• Figues symboliques 01 / PELT - 1994

    Catacombes 3e siècle

       "Fresques du IIIe siècle. Catacombes de Saint Piretro et Saint Marcellino, Rome."

       Sources : http://symbuli.pagesperso-orange.fr/arbre_jardin/pages_arbre/a10-connaissance.htm

       http://jewishchristianlit.com//Topics/AdamNeve/

     

    Miniature Florence

       "Miniature, Florence."

       Source : http://jewishchristianlit.com//Topics/AdamNeve/a_n_e01.html

     

      "(...) Mais la complexité botanique des figues et des figuiers n'est rien en comparaison de l'extraordinaire richesse symbolique de ce fruit maintes fois cité dans la Bible et les grandes mythologies. Il présentait en effet, pour les peuples de l'Antiquité un intérêt qu'on a du mal à imaginer aujourd'hui. Alors que le sucre n'existait pas encore et que le miel était un produit de luxe, la figue représentait le "manger doux" par excellence. Son nom grec est d'ailleurs à l'origine du mot "sucre".

       Le figuier est la première plante nommément citée dans l'Ancien Testament, où il est dit qu'Adam et Ève cousirent des feuilles de figuier pour s'en faire des pagnes après avoir pris conscience - physiquement et moralement - de leur nudité. Ils venaient en effet, à l'invitation du serpent, de goûter le fruit défendu. Ce dernier, faut-il le rappeler, est celui de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Or, le figuier a toujours été un symbole de la science. De là supposer que le fruit défendu ait été une figue, il n'y a qu'un pas que franchirent hardiment les auteurs de la traduction grecque de la Bible dite des Septante (IIe siècle avant Jésus-Christ) et que les traditions orientales perpétuèrent durant plusieurs siècles.

     

    Arbre de la science

       "L'arbre de la connaissance du bien et du mal."

       Source : http://www.mandryka.fr/concombre-philosophe/index.php/page-daccueil/le-roi-clairvoyant/

       "Le figuier symbolise la science religieuse. Il possédait en Égypte un sens initiatique. Les ermites se nourrissent volontiers de figues.
        On retrouve se symbole dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament. Dans la Genèse (3, 7), Adam et Eve se voyant nus cousent les feuilles de figuier pour se faire des ceintures. Dans les Rois (1, 4), les arbres demandent au figuier de régner sur eux.
        Le figuier apparaît aussi dans le Nouveau Testament et Jésus le maudit (Matthieu 21, Marc 2, 12s.). Il convient d’observer que Jésus s’adresse au figuier, c’est-à-dire à la science qu’il représente. Jésus dira à Nathanaël : «"Je t’ai vu quand tu étais sous le figuier" (Jean 1, 46) ; Nathanaël était un intellectuel."

       Source : http://kegineryann.unblog.fr/figues-et-figuiers-figue-de-barbarie-nopal-opuntia-ficus-indica-1/

     

       Nous avons vu précédemment qu'il n'est nulle part question de pomme dans la Genèse. L'analyse attentive des textes conduirait plutôt à confirmer l'hypothèse que l'arbre de la connaissance du bien et du mal fut un figuier. Il est dit, en effet, que "le Seigneur Dieu prend l'homme nouvellement créé et l'établit dans le jardin d’Éden pour qu'il le cultive et le garde (1). L'on peut donc imaginer que l'arbre aux fruits défendus fut une arbre cultivé, et pourquoi pas un figuier, puisque c'est de feuilles de figuier, dit la Genèse, que nos premiers parents  se vêtirent après la chute. Or le figuier cultivé, à la différence de pratiquement tous les arbres, est incapable, nous l'avons vu, de se reproduire spontanément et de produire des semences, faute de fleurs mâles fertiles. Il se reproduit soit par parthénogenèse, soit par apport de pollen en provenance d'un figuier sauvage. Ainsi le figuier permet-il de lever la contradiction apparente entre le texte du premier chapitre de la Genèse, où "tous les arbres dont les fruits portent semence" sont offerts aux hommes pour leurs nourritures (2), et le chapitre deux où un seul arbre est interdit : pourquoi ne serait-ce pas celui qui ne porte pas de semence, le figuier domestique précisément, qui, de surcroît, comme la Genèse le fait dire à Ève, est "désirable pour acquérir le discernement" (3) ? Or, telle est bien la symbolique constante du figuier, en Orient comme en Occident (4).

     

    Guérison sous le figuier stérile

       "Guérison de la femme courbée sous le figuier stérile. Lectionnaire de l'office de Reims. Initiale D de l'homélie de Grégoire sur l’Évangile de LUC."

