• Des homininés buissonnants

     ...au rameau solitaire.

    Hominidés

       Reconstitutions sculpturales d'homininés divers, par Elisabeth DAYNES.

       Source : http://www.hominides.com/html/biographies/elisabeth-daynes.php

       http://www.hominides.com/html/references/identite-retrouvee-daynes-0701.php

     

       Plusieurs articles du HS Sciences et avenir n° 183, "La grande histoire de l'humanité en 50 questions", exposent les raisons présumées du début et de la conclusion d'une épopée naturelle largement engloutie dans les sables du temps, autour des traces disponibles, encore peu nombreuses mais de plus en plus élargies aux milieux vitaux.

       Extraits ou copies intégrales...

     

       "Qui étaient nos ancêtres ?", Laurent BRASIER, pp. 30-31.

       "TOUMAÏ, Orrorin, Ardipithecus ramidus... Nombreux sont les prétendants au titre d'aïeul de la famille humaine. Mais l'arbre généalogique d'Homo apparaît de plus en plus touffu. Et confus.

       Les multiples découvertes réalisées depuis une vingtaine d'années permettent de dessiner un tableau de la lignée humaine bien plus complexe que ce que l'on imaginait autrefois. Car la liste des espèces connues s'allonge, nous révélant que celle-ci formait jadis un foisonnant buisson dont toutes les branches, sauf la nôtre, ont disparu. Par ailleurs, nous pouvons désormais remonter bien plus loin dans notre passé grâce à des fossiles datés entre 4,5 et 7 millions d'années (Ma). Il s'agit là des plus anciens représentants connus de notre rameau, les premiers à s'être séparés de la branche menant aux actuels chimpanzés et bonobos.

       Le plus vieux de tous est Sahelanthropus tchadensis, dit Toumaï, découvert en 2001 par la Mission paléoanthropologique franco-tchadienne dirigée par Michel BRUNET, professeur à l'université de Poitiers. Son nom ("l'homme du Sahel") l'ancre volontairement du côté des humains. Toumaï vivait entre 6,9 et 7,2 Ma dans ce qui est aujourd'hui le désert du Djourab, au nord du Tchad . Il précède une autre espèce datée entre 5,7 et 6 Ma, Orrorin tugenensis ("l'homme originel des collines Tugen") dont les principaux fossiles ont été découverts au Kenya à partir de 2000 par Brigitte SENUT et Martin PICKFORD, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris. Enfin, un peu plus jeunes sont les deux espèces éthiopiennes du genre Ardipithecus : Ar. kadabba (5,8 et 5,2 Ma) puis Ar. ramidus (4,5 Ma) décrites par l'Américain Timothy WHITE est connues par 110 ossements de 36 individus différents. Ces pionniers de la lignée humaine étaient-ils proches entre eux ? Quelle relation de parenté entretiennent-ils avec les espèces plus récentes ? Hélas, la récolte d'ossements est bien trop maigre pour trancher...

       Bipède, mais piètre marcheur...

       Les indices sont heureusement parlants à partir de 4,5 Ma. On assiste alors toujours en Afrique, à la floraison d'un groupe appelé à prospérer dans une grande variété de milieux jusqu'à il y a un million d'années, celui des australopithèques. Dans l'ensemble, ce sont des bipèdes de taille modeste dépendant encore du royaume des arbres, dotés d'une capacité crânienne restreinte et ne présentant pas la réduction de la face caractéristique des Homo. Mais ce portrait-robot masque de profondes disparités d'une espèce à l'autre, accentuées par une évolution en mosaïque (tous les caractères ne se modifient pas à la même vitesse).

      C'est à partir de ce groupe bigarré que vont se développer, d'un côté les paranthropes (des australopithèques munis de mâchoires puissantes et de très grosses dents - une expérience évolutive sans lendemain), et de l'autre le genre Homo. Et donc le premier homme "véritable".

      
       Ce premier homme est Homo habilis, une espèce découverte dans les gorges d'Olduvai, en Tanzanie, décrite en 1964 par Louis LEAKEY, Phillip TOBIAS et John NAPIER. Cet "homme habile" vivait entre 2,5 et 1,6 millions d'années. (...)"

     

    Des homininés buissonnants

       Homo habilis, modélisation KENNIS & KENNIS ?

