• EXPULSIONS MANIFESTES SOUS SILENCES

     A partir du cas de fermes fermées en la fermant.

    FERMES FERMEES

        Source : http://icour.fr/admin/dicoISN/index.php?idmot=21

       La page relayée ici, pour la photographie, est étonnante, tant par ses nombreuses fautes de français que son univocité (agriculteurs - informaticiens, sinon point de destin).

     

      Sur ma commune rurale, les agriculteurs "bio" sont rares. Fin 2015, le seul producteur et transformateur de lait de vaches "biologique" a arrêté son activité de 20-30 bêtes pour rejoindre la ville, changer de métier... Impossible de continuer. Pourquoi attendre la faillite. Un autre, un voisin, déjà "gros", achète ses biens.

       Début 2016, cette semaine, des agriculteurs - ou "exploitants agricoles" - du coin et de la région bretonne entière ont sorti leurs énormes tracteurs, leur remorques gargantuesques, brulé des pneus, bloqué des routes en créant des embouteillages monstres, d'épais nuages toxiques, au point de mobiliser des émissions entières de France bleue Armorique, où une voix souriante quoique légèrement ennuyée - compatissante questionnait : "Merci (...) de nous appeler pour nous signaler que ça bloque du côté de Merdrignac ! Vous avez un itinéraire bis à conseiller ?". Etc etc. des heures durant, à user la patience d'une auditrice forcée sédentaire (contexte familial : liberté des uns, usure des autres !).

       Sur France Culture, rien (infos du matin). Aucun écho, ni du laitier "bio" isolé (que j'm'en étonne ?), ni des perturbations de producteurs (cochons et lait principalement), généralement sur-endettés, sur le fil du rasoir économique (les cours de vente sont à perte), tenaillés entre vicissitudes quotidiennes, techno-administration omniprésente, et santé branlante, le tout mâtiné parfois et pour certains d'une ambition mégalomane (rester l'un des derniers de la commune, assis sur des centaines et des centaines d'hectares, équipé dernier cri, self-industriel new-look).

      Surprise parfois d'entendre que ça bouge dans le bon sens dans la bouche de quelque citadin ou néo-rural sans doute guillerettement informé (le "bio" gagne du terrain, d'originales entreprises rurales se créent, la conscience "environnementale gagne du terrain, même chez les exploitants agricoles), deux nouvelles ce jour me semblent davantage décrire les phénomènes en jeu et faire main basse, dans le milieu agricole et au-delà, dès lors qu'on est installé quelque part, je dis bien, installé et quelque part (le lot humain fondamental, basique, vital je crois !) : difficultés majeures, impasses, expulsion... dépossession.

       La ferme, artisanale, familiale, modèle de la Bio-dynamie, référence longtemps centrale et hautement représentative d'un mode social, d'une culture, de tout un développement économique aussi - derrière son apparente banalité (et sa jovialité d’Épinal), ne ferait-elle, par sa disparition mal visible et peu explicitée, que symboliser un dernier phagocytage humain ? Vers le latfundisme capitalistique, hyper-productif d'aliments et d'énergie de qualité indigente sinon frelatée, géré à distance par quelques groupements financiers et bureaucratiques, maigre cheptel humanoïde rendu serf de robots ?

     

    Cultures robotisées Japon

      Source : http://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/japon-premiere-ferme-robotisee-du-monde-prevue-pour-2017_1759307.html (Au 03-02-2016)

     

        Information 1, relayée" par Gérard FOUCHER dans son Liberté hebdo ! d'hier :

       "La mort programmée des petits producteurs laitiers", Didier VANDERBIEST 1, Contrepoints, 30-01-2016.

       Passant outre la confusion industrie et petite production laitière (dans le chapeau de l'article), les arcanes de la bio-méthanisation ainsi que ses conséquences - plutôt perverses - sont décrites...

    http://www.contrepoints.org/2016/01/30/236984-la-mort-programmee-des-petits-producteurs-laitiers

       Information 2 :

       Présentation du livre de Saskia SASSEN, Expulsions, Brutalité et complexité dans l'économie globale, trad. de l'anglais (États-Unis) par Pierre Guglielmina, Gallimard, NRF Essais, 2016.

        Extrait

        "Présentation de l'éditeur

        Expulsions ? Entre autres exemples, ce sont neuf millions de familles américaines chassées de leur foyer par la saisie de leur maison suite à la transformation de leur crédit d’accession à la propriété en produits financiers à haut risque ; ces millions d’Européens ou d'Américains du Sud exclus de leur travail suite aux plans d’austérité imposés par des institutions internationales ; ces millions d’éleveurs ou de cultivateurs expulsés de leurs terres parce que leur État les a vendues à un autre afin que celui-ci puisse développer les productions nécessaires à l’alimentation de ses classes moyennes ; ce sont ces gaz à effet de serre que les puissances industrielles et productivistes libèrent à chaque instant ou bien encore ces nappes phréatiques asséchées par les procédés ravageurs d’extraction du gaz de schiste.
       Nombre de spécialistes, aveuglés par la complexité, verront dans cette énumération des mots en laisse. Faisant fi des frontières comme de nos catégories impuissantes désormais à penser le monde que nous faisons (Nord contre Sud ; riches contre pauvres ; mauvais usage de la technologie ou pathologies dérivées de la financiarisation affolée de l’économie, etc.), Saskia Sassen montre que derrière cette apparente diversité s’opère une terrible convergence : la violence désormais ordinaire du capitalisme à son stade global s'explique par un modèle, un concept – celui d’expulsion.
       C’est ainsi qu’il convient de nommer la logique qui préside à l’économie globalisée.

