• DU "PAYSAN BRETON" et des autres "paysans"

     Une marque de beurre, et un "atavisme" peu glorieux.

    DU "PAYSAN BRETON" et des autres "paysans"

       Limite sud du champ breton d'assez grande taille pour la géographie locale (8 hectares environ), le 13 avril 2016. C'est fouillis, de poésie bordélique ?

       "J'entretiens", m'a-t-il été dit...

       La décision d'une taille d'arbres sur leur moitié débordante, sans consulter le "propriétaire" concerné (celui de la parcelle voisine qui n'est pas à moi, si j'y habite et m'y occupe), a été prise parce qu'un rétroviseur de tracteur coûte 300 euros et que les premiers travaux de printemps sur le site ont déjà fait se replier - sans casse - l'un de ces appendices latéraux de nos super-tanks des champs, hors de prix (en proportion du coût d'un méga-tracteur acheté à crédit), et surtout : parce que la bande enherbée réservée par les branches jusqu'ici laissées libres, feraient perdre quelques 300 euros "de PAC" (Politique Agricole Commune, 300 € sonnant décidément haut et fort), par manque à gagner de surface subventionnée (du verbe subvenir... les aides étant adjugées sur image satellite, cimes d'arbres comme points de repère). Après raisonnement du propriétaire mis devant les faits accomplis, familier sinon roublard des règles agricoles lui aussi, la somme annoncée est très exagérée : il s'agirait d'un laisser-pour-compte aux alentours de 50 euros. (Calcul et modus operandi en attente de compréhension et confirmation. Questionnement d'une ruse : et si la découpe déplaçait les cimes des arbres vers l'extérieur, donc les primes à gagner ?)

       Tout ça pour ça ?

     

    DU "PAYSAN BRETON" et des autres "paysans"

    DU "PAYSAN BRETON" et des autres "paysans"

       Tristesse totale, grisaille du ciel au diapason : la même limite parcellaire au 13 avril, et un jour après. Carnage chaud, puis carnage rendu "propre". Et les traces de roues des tanks...

       On ne perd pas de temps sur les champs bretons. Réaction sur réaction, réflexion monolatérale (!) sinon atrophiée, pas de civilité (eh, mais ça c'est la ville !), l'automate économique avec son ouvrier religieusement salarié, tous deux aux "bottes de" et bottes aux pieds, combinaisons d'action fermeturées, sont entrés en branle. Moteurs lancés ? : de couper, charger, décharger (auraient dû brûler les déjections). Parodie sadienne... La suite "champêtre" sera-t-elle le re-travail du sol (pas de terre ici, d'ailleurs elle est morte) jusqu'à la limite nette du grillage (heureusement présent, s'est exclamé le propriétaire - mais jusque quand ? il branle lui aussi, et sera soumis à rude épreuve dorénavant), semis de maïs (miam !) avec double pulvérisation de produits chimiques (phytosanitaires ainsi que l'a précisé un élu européen pour défendre la continuation légale du glyphosate en situation pourtant post-critique : "les traitements agricoles sont l'équivalent de nos médicaments" a-t-il doctement argumenté. Nous sommes parfaitement d'accord !).

     

       Ainsi, ma situation rurale me "permet-elle" de côtoyer l'agriculture contemporaine... et ses sévices. Le lopin de terre qui m'abrite, déjà submergé par les ruissellements, bruines toxiques et vents sans frontières, vient donc de subir une franche attaque typique de la guerre naturo-économique qui se joue plus que jamais au confins du monde moderne (celle qu'on ne voit pas, puisqu'y règne un quasi-désert humain - et d'une humanité assez spéciale (!), évidemment résiduelle - où les médias n'ont jamais pris leurs habitudes, bouse et boue ne reluisant guère en salon). Je suis d'ailleurs désolée d'avoir remarqué, sans trop m'intéresser à son site d'information indépendant (vile commentatrice !), qu'Hervé KEMPF, le fondateur de Reporterre pourtant sensible au fondement sociétal que reste la campagne, pouvait soutenir, d'une descente sur terrain l'autre, des projets énergético-industriels comme ceux du proche Mené (usines agricoles à méthane par exemple, directement affiliées à l'élevage intensif, propre, super-propre même (mais "dégueu") à instituer définitivement ces "sal...ies", la production d'algues pouvant compléter la co-génération poly-multi-archi-productive - c'est beau l'usine !).

