• DETTE / GRAEBER (2011)

     L'AUTEUR AU MICROPHONE (EN FRANCE)

       David GRAEBER sur Radio Grenouille, 2014. Source : https://www.youtube.com/watch?v=i25qwGrPNjI

     

       En attendant de lire ?

       Aperçu par Google en veille permanente : https://books.google.fr/books?id=UZD2AAAAQBAJ&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

       "Il est clair qu'on doit toujours rembourser ces dettes." Selon la mentalité générale commune.

     

       "Radio Grenouille : La dette est plus ancienne que la monnaie....

       David GRAEBER : (...) Les histoires qu'on se raconte sur la monnaie (...) sont totalement fausses. Elles prennent les choses à l'envers. (...) Si vous regardez l'histoire, le crédit arrive en premier. Ce que nous appelons maintenant la monnaie virtuelle de crédit, on pense que c'est quelque chose de très nouveau qui vient des ordinateurs, mais en fait, c'est la forme originelle de la monnaie.

       Dans la Mésopotamie antique, il n'y avait pas de cash, de liquide, personne n'avait d'argent liquide. La monnaie sous forme de pièces arrive des centaines voire des milliers d'années plus tard. Quand on arrive à trouver des exemples de troc, ce qui est très rare, cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de monnaie mais que la source de la monnaie a disparu.

       RG : Si la monnaie a toujours existé, peut-on imaginer une société sans dette ?

       DG : (...) Qu'est-ce que la dette ? Si la dette, c'est juste une promesse, bien sûr que notre société est basée sur des promesses. Si la dette est une promesse qui peut être mesurée en monnaie, en argent, ça aussi peut-être que ça doit continuer à exister, d'une certaine manière, dans toute société complexe. .

       Ce sur quoi j'insiste dans le livre, c'est pourquoi on traite une promesse qui est quantifiée en argent, la dette, et qui est assise sur de la force, qui fait de la dette une promesse différente des autres - c'est une promesse qui est corrompue par une combinaison des mathématiques et de la violence, la question que je pose dans le livre, c'est pourquoi on traite ce genre de promesse comme quelque chose de plus important que les autres types de promesses.

       Et on le voit tous les jours dans la vie politique. (...) On sait très bien que les hommes politiques vont rompre leurs promesses, mais on envisage absolument pas de rompre la promesse vis à vis d'un créancier."

      RG : L'annulation de la dette, le jubilé de type biblique au lieu de l'austérité.

      DG : C'est la solution à laquelle sont arrivés les gens à chaque fois au cours de l'histoire. (...) Les 5000 dernières années ont alterné des périodes dominées par la monnaie virtuelle de crédit où la plupart des transactions sont basées sur le crédit et où les gens assument le fait que la monnaie est une promesse, et des périodes où les gens utilisent de l'argent physique liquide qui peut être de l'or, de l'argent, ce que j'appelle de la monnaie de lingot.

       On est en train d'avancer vers une société de monnaie de crédit. Cela a commencé en 1971, quand le président des États-Unis NIXON a décidé de cesser la convertibilité de dollar en or. Généralement, dans les périodes de ce genre-là, l'annulation de la dette, ou des formes de système qui visent à éviter que la dette devienne un problème trop important ou pour protéger les débiteurs vis à vis des créanciers ont toujours été pratiqués (normaux). Mais cette fois, plutôt que de créer des institutions qui protègent les endettés, on a créé des choses comme le FMI, qui en fait, reviennent à protéger les créanciers vis à vis des débiteurs. On peut prédire ce qui va se passer, l'histoire nous l'enseigne : c'est un désastre.

       On n'a rien d'autre que des crises de la dette depuis les années 70.

       C'est possible de résoudre ce problème. En particulier depuis 2008, il apparaît vraiment clair que des montants massifs de dette peuvent être annulés, il suffit pour cela que les gens le souhaitent. Selon les estimations, environ trois milliards de dette ont été effacés depuis 2008. S'ils peuvent le faire, alors ils le font auprès des gens qui possèdent l'argent,auprès des riches (les assurances, les  multi-nationale...). Ils pourraient faire la même chose avec la dette personnelle ou la dette municipale, sauf qu'ils ont choisi de ne pas le faire.

       RG : Il y aussi un rôle politique de la dette car la dette permet un contrôle sur les vies et de disposer de l'avenir.

       DG : Je crois que c'est l'une des raisons pour lesquelles ils ne veulent pas abandonner. La dette est devenue l'une des institutions des politiques néo-libérales qui d'ailleurs, économiquement, n'est pas du tout efficace, si politiquement, elle l'est. Cela démobilise les gens qui autrement s'opposeraient au capitalisme. Il reste très peu d'arguments moraux au service du capitalisme. Il y a très peu qui prétendent que le capitalisme crée la prospérité pour les pauvres, des avancées technologiques rapides, plus de démocratie.

     Du coup, sont utilisés des argument moraux du type "Vous devez payer votre dette", "Vous devez rembourser vos prêts, "Vous devez travailler tous les jours, même si vous n'aimez pas ça parce que vous ne méritez rien d'autre".

       (...) Mais ils sont parfaitement conscients que cette moralité de la dette, ce poids moral de la dette détruit la planète et détruit le système qu'ils sont sensés défendre.

       La classe dirigeante ne sait pas vraiment quoi faire face à cette contradiction.

       RG : En tant qu'anthropologue, avez-vous pu déceler une subjectivité propre à ce type de dette et donc une évolution du rapport à cette obligation morale du remboursement de la dette ?

