• DOLMEN, DRUIDES / LE SCOUËZEC (1999)

     Avec BARNENEZ, BALEINE MÉGALITHIQUE. Et DIEU.

    Barnenez Wikipedia 2015

       "Entrée du dolmen H. À droite, le massif de contrefort." Photographie de THESUPERMAT, le 11-07-2015. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Plouezoc%27h_-_Cairn_de_Barnenez_-_2015_-_024.jpg

        "D'une longueur de 75 m, il est constitué en réalité de deux cairns en pierres sèches accolés, qui recouvrent onze dolmens à couloir. Cet ensemble est le plus grand mausolée mégalithique après celui de Newgrange et, avec le cairn III de Guennoc, le plus vieux monument d’Europe*.

       La construction du cairn primaire témoigne en effet avec le tumulus Saint-Michel, qui est situé dans le Vannetais, et le site de Bougon, dans le Poitou, des débuts du mégalithisme atlantique. Elle a lieu vers 4700 avant notre ère (dans l'intervalle entre 5010 et 4400 avant notre ère), soit quelque 2 100 ans avant la plus ancienne pyramide d'Égypte et environ 7 000 ans après les débuts de l'architecture, qui ont été observés au Moyen orient chez les Natoufiens de Mallaha, 5 000 ans après l'érection du premier temple monumental en Anatolie et 3 600 ans après celle de la tour de Jéricho en Cisjordanie.

       La construction du cairn secondaire, un agrandissement, commence vers 4300, soit après la chute du Grand menhir, pour se terminer vers 4200. Les vestiges d'un troisième cairn, Kerdi Bihan, plus petit et fortement endommagé, se trouvent à une centaine de mètres au nord-ouest de Kerdi Bras. Ils n'ont été fouillés qu'en partie. On y a découvert quelques restes d'un dolmen détruit."

      * Pierre-Roland GIOT, Jean L'HELGOUACH, Jean-Laurent MONNIER, Préhistoire de la Bretagne, Ouest-France, 1979, p. 161.

       Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cairn_de_Barnenez

     

       Croisement des païens et des Celtes, par le jeu d'un seul livre, le Dictionnaire de la Tradition bretonne de Gwenc-hlan LE SOUËZEC. [On aimerait lire l'argumentaire de Yannick LECERF mettant en cause la présence celte en Bretagne (ni Coriosolites, ni Venètes, Riédones, Osismes, Namnètes en Armorique ?). Un d'éditeur intéressé par sa thèse ?

       En démenti impromptu, voir cette étude archéologique référencée liée au cairn : "Des Gaulois sur l'île Guennoc, Landeda, Finistère", Marie-Yvane DAIRE et Laurent QUESNEL, Varia, 2008, pp. 93-137. Source : https://rao.revues.org/577]

     

    DOLMEN, DRUIDES / LE SCOUËZEC (1999)

      "Le cairn de Barnenez en Plouezoc'h. Ce cairn de 75 mètres de long est l'un des plus importants d'Europe. il contient onze dolmens à longs couloirs. Neuf des chambres  sont voûtées en fausse coupole par un assemblage de pierres sèches encorbellées." Source : Menhirs et dolmens, Pierre-Roger GIOT, Jos LE DOARÉ (photographie et édition), 1978, pp. 16-17. (nota : l'image a été inversée sur l'axe de symétrie vertical par nos soins ; elle a été paginée à l'envers dans le livre.)

     

       "DOLMEN

       Le dolmen est, avec le menhir, un élément essentiel du paysage breton et, de ce fait, il a joué tout au long des siècles un rôle non négligeable dans la conception du sacré en Bretagne. Fondamentalement, le dolmen constitue la structure interne, l'ossature en quelque sorte de la caverne artificielle installée dans un tumulus. Même si, bien souvent aujourd'hui, les pierres de soutènement et de couverture sont entièrement dégagées de la chape de terre ou de cailloux qui les surmontaient, et bien souvent sont écroulées les unes sur les autres, voire réduites à un ou deux éléments seulement, il n'en reste pas moins qu'on peut affirmer que, dans les deux cas, le dolmen est une architecture primitivement cachée dont la venue au jour résulte de l'érosion et des déprédations humaines.

       L'aspect premier était donc celui d'une butte aux parements, surtout en façade, parfaitement agencés. La construction était d'une solidité rare puisque, contrairement à maints édifices plus récents, d'époque romaine par exemple, un certain nombre de tumulus sont encore bien conservés, à l'exclusion des façades qui sont presque toujours effondrées. Mais la superbe "cathédrale" de Brug na Boine à Newgrange en Irlande et la merveille de Gavrinis ont remarquablement résisté au temps.