        Rien que de l'ordinaire en vérité : la guerre des limites parcellaires et l'obsession des chiffres (profit).

       La frondaison des arbres plantés en limite de parcelle comme cela se faisait jusque dans les années 50, dans la tradition des haies bocagères, a été alignée, tranchée, le plus possible il va sans dire (soit jusqu'à la hauteur atteignable par la nacelle de l'engin élévateur désormais commun dans les exploitations), des coupes intérieures si jugées bonnes entreprises "audacieusement", - c'est le cas d'un pommier entamé dans la parcelle même parce qu'il débordait un peu du petit verger, est le modeste témoin de pratiques historiques exacerbées par l'industrialisation à l’œuvre dans les campagnes depuis la fin de la première guerre mondiale.

       Expression d'un esclavagisme capitalistique qu'on ne saurait dater ? Néolithique, médiéval, moderne ?

       (Haine, peur occidentales de la nature que théorise François TERRASSON ?)

       (Nature humaine, désirante et/ou "bêtement" dynamique ?)

       En ultime agissement, le nerveux exploitant (survivra-t-il à la disparition de la PAC ?) a nettoyé un talus de coin sur deux ou mètres de long (!) afin de récupérer quelques mètres carrés supplémentaires. L'angle entre un chêne séculaire et le dernier fragile poteau a libéré l'acharné motorisé (la pioche aurait calmé ses ardeurs, las), la terre a été remodelée, poussée chez le voisin. Propriété, lignes affirmées. Espoir de gain, de tracé nouveau, de mort prématurée d'arbre borne... terrain mitoyen convoité ?

       Les histoires de justice passée, les mémoires locales, les archives rurales regorgent d'affaires de voisinage, de repères déplacés, de conflit... Bretagne, Normandie, Alsace, Brie, Auvergne, etc. toutes concernées ? Les haies des pays de bocage furent un temps au moins regardées par leurs paysans comme un bien de valeur, pour certains au moins, au moins...

       Valeur : pas systématiquement marchande ? Toujours critique ?

       Paysan : première apparition du mot après celle du titre, il est en désuétude "foncière" (!). LE paysan savait reconnaître l'espèce d'un arbre, et si l'on en croit Lucien POUËDRAS, les connaissait tous, en surnommait affectueusement certains. Surprise devant l'inculture de mes "amis" exploitants... Serait-il, pourtant, ce paysan cher au cœur de tous aujourd'hui (après avoir été si moqué, enfoncé, méprisé), l'unitaire cousin du peuple ? Vas-y Francis (de patronyme homonyme), la lassitude me prend.

     

    DU "PAYSAN BRETON" et des autres "paysans"

       Le 15 avril au matin. Pêchers, pommiers, noyer, pruniers directement exposés aux techniques agraires délétères à venir vont-ils survivre, taillés en pleine montée de sève ? Quant à en consommer les fruits, les pieds intoxiqués depuis des années, désormais aux premières loges des agressions... Les méthodes industrielles de guerre sont décidément au point, les "agros" très bons soldats.

       Comment recréer une limite culturale maintenant ? D'ores et déjà, le sacrifice d'une bande intérieure est envisagé : une bande-tampon, un glacis martyr, augmenté de plantations ou laissé à son sort, comme sur une autre frontière (l'autre voisin goûte aussi du Round-Up) de ce qui est rêvé jardin, micro-Éden breton, terre d'Ananda.

       Un coup de poing dans la gueule, en tout cas. La vanité de vouloir faire autrement quand la société est en auto-destruction...  Vivre, là, en fait, phénoménale altérité ! Depuis des années, je rumine "le droit de vivre" toujours plus conditionnel qui s'entérine, en haïssant le mot (et la réalité) de droit, égaré là dans l'obésité, la dépossession et l'asservissement (de la légalité encore et toujours).

     

       # Lecture du 20-04-2016 sur Palim-psao :

       "Dans le cadre du système-monde parvenu en bout de course, tout ce qui est susceptible d’assurer la subsistance continuera d’être détruit."

        Source : http://www.palim-psao.fr/2016/04/besoin-d-action-lettre-ouverte-a-ceux-et-celles-qui-s-interessent-a-exit-a-l-occasion-du-nouvel-an-2016-par-herbert-bottcher.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

       

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