• Figues symboliques 02 / PELT - 1994

    Saint Gonery

       "Un chérubin, porteur de l’épée à lame flamboyante et gardien du jardin d’Éden, annonce à Adam et Ève qu'ils en sont chassés, nos deux "ancêtres" font triste figure. Ils sont habillés (le vêtement d’Ève est un peu transparent) contrairement aux écrits de la Bible qui les voit alors en pagne de feuilles de figuier, puis vêtus de peaux de bêtes. L'arbre n'a plus de fruits."

       Peinture de la voûte lambrissée (bois) de l'église Saint-Gonery (22).

       Source : http://lesamisdesaintgonery.blogspot.fr/p/visite-guidee-de-la-chapelle-saint.html

       Note : Les vêtements d'Adam et Ève ont été peints ultérieurement, ce que ne précise curieusement pas le commentaire du site des Amis de Saint-Gonery. D'où la transparence... savoureux effet de style trouvé par le pinceau correcteur, à mi-chemin entre le respect voulu et l'impudeur finale.

     

    Eve Autun

       "Gislebert - La tentation d'Ève - v.1130 - Autun, Musée Rolin."

       Source : http://www.lettresvolees.fr/eluard/don_poeme.html

     

       "(...) On peut voir, près de Sienne, la représentation par le peintre LORENZETTI (XIVe siècle) d'une Ève compatissante tenant à la main un rameau garni d'une figue. Les peintures anciennes figurent toujours Ève couverte d'une feuille de figuier, comme le veut le texte de la Genèse. La feuille de vigne ne devient le cache-sexe des athlètes qu'à partir du haut Moyen-Age. Dans sa mythologie des plantes, Angelo de GUBERNATI signale un dessin de MICHEL-ANGE représentant un serpent entre deux figues et qui porte le nom de Phallus d'Adam. Ce dessin suggérerait la connotation obscène de la figue dans l'Antiquité, sa forme évoquant les testicules. Dans toute l'Inde, le banian, autre espèce de figuier, est l'arbre de Vishnu et de Civa. Il voit son culte associé aussi à celui du serpent, l'association figuier-serpent symbolisant la force créatrice et fécondante. Nouvel argument en faveur de l'identification du figuier à l'arbre aux fruits défendus.

     

    Banian

       Photographie de Mamfred SOMMER.

       Source : https://www.flickr.com/photos/asienman/15820089397

      https://www.flickr.com/photos/asienman/albums/72157644709704558

     

       Même richesse symbolique du figuier dans le bouddhisme : on rapporte que le BOUDDHA connut son illumination sous un figuier ; il s'agissait, il est vrai, d'une autre espèce de Ficus, le Ficus bengalensis des botanistes, porteur de figues plus petites, innombrables mais non comestibles ; Bouddha aimait s'y tenir pour enseigner ses disciples. En Chine, le figuier, comme le saule, symbolise l'immortalité ; or, pour un Chinois, celle-ci ne peut se concevoir hors des conquêtes de l'esprit, de la connaissance et de la science ; le symbolisme profond reste dont le même qu'en Occident.

       Notre figuier, Ficus carica, est exclusivement méditerranéen. De même que l'olivier est apparu sur ordre d'Athéna, la déesse d'Athènes, le figuier est fils de Déméter, déesse des Moissons et des produits de la Terre. A la différence de la plupart des arbres méditerranéens, on le voit se couvrir de feuilles au printemps. D'où cet enseignement tiré du Christ : "Lorsqu'il se couvre  de bourgeons, l'on sait que le printemps  est proche." La phrase peut surprendre un habitant de l'Europe tempérée où tous les arbres marquent une pause en hiver et repartent au printemps ; il n'en va pas de même dans le Bassin méditerranéen dont la végétation, pour l'essentiel toujours verte, ne comporte que de rares espèces à feuilles caduques en hiver, comme l'amandier et le figuier précisément. on conçoit que le Christ ait choisi d'évoquer celui-ci dans cette notation qui prend dès lors tout son sens. En Palestine, le figuier est bien un véritable "indicateur écologique" annonçant le printemps ; mais seul celui qui sait lire les signes des temps en fera son profit.

     La Grèce dédia le figuier à DIONYSOS, comme le lierre et la vigne. Visiblement, cette parenté s'est établie à cause de la forme des feuilles de ces trois espèces dont les nervures palmées évoquent des pattes de canard. PLATON, dit-on, portait aux figues sèches un amour immodéré, ce qui lui valut le nom de philosicos, "amateur de figues". Il les conseillait aux philosophes, pensant qu'elles les rendraient intelligents (toujours la même symbolique !). On raconte même que le roi des Perses Xerxès, qui avait goûté des figues en provenance  de Grèce, en fut émerveillé au point qu'il décidé de conquérir le pays où elles poussaient...

       Quant aux Romains, ils tenaient en grande vénération le figuier censé avoir abrité les premiers jours des divins jumeaux ROMULUS et REMUS. Son état  de santé était suivi avec le plus vif intérêt. Qu'il commençât à dépérir, et l'on y voyait le malencontreux présage de malheurs à venir. Les prêtres avaient alors soin de planer promptement un nouvel arbre pour conjurer le sort. Ce qu'aucun prêtre, semble-t-il, ne fit à Jérusalem pour remplacer le figuier rendu stérile par le Christ en colère... et Jérusalem fut détruite par les armées romaines en l'an 70 de notre ère !

       Toujours dans l'histoire romaine, CATON désigna un jour aux sénateurs quelques figues en leur demandant d'estimer quand elles avaient pu être cueillies. Leur aspect était si séduisant que tous pensèrent qu'elles venaient d'être détachées de l'arbre. "Eh bien ! dit-il, sachez qu'elles ont été cueillies il y a trois jours à Carthage." Carthage à portée de main de Rome ! C'est ainsi, raconte-t-on, que fut immédiatement décidée la troisième guerre punique, qui se termina par la ruine de la ville. Ainsi le voulut le fameux "Carthago delenda est" - '"il faut détruire Carthage" !"

     

        In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 189-192.

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