       Source : http://www.la-vie-du-jardin.com/pop-ups/figuier/figuier.html

     

       Curieusement, dans l’Évangile, on voit Jésus condamner à la stérilité un figuier qui ne portait pas de fruits. Les Pères de l’Église décelèrent dans cet épisode arboricide une condamnation de la science d'Israël et de la Synagogue, qui n'ayant pas reconnu le Christ, ne porterait plus de fruits. D'autres y lurent une condamnation de Jérusalem qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés. En rendant stérile ce figuier à l'heure de la Rédemption, Jésus détruisait aussi symboliquement, selon notre hypothèse, l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui avait valu à nos premiers parents de trébucher. Puis, inhumé quelques jours plus tard dans un jardin, il ressuscita et apparut aux femmes sous les traits d'un jardinier, ainsi que le relate l’Évangile selon Saint Jean ; par là, il renouait avec le jardin d’Éden d'avant la chute, ouvrant désormais toutes grandes aux hommes les portes d'un Paradis... sans figuier stérile ! (...)"

        (1) Genèse, 2-15.

        (2) Genèse, 1-29.

        (3) Genèse 3-6.

        (4) Le dattier mâle ne porte pas non plus de fruits, mais on voit mal Adam et Eve se coudre un pagne avec les feuilles très découpées de cet arbre.

      

        In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 187-189.

     

       Le blog Symbuli reprend la même conclusion que Jean-Marie Pelt.

       Source : http://symbuli.pagesperso-orange.fr/arbre_jardin/pages_arbre/a10-connaissance.htm

       EXTRAIT :

         "Mais qui dit "feuille de figuier" dit fruit, donc figue.
        Bien que la nature du fruit de l'arbre de la connaissance ne soit pas précisée, on ne peut exclure qu'il s'agisse de la figue.
        Ce fruit, en effet, présente des caractéristiques exceptionnelles, porteuses d'une symbolique particulièrement riche. A l'intérieur d'une enveloppe verte qui éclate lorsqu'elle est mure, la figue présente une chair rouge - presque rouge sang - mélangée de dizaines de graines, nombreuses comme à l'infini, parce qu'impossibles à compter.

       Pourquoi ne pas établir ici une comparaison avec la grenade, qui présente les mêmes caractéristiques apparentes, et dont le symbolisme est celui de la multitude, présente ou à venir ?

       Et ceci nous amène à une autre compréhension possible.

       Cette hypothèse est évoquée - apparemment comme une certitude - par Henri Tisot dans son livre La Rencontre :

    " Le figuier et l'arbre de la connaissance du bien et du mal du jardin d’Éden ne font qu'un, et tous deux sont la préfiguration de cette Torah que Dieu dictera plus tard à Moïse sur le mont Sinaï. "

       Si l'on admet cette compréhension de ce passage, l'image d'Adam et Eve se confectionnant des pagnes ou des tabliers en feuilles de figuiers change de signification. Il ne s'agit plus alors d'une réaction de pudeur effarouchée, peut compréhensible dans ce contexte, mais d'un acte délibéré signifiant : maintenant que nous savons que nous sommes nus, c'est-à-dire qu'il nous reste tout à apprendre, nous allons nous protéger en nous abritant derrière la Torah, c'est-à-dire la Loi de Dieu. Le chemin qui mène à la Connaissance est long, ardu, souvent douloureux, et cette protection est à la fois une armure et un guide.

       En cela, l'exégèse rejoint la traduction choisie pour la version en langue anglaise. En effet, cette utilisation du mot apron = tablier peut nous ouvrir une porte vers une autre compréhension possible du sens symbolique de ce passage.

        Le verset 25 du chapitre 2 de la Genèse dit ceci :

      "Tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, sans se faire mutuellement honte. "

       Comment comprendre cette affirmation ?

       Supposons que la nudité dont il est ici question ne soit pas physique - contrairement à l'apparence - mais morale, ou plus exactement spirituelle. Parce qu'ils n'avaient nulle conscience d'être, Adam et Eve ne pouvaient avoir honte, non de leur nudité, mais de leur imperfection. Et pour ma part, je traduis cela par l'idée qu'ils n'avaient pas conscience du che-min à parcourir pour atteindre l'état de conscience suprême, c'est-à-dire pour rejoindre l'Unité dans la Lumière."