       Source : http://wibnet.nl/oermensen/geslacht-homo-maak-kennis-met-je-familie

       Note : brun de peau et cheveux, glabre. Visage à réinterpréter ?

     

       "L'Afrique, "berceau de l'humanité" ?", Bernadette ARNAUD, pp. 34-35.

       "La réponse fait aujourd'hui consensus : oui, l'homme est né en Afrique. Mais où ? Découvert près de Johannesburg, l'australopithèque Little Foot, qui vient d'être daté de 3,67 millions d'années, relance le débat.

     De quelle Afrique parle-t-on quand on fait référence à cet espace qui, de l'avis de tous les spécialistes, a vu naître l'homme il y a plus de 2 millions d'années ? L'Afrique du sud ou celle de l'Est ? C'est en effet dans ces deux régions qu'ont été découverts les tout premiers représentants du genre Homo, nos ancêtres directs, les Homo habilis. "Avec les paranthropes (Australopithecus robustus), une branche collatérale contemporaine, Homo habilis a alors remplacé tous les australopithèques présents jusque-là", explique José BRAGA, professeur à l'université Paul-Sabatier à Toulouse. Mais il y 3 millions d'années, ces deux lignes évolutives partageaient un ancêtre commun. Toute la question est donc de savoir où celui-ci vivait.

       A l'orée des années 1920, pour les anthropologues, c'est d'abord l'Afrique du Sud qui joue un rôle prédominant. Là, en effet, sont réalisées les  toutes premières découvertes de fossiles pré-humains et humains. Tel l'enfant de Taung, un jeune australopithecus africanus mis au jour en 1924 par Raymond DART, piégé dans les brèches karstiques. Mais ces formations géologiques propices à la conservation présentent alors un inconvénient majeur. Aucune bonne méthode ne permet de dater précisément les os qu'elles renferment. Et dès la fin des années 1950, l'Afrique de l'Est prend l'avantage. Grâce à sa géologie et à ses sites aisément accessibles, on peut en effet y évaluer avec facilité l'âge des niveaux stratigraphiques de cendres volcaniques abritant les fossiles.

       C'est ainsi que naît une star, LUCY, exhumée en Afrique orientale en 1974. Âgée de 3,2 millions d'années, elle est alors considérée comme notre grande ancêtre, et le Rift se retrouve en première ligne dans la course au titre de "berceau de l'humanité". Dès 1999, pourtant, il est déclassé, au profit à nouveau de l'Afrique du Sud, plus précisément de la région de Sterkfontein, à l'ouest de Johannesburg : deux ans auparavant y a en effet été exhumé Little Foot, un fossile dont l'âge a été affiné à 3,67 millions d'années en avril 2015.

     

    Lucy

       Modélisation de Lucy

       Source : http://coolsciencenews.blogspot.fr/2008/10/controversy-about-our-ancestors.html

     

       C'est que, tout récemment, de formidables progrès ont été réalisés en matière de datation. En particulier grâce aux travaux de Lauren BRUXELLES (Inrap), un géologue français que s'arrachent les anthropologues sud-africains. Sa compréhension des mécanismes de remplissage des cavités karstiques est en train de démultiplier les découvertes de fossiles humains recélés dans certains massifs sud-africains, à des niveaux où les paléoanthropologues ne pensaient pas en trouver.

       "Petit Pied" (Australopithecus prometheus) en fait partie avec son squelette mieux conservé et plus complet que celui de Lucy (90 % contre 40 %), il est aujourd'hui la nouvelle coqueluche des scientifiques. "Sa morphologie évoque en effet les paranthropes, ce qui constitue un indice élevé de filiation entre cet australopithèque et ceux qui lui ont succédé, les paranthropes et Homo habilis", explique José Braga, qui dirige les fouilles archéologiques du gisement de Kromdraai, en Afrique du Sud. Tandis que l'éthiopienne Lucy (Australopithecus afarensis) - qui se déplaçait surtout par brachiation dans les arbres - ne possède aucun des caractères partagés par Homo habilis, et les paranthropes... a été exclue de la lignée humaine.