        Saskia Sassen, sociologue de renommée internationale, spécialiste de la Ville globale et des rapports entre territoire et souveraineté, est notamment l'auteur de La globalisation. Une sociologie, coll. NRF essais, 2009."

       Source :

    http://pierrebourdieuunhommage.blogspot.fr/2016/01/ecouter-saskia-sassen-expulsions.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+PierreBourdieuUnHommage+%28Pierre+Bourdieu+un+hommage%29

     

       Nota :

      Expulsion d'une fonction, d'un lieu, d'un statut, d'un droit, droit de propriété, droit du travail, droit de soins... rien n'est laissé au hasard, et les législateurs d'où qu'ils se prétendent, semblent sinistrement veiller au grain (leur horizon chuchotant-il : que les drames prolifèrent en silence ! Anticipation et passage à l'autre ère, au forceps, aux mots... fermes ?)

       Et de la PROLIFÉRATION : autre concept certainement pertinent pour penser le monde, qu'avait soulevé Ruth STÉGASSY le 1er septembre 2009, dans l'émission Terre à Terre, avec Jean-Philippe DESBORDESGérard DUCERF et Michel TIBON CORNILLOT.

       Nous savons professionnellement que les dernières lois françaises votées en urbanisme assurent un champ quasiment libre à la PRÉEMPTION, laquelle augure encore des expulsions au nom de projets urbains (ou pas d'ailleurs, car le zonage strict ville/campagne pourrait avoir les faveurs des pouvoirs, sans empêcher des programmes sans bâti mais très ficelés) décidés dans des sphères toujours plus inaccessibles au commun (transfert croissant des centres de décision à toutes les échelles administratives supérieures parallèlement instauré : communes / communauté de communes / régions / nation / union de pays).

       Quel commun sommes-nous ? Devenons-nous ?

       COMMUN. COMMUNS (contre enclosures). Seule la direction de haut en bas se dessine clairement (contrôle, devoirs, rentabilité). Les nouveaux droits brouillent la vue, ne semblent devoir servir que la confusion, l'atomisation ou des ordres et logiques systémiques non déclarés comme tels.

       Et une angoisse, fort personnelle : un corollaire de dépopulation, sur lequel nous aurons à revenir, (si nous tairons les possibles méfaits des produits laitiers sur la santé humaine, voir Thierry SOUCCAR pour cela).

     

    Cochon de Poul-Fetan Keriadenn

        Cochon à l'éco-musée de Poul-Fetan, photographie du 5 février 2006. On ferme Le ban, en grognant (la voix populaire selon les médias, que dire en Bretagne !).

     

       # Ajout du 1er février 2016 :

       Ce jour, France Culture a consacré son émission Les Matins à l'agriculture française et aux filières mal en point, intitulée "Crise agricole : une histoire sans fin ?", avec Aurélie TROUVÉ ingénieure agronome (et militante ou ex-militante d'ATTAC - ce que la radio n'a pas dit), Bruno PARMENTIER, économiste et Karl LASKE journaliste à Médiapart co-auteur des Cartels du lait  (Don Quichotte, 2016).

      Resteraient 500 000 agriculteurs français aujourd'hui. Un grand nombre des éleveurs est menacé de disparition : 20 à 30 % selon Bruno Parmentier...

      http://s365327531.onlinehome.fr/2016/01/22/y-a-t-il-des-solutions-a-la-crise-du-porc/

       Pour Brice COUTURIER, dont le nouveau site internet de France Culture ne semble plus donner accès à la chronique écrite estime que la taille des exploitations françaises est insuffisante... "Les idées claires" de ce chroniqueur, souvent documentées, permettent de comprendre certaines perspectives systémiques. Nous regrettons donc de ne plus pouvoir lire son "papier et le reproduire ici. Ce matin, il a enchéri sa vision technophile de l'agriculture, les drones meilleurs compagnons de champs illimités, les pesticides dosés au quart de poil, le pilotage bien mené, des agents ruraux formés aux robots et "compétents"... Retour à la vue introductive de notre article, et son texte motorisé, en gros, quoique mieux écrit !

       # Quelle transaction de terres agricoles en 2017 ? Une réponse le 06-06-2018 : https://batinfo.com/actualite/hausse-de-lacquisition-de-terres-agricoles-par-des-societes-financieres-en-2017_10299

     

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