aussi pour donner à voir le sacré que l'on ressentait encore dans la nature et dans certains lieux élus, à cette époque si féconde en peintres, alchimistes et panthéistes. Ce n'était certes, que l'écho du puissant sentiment du sacré que connurent les peuples de l'Antiquité, mais ce sentiment habitait encore dans les cœurs des concepteurs de jardins de la Renaissance. Le feu sacré brûlait dans leurs veines, il alimentait des rêves fabuleux, il poussait encore à de grandes œuvres de l'esprit.

    *

       Cette vision sacrée du monde, nous la nommons aujourd'hui, avec une condescendance teintée de mépris, "animisme". Nos philosophes attitrés nous expliquent que, dans une société civilisée comme la nôtre, elle n'a plus droit de cité. (...)"

       In Le Jardin perdu, Jorn de PRÉCY (1912), trad. Marco MARTELLA, Actes sud, coll. "Un endroit où aller", 2011, pp. 33-37.

     

    Bois sacrés / de PRÉCY (1912)Bois sacrés / de PRÉCY (1912)

       Source : http://brevedarchitecture.blogspot.fr/2013/02/le-parc-des-monstres-de-bomarzo.html

     

    Bois sacrés / de PRÉCY (1912)

       Source : https://circa71.wordpress.com/2010/05/14/the-sacred-grove-of-bomarzo/

       (...) 

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