       Quid de l'Asie, où l'on annonce régulièrement la découverte de fossiles très anciens ? "Elle ne peut en aucun cas avoir été un berceau de l'humanité, simplement parce que les fossiles attribués au genre humain les plus vieux et les plus complets sont africains, résume José Braga. L'Asie ne possède pas la "saison 1" de la série Évolution, celle où règnent les australopithèques. On y est directement passé à la "saison 2"." En effet, les plus anciens restes humains trouvés n'y remontent pas au-delà de 1,8 millions d'années. Sans compter le problème que posent dans cette région les fossiles de grands singes. Des formes asiatiques typiques d'ancêtres des orangs-outangs actuels, ou d'autres disparues, peuvent, par leur ressemblance avec les squelettes humains, entraîner des erreurs d'interprétation. Pour la très grande majorité des spécialistes, les fossiles humains asiatiques sont issus des toutes premières vagues de migrations d'Homo erectus qui ont quitté l'Afrique vers 2 millions d'années. Ce continent comme lieu d'émergence de l'humanité reste donc incontestable."

     

    Des homininés buissonnants

       Home erectus, Kennis & Kennis ?

       Source : http://wibnet.nl/oermensen/geslacht-homo-maak-kennis-met-je-familie

     

       "Comment l'homme est-il apparu ?", Laurent BRASIER, pp. 32-33.

       "Nos ancêtres ne sont pas nés Homo, mais le sont devenus... en s'adaptant astucieusement aux modification du climat et de l'environnement, il y a 2,5 millions d'années.

       Le décor : l'Afrique, il y a deux millions et demi d'années (Ma). Depuis cent mille ans, à la charnière entre le pliocène et le pléistocène, la Terre connaît une refroidissement général. La banquise envahit les régions arctiques. Dans l'hémisphère nord, c'est le début des grandes périodes glacières. Sur le sol africain, en particulier dans l'est du continent, ce refroidissement se traduit par une aridité croissante, la forêt étant remplacée par un paysage de savanes permanentes où évoluent des espèces nouvelles (zèbres, lièvres, rongeurs), des éléphants aux plus grandes dents... et Homo habilis, premier représentant du genre.

       Ce rôle moteur du changement environnemental en Afrique orientale avait déjà été pressenti par le paléontologue français Yves COPPENS dans les années 1980. Il l'avait baptisé du nom d'(H)omo Event, jeu de mot faisant référence à la vallée de l'Omo (sur de l’Éthiopie) où était étudié ce "coup de sec". Trente ans plus tard, il ne fait plus de doute.

       Mais il ne faut pas imaginer les premiers Homo, bipèdes et dotés d'un "gros" cerveau, prospérer brusquement, grâce à l'extension des savanes herbeuses auxquelles ils auraient été plus adaptés que les australopithèques, inféodés au royaume des arbres. La vision est trop simpliste. Les reconstitutions environnementales menées depuis une vingtaine d'années, notamment à partir de l'analyse des sols, de l'étude de la faune et de la végétation fossiles, montrent que les australopithèques pouvaient évoluer dans des cadres plus variés qu'on ne le pensait autrefois. Australopithecus anamensis, par exemple, vivait dès 4 Ma dans un environnement en mosaïque composé à la fois de forêts et de savanes ouvertes. La savane ne suffit donc pas à "faire" l'homme.

       Pour expliquer notre apparition, il faut tenir compte, à côté de cette modification du climat et de l'environnement, d'un second phénomène : des épisodes cycliques - alternance de phases sèches et humides - qui, en plus du refroidissement global, ont affecté le climat africain de façon de plus en plus importante. Une instabilité qui a conduit le paléoanthropotologue américain Rick POTTS à proposer une hypothèse de "sélection par la variabilité". Selon lui, "la capacité de s'adapter à une diversité d'habitats et d'environnements est une caractéristique des humains." Or l'amplitude des fluctuations climatiques a commencé à s'accentuer il y a 6 Ma , pour devenir très importante à partir de 2,5 Ma. Ce qui correspond à l'émergence du genre Homo...

       Si l'on suit cette hypothèse, l'évolution humaine n'est donc pas liée à la mise en place d'un habitat donné (la savane) ou à un facteur environnemental unique (la sécheresse), mais à l'instabilité même du milieu. Dans ce cadre changeant, Homo habilis, dont la denture autorisait une alimentation diversifiée, aurait été le mieux placé pour  s'adapter suffisamment vite pour ne pas disparaître."

    « Nefs et autres raffinement de tableCéréales culturelles »