       DG : Il est intéressant de se pencher vers les élément issus des pères fondateurs de l’Église. Ils voyaient la moralité de la dette comme un rival. Ces gens n'avaient rien contre la hiérarchie, ils n'étaient même pas contre l'esclavagisme, mais quand ils ont vu la dette, et notamment la dette basée sur les taux d'intérêt, l'usure, ils y sont devenu très vigoureusement opposés. Et quand ils parlent de la misère, quand ils réfléchissent sur les gens, c'est clair pour eux qu'ils reconnaissant la puissance de ce rival moral. L'idée de la dette crée une sorte de complexe psychologique, une rationalisation auto-référencée, un ressentiment qui fait qu'on intègre personnellement le fait qu'on doit rembourser, ce qui amène les gens à faire des choses qu'ils ne seraient jamais parvenus à justifier dans d'autres circonstances.

       (...)

       Bien sûr, on ne peut pas effacer toutes les dettes."

     

       Note suggestive (consécutive aux propos soulevés par la fiche de lecture de Michel DRAC, concernant l'égalité) :

       La dette d'argent est plus importante que toute autre, selon David GRAEBER.

       Car il en va pour nous de "son" égalité ("à soi"). L'égalité "propre à chacun", sa propre estime est ébranlée et sollicitée dans le contrat de la dette et ne peut admettre facilement - ni admettre tout court, d'être saccagée par l'échec (renoncement à son égalité en plus d'une vexation) et encore moins par une "astuce" foncièrement inégalitaire en plus de relever du pari quasi-impossible, et comme truquée ?

      La notion de dignité et de responsabilité doit-elle nourrir principalement celle d'égalité en jeu dans la dette ?

       L'attachement à vouloir rembourser comme il semble qu'il soit entendu par David  Graeber (et repris par Michel DRAC sans insistance particulière non plus) relèverait d'un primat d'engagement, d'honneur, de place, reposant sur le sens du devoir, de la parole donnée... du sens moral auquel on souscrit en tant qu'être de valeur, d'égal aux autres par ce critère au moins (sans préjuger d'une faiblesse alors) si celui de la valeur matérielle, patrimoniale fait défaut, elle (pauvreté).

       Avec de telles perspectives, l'intégration de l'inégalité est plus profonde et durable si la dette et surtout son échec sont admis. La naturalisation de la hiérarchie s'effectue intégralement. Double coup de force pour ceux qui voudraient emporter la mise, et s'octroyer la place des supérieurs si jamais intention aussi folle que spontanée (regardons-nous tous) faisait le fond de l'affaire humaine ? Totalité...

     

       Sur France Culture, aux Matins de Marc VOINCHET, le 02-10-2013.

     

       Voir également :

       - Étienne CHOUARD, bouleversé par le livre de David GRAEBER dit "fabuleux" : https://www.youtube.com/watch?v=nRL98T6h2Z. [En parallèle Domenico LOSURDO, Contre-histoire du libéralisme (2006), La Découverte, 2013: https://chrhc.revues.org/3342] Situation inuite exemplaire et argumentée. "Petite obligation qui fait qu'on ne s'étripe pas." Avis de RABELAIS. Du communisme selon MARX - rapidement cité et l'anthropologie - re-citant Marx selon la fameuse formule à chacun selon ses besoins et capacités... Du calcul, du combien.)

       La rencontre d’Étienne Chouard avec Francis COUSIN (février ou mars 2017)  a-t-elle enrichi le chercheur ?

       - Par une analyste économique : http://www.laviedesidees.fr/La-dette-est-elle-une-institution.html

       Et l'actualité du Lupus, sur les traces de Michael SYNDER et Bruno BERTEZ, avec un titre éloquent chez qui défendent le capitalisme : https://leblogalupus.com/2017/10/25/comment-une-elite-domine-le-monde-la-dette-comme-un-outil-dasservissement/

       " "Le terme "Mortgage" (crédit hypothécaire) vient du latin "Mort" (dans le sens de mort) et Gage (une promesse). Apparu dans l’Ancien Français comme "Mortgage" (prêt hypothécaire) et a été introduit dans l’Ancien Anglais au cours du XIIIe siècle."

       Mortgage à prononcer en français, bien sûr.

       - Eric TOUSSAINT, du CADTM (Comité d'Abolition de la Dette du Tiers-Monde) vient de publier Le Système-dette, Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, chez le même éditeur que David Graeber. Source : http://pierrebourdieuunhommage.blogspot.fr/2017/11/eric-toussaint-le-systeme-dette.html

       "Présentation de l'éditeur

       De l’Amérique latine à la Chine en passant par la Grèce, la Tunisie et l’Égypte, la dette a de tous temps été utilisée comme une arme de domination et de spoliation. Le recours à l’endettement extérieur et l’adoption du libre-échange constituent à partir du 19e siècle un facteur fondamental de la mise sous tutelle d’économies entières par les puissances capitalistes. La Grèce des années 2010 est un exemple supplémentaire d’un pays et d’un peuple privés de liberté sous le prétexte de rembourser une dette illégitime.
       Cette dictature de la dette n’est pas inéluctable. En deux siècles, plusieurs États ont annulé leurs dettes avec succès. L’auteur analyse les répudiations réalisées par le Mexique, les États-Unis, Cuba, le Costa Rica et la Russie des Soviets. Il met en lumière et actualise la doctrine de la dette odieuse.
       Eric TOUSSAINT, historien et docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international (Comité pour l’abolition des dettes illégitimes). Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages dont Bancocratie (Éditions Aden), et a notamment coordonné les travaux de la Commission pour la vérité sur la dette publique créée en 2015 par la présidente du Parlement grec.
     
     

       Rien que pour la nouvelle "race de singes anthropomorphes" souhaitée par l'abbé SIEYÈS, d'origine bretonne  au passage ! Par La Mutinerie, en 2014, semble-t-il. Source : https://www.youtube.com/watch?v=nRL98T6h2ZE

     

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