       Ces monuments ont, au moins dans la plupart des cas, servi de tombes, et l'on peut penser que c'était là l'un de leurs buts premiers. L'ampleur des constructions, toutefois, suggère qu'un autre sens leur été donné, celui d'un temple sans doute, ou au moins d'un lieu d'initiation. Nous entendons par là une chambre d'isolement sensoriel, faite pour la méditation, solitaire ou en groupe, et destinée à l'ouverture des sens sur l'Autre Monde. Le Dieu, le Dagda, passèrent trois jours et trois nuits dans le tumulus de Newgrange, le Bruge na Boine, pour apprendre l'avenir ?

       Parfois, comme à Gavrinis, le cabinet de réflexion s'orne de gravures qu'on peut qualifier de magiques, en ce sens qu'elles agiraient par-delà la raison logique, directement sur le monde inconscient de l'individu.

       En fait, le tumulus est un ventre de femme. Il apparaît très clairement comme la gravidité d'un coin de terre, le ballonnement d'un abdomen, avec en avant l'ouverture d'une vulve. A l'intérieur, on trouve, après l'entrée, un vagin et un utérus, parfaitement simulés par l'agencement d'énormes blocs de pierre. Il s'agit bien ici d'une Géante, constituée de telle manière qu'un homme adulte peut y pénétrer sans problème. Toutefois non sans peine, car la porte est étroite : qui ne baisse pas le front le heurte bientôt contre le linteau invisible qui contraint à s'incliner.

       On pense à NICODÈME et à la question qu'il posait à JÉSUS : "Comment un homme devenu vieux peut-il entrer dans le sein de sa mère ?" Notre Mère la Terre possède de vastes matrices capables de reprendre ses fils. Le tumulus et son dolmen jouent ce rôle.

       Chambre d'initiation donc, où l'on pénètre pour renaître différent après une expérience inoubliable. Tombe aussi pour les morts qui seront déposés pour là pour la métamorphose. La naissance et la mort se manifestent comme une seule et unique réalité.

       Et cela est une clef pour la compréhension des phénomènes. Le sexuel et le léthal se conjoignent. Les organes génitaux sont des tombes, ce sont aussi des fontaines."

       In Dictionnaire de la Tradition bretonne, Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, Kiron / Philippe Lebeau, 1999, pp. 70-72.

     

    Cairn Barnenez Jos LE DOARE 1976

       "Chambre du dolmen à longue galerie C du cairn de Barnenez en Plouezoc'h. (...) assemblage de pierres sèches encorbellées (sur le document, la coupe due à une dégradation montre cette disposition curieuse ainsi que l'amorce du couloir)." Puis "support gravé par martelage du dolmen H du cairn (...) : habche emmanchée, arabesques ondulées." Source : Menhirs et dolmens, Pierre-Roger GIOT, Jos LE DOARÉ (photographie et édition), 1975, pp. 24-25.

     

       DRUIDES

       C'est de l'île de Bretagne, disaient les Gaulois au temps de CÉSAR, qu'étaient venus sur le continent les druides. En tout état de cause, l'Armorique les connut et les écouta. L'ancienne religion fut manifestement sous leur dépendance.

       C'était, au 1er siècle avant notre ère, une caste de lettrés, qui joignaient au sacerdoce une culture étendue. Ils étaient en somme les clercs de leur temps, maîtres en spiritualité et en connaissance religieuses et profanes.

       Ils étaient solidement intégrés dans une société à trois castes, à la manière indo-européenne, où se retrouvaient les guerriers, les prêtres et les producteurs. La société hindoue s'est perpétuée de même, et l'on peut dire en somme que les druides étaient à cette époque les brahmanes du monde celtique.

       Il n'est pas certain cependant que l'institution, même intégrée au système des classes de population telles qu'elles étaient chez les Celtes, soit issue de ce peuple. Les druides remontaient peut-être au peuple des mégalithes et bien plus haut encore.

       Les plus anciens textes irlandais qui attribuent le druidisme aux Tuatha dê Danan, aux gens de la déesse Dana, notre Ana ou Anne, le rattache par là aux hommes qui avaient édifié les tertres. Ils descendaient, disent-ils, des îles au nord du monde, des quatre villes où sont gardés les quatre objets primordiaux.