       Et cela s'exprime clairement dans les paroles du serpent qui affirme : "vous serez comme des dieux". Cette phrase est, à mon sens, plus claire dans la version CHOURAQUI qui écrit : "Vous serez comme Elohim" .

    Cela signifie, non pas vous serez comme Dieu, à l'égal de Dieu, mais vous aurez la capacité, la potentialité de vous élever vers le niveau de conscience nécessaire à vous rapprocher de Dieu.

        Mais qu'est-ce que cette capacité, sinon celle qu'apporte l'initiation, qu'est-ce que cette potentialité, sinon celle du chemin initiatique qui s'offre à tout initié ?

        Donc, selon cette optique, en mangeant le fruit de la Connaissance, Adam et Eve furent initiés par cette épreuve indispensable ; c'est-à-dire qu'ils quittèrent leur état premier d'êtres inconscients et aveugles pour atteindre à celui d'êtres humains, conscients de leur propre existence, de leurs faiblesses, mais aussi de leurs forces, de leurs potentialités.

        L'homme était devenu l'Homme, et peu importe qu'il fut mâle ou femelle.

       Un point cependant peut nous inciter à restreindre cette dernière affirmation.

        Dans l'ordre du récit, Eve, incitée par le serpent, fut la première à prendre le fruit et à le manger : "Elle en prit un fruit dont elle mangea, elle en donna aussi à son mari qui était avec elle et il en mangea." Ce n'est donc que sur l'incitation de sa compagne qu'Adam franchit le pas, ce n'est que grâce à la Femme, et après elle, que l'Homme fut initié.
       Ceci rejoint tous les mythes, égyptiens, grecs et autres, fondateurs par définition, où le héros, masculin, est toujours initié par une femme, déesse ou mortelle, elle-même n'ayant la plupart du temps pas eu besoin de passer par les mêmes épreuves, par la même préparation, pour posséder la Connaissance qu'elle va transmettre.
       Eve est donc l'initiatrice d'Adam, et l'on peut se demander si ce n'est pas pour dissimuler cette évidence que les églises ont toujours proclamé qu'il s'agissait d'une faute et que de ce fait la femme était inférieure à l'homme ?"

     

       Note :

       C'est avec grand plaisir que nous apprenons, dans notre crasse ignorance religieuse, la charge symbolique des fleuves et cours d'eau, quatre irriguant l’Éden :

       "Traditionnellement, mers, fleuves et rivières sont porteurs de Connaissance. Ce sont des lieux où la Connaissance est protégée, mise en réserve pour qui viendra la chercher. Ce sont des lieux aussi où le chercheur de Connaissance, même involontaire, finira par trouver ce qu'il doit inévitablement trouver. Ainsi JONAS, s'il fut avalé par une "baleine" passa trois jours dans la nuit, certes, mais au fond de l'eau !

        Ainsi que la écrit Robert-Jacques Thibaud dans son ouvrage Perceval :

    "Présents dès l'aurore du monde, les fleuves symbolisent l'énergie et la fertilité des eaux, comme le montrent les nombreux dieux-fleuves, pères de pays, de civilisation ou de héros fondateurs de villes… Pour les Celtes et les cultures antiques, les fleuves et les rivières possédaient la Connaissance et illustraient les cycles de Vie…"


        Cette Connaissance est donc potentiellement présente dans le Jardin d’Éden. Le fait que l'existence de ces fleuves soit soulignée avec insistance nous le montre clairement. Cette Connaissance est présente et donc disponible. Il reste alors à l'atteindre et à l'intégrer. De ce point de vue le chapitre 3 de la Genèse est la réalisation de ce qui est préparé au chapitre 2."

        Autre site parlant des arbres de l'Éden, celui de la connaissance du bien et du mal : Krapoarboricole !   Source : https://krapooarboricole.wordpress.com/2008/11/26/les-arbres-du-jardin-d%E2%80%99eden/ EXTRAIT :
        "Il y a deux arbres dans le jardin d’Éden, qui symbolisent ainsi le bonheur auquel l’humain est appelé : l’arbre de vie, et l’arbre de la science (connaissance) du bien et du mal.

    "Iahvé fit germer du sol tout arbre agréable à voir et bon à manger, ainsi que l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la science du bien et du mal." (Genèse II, 9)

        Le premier arbre, l’arbre de vie, se rencontre dans beaucoup d’autres mythes des peuples de l’Orient ancien, comme la célèbre épopée de GILGAMESH [1]. (...)"

       [1] https://krapooarboricole.wordpress.com/2010/02/16/larbre-de-vie-bahrein/#more-5374

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