• Du COCHON breton / KERVELLA 1998 - 2009/13

     Avec aussi "Ce cochon, d'Breton" (ou "d'Beurton")

    Cochon Ferme d'Antan Keriadenn

       Jeune cochon à la Ferme d'antan en Plédéliac (22). Date perdue, journée du patrimoine de juin. Il n'a pas son chapeau rond, car il fait beau (blague !).

       Xavier GRALL l'a entonné, le voilà le classique et désespérant cochon de chez nous, synthétisé en quelques paragraphes par Divi KERVELLA, dans ses Emblèmes et symboles des Bretons et des Celtes, édition 2013 : passionnant et à la fort belle couverture cartonnée noire et blanche (Imprimerie Printcorp à St-Brieuc).

     

        "COCHON

       Ce terme ou cette caricature pris dans un sens injurieux sert encore de nos jours dans certains milieux politiques et intellectuels parisiens (et récemment encore dans la bouche de ministres ou dans certains journaux satiriques) à désigner la Bretagne et les Bretons, comme autrefois on usait - beaucoup plus élégamment convenons-en - du terme *hermine. Nombre de Bretons non instruits ont d'ailleurs longtemps cru que le dessin de l'hermine animale, leur emblème donc, représentait un cochon ! Comment a-t-on pu en arriver à ce stade d'auto-dévalorisation ?

       Les milieux de la noblesse et de la haute bourgeoisie française, puis de l'intelligentsia, se sont considérés pendant très longtemps comme l'archétype de la civilisation et, en comparaison, montraient la Bretagne comme le symbole même de l'anti-civilisation, ses habitants étaient, à leur avis, les plus arriérés de l'Europe : "La plupart sont encore plus grossiers que les peuplades que nous avons voulu policer de par le Monde, (...) il est inconcevable, il est honteux que la France ait encore des "sauvages" (Édouard CORBIÈRES, 1818), d'ailleurs "la Basse-Bretagne devrait être soumise à une sorte de régime colonial" (Auguste ROMIEU, sous-préfet de Quimperlé, 1831).

       Les cochons sont omnivores, c'est bien connu. Les Bretons sont comme eux, ils mangent de tout et du n'importe quoi et même du poisson corrompu (CAMBRY, fin XVIIIe) ; ils mangeraient en compagnie des porcins dans l'auge ainsi que le montrent des caricatures comme le Journal illustré en 1896 (cf. illustration). On allait même plus loin, "les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons" ! Leur langue n'est qu'un grognement : "Il y a cinq ou six cents bonnets bleus en basse Bretagne qui auraient bon besoin d'être pendus pour leur apprendre à parler" (Mme de SÉVIGNÉ). Pis, ils n'entendent pas le français : "Les paysans parlent le bas-breton, sans comprendre un mot de français. C'est triste à dire et encore plus triste à imprimer" (Guide touristique Conty, 1888). Ces damnés de la terre n'auront même pas l'heur de plaire à Friedrich ENGELS, théoricien du marxisme : "l'existence de tels peuples comme les Gaëls en Écosse, les Bretons en France, les Basques en Espagne et les Slaves en Autriche sont un défi à la Révolution. (...) De tels peuples devront disparaître de la surface de la terre lors de la prochaine guerre mondiale. Ce sera un progrès." (Neue Rheinische Zeitung, journal dirigé par Karl MARX, 1849). Il est vrai que les porcs sont faits pour être saignés, ce qui ne tarda pas à être réalisé pendant la guerre 14-18 pour les Bretons, à Gernika en 1937 pour les Basques... Les hommes chair à canon, les femmes chair à plaisir (les Bretonnes formèrent le gros des troupes de prostituées à Paris pendant longtemps) ; elles devaient être faites pour cela, ne dit-on pas que les truies sont lubriques ?

      Les campagnes vidées par les guerres et l'émigration, les Bretons purent enfin être remplacés par des... cochons. De nos jours, l'agriculture productiviste et hyper-intensive fait qu'il y a deux têtes de porcs par tête d'habitant en Bretagne entraînant une pollution non maîtrisée de l'eau, de l'air et de la terre (un seul cochon consomme et pollue autant que cinq personnes). Et d'aucuns ont pu avancer que la *devise de la Bretagne, "plutôt la mort que la souillure", ne pourrait bientôt plus s'appliquer puisqu'on aurait les deux en même temps. On en reviendrait donc à l'épisode de Saint Patrick débarquant en Bretagne de retour d'Irlande et ne découvrant que des cochons et des abeilles.

       Les pires concentrations firent surnommer les Côtes-du-Nord les côtes de Porc et la baie de Saint-Brieuc la baie des Cochons. Le département préféra devenir les Côtes-d'Armor en 1990, nom beaucoup plus touristique bien que tautologique (armor veut dire "littoral") et très inexact géographiquement parlant. Cela n'évacue par le problème : Armor est bien proche du breton ar moc'h (les porcs).

      N'empêche, est-il bien avisé de traiter une population de cochons quand on a soi-même comme emblème le coq, cet oiseau de basse-cour sot, vaniteux, macho, batailleur et fanfaron qui chnate perché sur son tas de fumier ?"

       Coop Breiz, 1998 - 2009/2013, pp. 47-50.

     

       Nota : les mots précédés d'un astérisque sont l'objet d'un article du petit dictionnaire.

     

       # Au 04-03-2016 :

    Pub éleveurs bretons

       Source : http://www.letelegramme.fr/ig/generales/regions/bretagne/rennes-eleveurs-de-porcs-operation-seduction-avec-un-millier-de-baudruches-26-09-2012-1851716.php

       EXTRAIT :

       "7.000 éleveurs recensés en Bretagne En Bretagne, la moyenne est de 230 truies par élevage pour 7.000 éleveurs recensés. La région représente 55 %-60 % de la production de porc en France, qui est de 26 millions de cochons. L'an passé, les éleveurs bretons avaient déjà lancé une opération choc de reconquête dans 400 communes de Bretagne avec une campagne de publicité au slogan choc : "Il grogne, il pète et, pourtant, grâce à lui, vous mangez sain, sûr, bon et breton !".

     

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