       Nous en savons là suffisamment pour penser que l'apparition du druidisme en Europe date de loin. Mais la tradition qu'il portait subit un double assaut au début de notre ère. De la part de l’État romain d'abord, qui voyait dans ces croyances une hostilité politique ouverte et un danger magique. De l’Église romaine ensuite, pour qui les druides ne pouvaient constituer que d'intolérables concurrents. Mais la longue histoire des deux derniers millénaires comment un vainqueur peut se faire dévorer du dedans. Là où, comme dans les pays celtiques et la Bretagne en particulier, le sentiment non chrétien était fort, la quasi-totalité de la tradition se conservera, quitte pour elle à revêtir parfois des formes nouvelles ou curieuses.

       La croyance à sainte Anne et son culte à Auray ou à la Palud, sont typiques à cet égard. Mais tout autant celui de la Trinité ou les pardons comme la Troménie de Locronan, ou les imrams. Mais la diffusion de l'ancienne philosophie se retrouve aussi dans l'école de Chartres, dans l'histoire du panthéisme, dans l'hérésie, en particulier celle d'ÉON de l'Étoile, dans des pratiques hétérodoxes comme celles de la Montagne au XVIIe siècle.

       En 1717, l'Irlandais John TOLAND fondait à Londres, sous le nom de Druid Order, avec William STUKELEY et Pierre des MAISEAUX, ce qu'on a appelé le néodruidisme. Il n'apportait rien de nouveau qu'une forme d'organisation à la suite des destructions opérées par les États chrétiens  contre les prétendus "sorciers". La tradition avait été apportée jusque-là, sans perte de substance : la spiritualité dont fait état le présent Dictionnaire en est un bref résumé.

       En1792 eut lieu sous la houlette d'un Gallois du nom d'Edward WILLIAMS, encore appelé Iolo MORGANWC, le premier Gorsedd (assemblée) des temps modernes. De là proviennent les organismes  druidiques authentiques des pays celtiques, les Gorseddau du pays de Galle, de Cornouailles britannique et de Bretagne armoricaine. Non contents de rassembler, comme ici, les monuments de la croyance celtique, ils s'emploient à la faire vivre et à en promouvoir, sans prosélytisme déplacé et loin de tout racisme, la substantifique moelle."

       In Dictionnaire de la Tradition bretonne, Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, Kiron / Philippe Lebeau, 1999, pp. 72-73.

     

       Note :

       La lecture du Dictionnaire de Gwenc'hlan LE SCOUËZEC nous permet de comprendre quelque peu son approche sensible et rationnelle, en particulier de la religion celtique. L'auteur cumule des sources et pratiques personnelles nombreuses et savantes (druide, médecin, écrivain, et fils du peintre Maurice Le Scouëzec il est ou fut). L'article "Autre Monde" est peut-être le plus significatif de sa pensée (la sienne et/ou celle qu'il prête aux Celtes) mais nous n'avons retenu (en Tsukeshoin) que ce qui nous interroge le plus dans ses écrits, en perspective avec le culte de l'ours et le paganisme, portés - pour notre formation initiale et actuelle - par le couple CACHET-VIKERNES.

        Le Soi, le Tout. Des marches, des grades d'accès spirituels. Méditation. Monde inconscient. Individu. Ce sont les notions qui tranchent le plus avec nos auteurs de référence. Dès que le champ concret entre en jeu, les liens sont flagrants et davantage : les propos sont identiques. Ventre de femme, organe de reproduction féminin, le dolmen ? On croit lire Marie Cachet. Certes ce n'est pas original, et beaucoup d'autres qui en ont fait un savoir général, l'ont dit, avec plus ou moins de crudité (à vérifier).

       Si une spiritualité très moderne nourrit les propos de Gwec'hlan, avec un accent finalement assez déiste (le Tout qu'il semble définir se montre très abstrait, voire impalpable pour nous, la réincarnation au centre du paganisme et du culte de l'ours prend une forme chez lui presque légère. Il est loin de la croyance si corporelle que développe Marie Cachet mais aussi Varg Vikernes. Il formalise nettement sacré et profane, ce que nos auteurs ne pose jamais (même si la mise en place d'une division se laisse imaginer et progressivement, au sein d'une pensée de l'intégrité).

      Quelle que soit l'affirmation (dans de belles et expressives métaphores d'ailleurs) la naissance et la mort ne sont pas reliées par des médias et/ou rituels, tels que les décrivent les époux Cachet, comme des faits nécessaires au bon fonctionnement du "trépas à vie", mais définitivement confondus... en générant un troisième "acteur" ou réalité, un fond comme supérieur et définitivement abstrait, ce que nous appelons déisme et relativise le panthéisme affiché comme essentiel au celtisme.

       Pour ce que nous inspire en première approche les propos du néo-druide, donc.

     

       "DIEU

       "Qu'est-ce que Dieu ?" demandait le maître au catéchisme naguère. Et l'élève devait répondre : "Dieu est un pur esprit, éternel, infiniment parfait, créateur du ciel et de la terre, et souverain maître de toutes choses."

       En fait, Dieu était un vieux monsieur, ou plutôt un pontife âgé, le chef orné de la tiare, et tenant dans ses bras un cadavre d'homme tandis qu'une colombe voletait au-dessus d'eux. C'était là l'image que l'on sculptait, voici quelques siècles, avec l'approbation de l’Église pour représenter la Trinité, c'est-à-dire Dieu. On ne retrouve là aucune des notions du catéchisme.

       Plus abstrait, on rencontre parfois l’œil dans le triangle, allusion en somme à un rôle de surveillant général. Mais aussi, parfois, comme la cathédrale de Saint-Brieuc ou à celle de Saint-Pol-de-Léon, le Triple Visage venu de l'Antiquité celtique pré-chrétienne.

       Tout cela ne représentait bien sûr que la vision d'un Dieu, en fait d'une structure fondamentale de l'esprit humain qui est la triplicité. C'était là le bon dieu, héritier en somme du Dagda irlandais dont le nom a précisément ce sens. Le mauvais dieu, c'était le diable. Mais le dualisme ne triomphait pas, car une foule d'autres puissances donnaient au peuple breton un polythéisme dans lequel il se mouvait à l'aise sous le regard complaisant des recteurs de paroisses.

       Mais l'esprit celtique avait de longue date perçu que le diable et le bon dieu n'étaient que l'aspect bipolaire de ce monde, en deçà du Tout, que RENAN, sur l'Acropole, appelait l'Abîme. Car le Tout est à la fois pur esprit et complète matière, éternel et fugitif, infiniment parfait et parfaitement nul, créateur et destructeur, souverain maître et dernier esclave. Comment lui donner un nom ? un genre masculin ou féminin ? Comment l'enfermer dans le dualisme ?

       Car il n'est rien de tout cela, n'étant pas l'être comme aurait dit SCOT ÉRIGÈNE, mais au-delà de l'être. La seule solution pour les Celtes consiste à reconnaître l'impossibilité de nommer ce qui est outre la compréhension, et à célébrer la totalité par le silence."

       In Dictionnaire de la Tradition bretonne, Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, Kiron / Philippe Lebeau, 1999, pp. 69-70.

     

    Barnenez mer

       Sur la presqu'île de Kernéléhen en Plouezoc'h (29). Source : https://www.tripadvisor.fr/Attraction_Review-g1403098-d247573-Reviews-Cairn_of_Barnenez-Plouezoc_h_Finistere_Brittany.html

     

       "BARNENEZ

       (...)

       Surplombant la plaine côtière qui devait s'avancer à quelques kilomètres au nord de la ligne actuelle du rivage, permettant des vues lointaines surtout vers Saint-Pol - l'antique Kastel-Leon, oppidum des Osismes - et vers le port de Roscoff, bien juché à son poste de commandement, le tumulus, habité par les ancêtres divins, protégeait le peuple qui l'avait bâti, permettait de surveiller les frontières maritimes et terrestres, assurait la sécurité d'un territoire dont il était le cœur, mais sans doute aussi la tête et le casque.

       Et quand, de ce merveilleux sommet, l'on regarde vers les îles semées à l'embouchure de la rivière de Morlaix, une voile passant entre le château du Taureau et le récif du Corbeau, au droit de Penn-al-Lann, tandis qu'à l'horizon surgissent les trois flèches, celles de la cathédrale et le rocher du Kreïsker, élevées sur le site même de l'archaïque oppidum de Kastel, on ne peut s'empêcher de sentir monter en soi, avec des bouffées d'un passé inconcevablement profond, l'amour irraisonné et déraisonnable d'une terre et d'une mer sans pareils, et le sentiment, jusqu'à la démesure, de leur grandeur."

       In Dictionnaire de la Tradition bretonne, Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, Kiron / Philippe Lebeau, 1999, pp. 36-37.

     

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