• GUI / LE SCOUËZEC (1999)

     ET DU MYTH-OLOG-IQUE CHÊNE GUITÉ...

    GUI DE TRADITION / LE SCOUËZEC (1999)

       Pommier envahi par des plants de gui. Réalité courante. Source : http://biologie.ens-lyon.fr/ressources/Biodiversite/Documents/la-plante-du-mois/le-gui-une-plante-parasite-dispersee-par-les-oiseaux

        Gwenc'hlan LE SCOUËZEC a rédigé un Dictionnaire de la Tradition bretonne aussi agréable à lire qu'informatif. Mais, comme chaque lecteur le sait, ce qu'il lit amène souvent à des chocs et des contradictions plus ou moins dépassables. Le gui, récemment observé avec Varg Vikernes en prend là pour son grade. On sort la serpe (d'or) !?

     

        "Gui

       Viscum album L. - Br. uhelvarr

       Tout le monde connaît l'image si souvent reproduite des druides cueillant le gui de chêne avec une serpe d'or le sixième jour de lune. Ce flash journalistique devenu lieu commun depuis belle lurette est dû à l'écrivain latin PLINE, naturaliste assez fantaisiste. Le gui ne pousse pas sur les chênes et l'on ne peut rien couper avec une lame en or.

       Mais le gui, assez extraordinaire par son allure, son parasitisme, sa situation, a toujours été vénéré comme une plante sacrée. On le disait engendré par la foudre au sommet des arbres. En breton, on le nomme uhelvarr, la haute branche, mais dans la vieille langue on disait islvarr, la basse branche. D'une façon comme d'une autre, c'est souligner son caractère singulier.

       Sa particularité principale est de vivre sans toucher terre. Non seulement il est établi sur un arbre, mais sa semence est transportée par les oiseaux qui l'excrètent ensuite au-dessus d'une branche où elle se développera. Tombée à terre, elle meurt.

       Sans doute ce cycle particulier est-il à l'origine de la vénération du gui. Il paraît bien en relation avec l'usage druidique de le recueillir dans un linge qui l'empêche de tomber au sol. Il voit ainsi préservée sa virginité.

       On le considérait autrefois comme le remède miracle contre tous les poisons et presque toutes les maladies, en particulier l'épilepsie et en général les spasmes. En Bretagne, on s'en est servi aussi contre les insuffisances respiratoires et contre toutes les maladies nerveuses.

       La médecine moderne ne lui reconnaît d'autres qualités que d'être un cardiotonique. Il provoque en effet une vaso-dilatation d'origine bulbaire et médullaire. Cependant, les médecins anthroposophes du Goethaneum de Bâle, en Suisse, s'en servent de nos jours dans le traitement du cancer et le tiennent, comme les Anciens, en grande estime.

       Mais il est bien clair qu'il y a gui et gui. L'expérience montre que l'extrait de gui varie dans sa composition selon l'arbre qui portait la plante. Le guide pommier et celui de peuplier sont dissemblables. On peut donc concevoir que les propriétés thérapeutiques le sont aussi.

       D'où la question sans cesse renaissante du gui de chêne. On a pu greffer du gui sur le chêne et même l'utiliser en pharmacie moderne. Certains auteurs en ont déduit que les druides anciens devaient procéder ainsi.

       D'autres ont affirmé que Pline avait confondu le Viscum album de nos pays avec le Lorantheus du sien, lequel pousse sur le chêne vert des garrigues napolitaines. De fait, VIRGILE dit très clairement dans L'Énéide, livre VI, vers 209, que le rameau d'or, bien identifié au gui, pousse sur l'yeuse, opaca ilice. Cet arbre, Quercus ilex L., est bien notre chêne-vert, encore que d'autre variétés, selon LITTRÉ, portent ce même nom. Seulement voilà : il n'y a pas d'yeuse en terre druidique.

       En fait, à l'époque moderne, on n'a jamais vu de Viscum album sur un Quercus Robur, ni même, semble-t-il, sur un Quercus pedonculata, à l'exclusion des rares plans greffés. Pline, vraisemblablement, nous a raconté des blagues. Peut-être, comme il arrive avec ce type de journaliste, ses informateurs l'avaient-ils induit eux-mêmes en erreur.

       Le gui est sacré par lui-même. Telle est la tradition commune. Il pousse essentiellement chez nous sur le pommier, qui est, somme toute, l'arbre le plus sacré des Celtes, puisqu'il ouvre la porte de l'Autre Monde. Son pouvoir est supérieur à celui du chêne qui reste benoîtement et solidement établi en ce monde-ci.

       Le gui de pommier est la quintessence de la pomme et de la branche d'argent qui a permit à BRAN, fils de FEBAL, d'entreprendre le voyage des îles d'Occident." (pp. 115-116)

       In Dictionnaire de la Tradition bretonne, Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, Kiron-Philippe Lebeau, 1999.

     

       Notes :

       - Varg VIKERNES décrit l'importance du gui dans l'explication du monde et des forces vitales en hiver aux temps les plus anciens des communautés païennes du Nord de l'Europe*. Gwenc'hlan LE SCOUËRZEC reprend une grande partie de la croyance, connue par le celtisme, tout en annulant le fait originel : le gui s'installant sur le chêne, mieux encore, à la cime de l'arbre (multi-centenaire, au vu de sa hauteur !) est un mythe ! Le gui ne s'implante pas sur les chênes communs des contrées tempérées froides.

       Un site botanique officiel d'internet trouvé simplement par les mots clés "chêne gui", sans préjugé d'aucune sorte (par ignorance) témoigne pourtant de la possibilité du fait,avec un vue d'ailleurs reprise... Serait-il beaucoup moins courant que l'implantation du gui sur le pommier ou d'autres arbres comme le peuplier (c'est notre constat premier) ? Arbres fruitiers au goût des oiseaux pour le premier ? Nous allons faire beaucoup plus attention désormais, et "chercher" le gui sur le chêne, nouvelles et photographie promises dans le cas de trouvaille, sans négliger que la vue qui nous fait riposter peut concerner un chêne méditerranéen, couverture de tuiles indicatrices d'un climat plus amène...

       * Que dit Varg Vikernes du gui dans son livre avec un paragraphe dédié au gui :

       "Le chêne était l'arbre le plus fréquemment frappé par la foudre, ce qui en faisait, aux yeux des magiciens, l'arbre le plus sacré de la forêt. Plus que tout autre arbre, le chêne possédait des pouvoirs solaires. A l'automne, les feuilles le quittaient et il semblait mourir, mais on pouvait parfois trouver, même en hiver, une petite excroissance de verdure à sa cime. C'était le gui. Parce qu'ils trouvaient le gui à cet endroit, là où la foudre frappait le plus souvent, les magiciens pensaient qu'il venait du ciel, que la foudre l'apportait du ciel à la Terre.

       La force vitale du chêne se reportait sur le gui pour la durée de l'hiver, et l'arbre était donc inexploitable comme source de pouvoir solaire. Par contre, le gui était très puissant ! Tout le pouvoir du Soleil, la force vitale et l'esprit du chêne, se concentraient dans ce petit rameau. Dès lors, le magicien escaladait l'arbre jusqu'à sa cime et coupait le gui, ainsi le magicien possédant un tel rameau disposait de toute la puissance et de l'énergie du Soleil. Le gui servait de médicament, de puissante baguette magique pour les sorts d'amour, pour manipuler le feu, et comme protection contre la magie néfaste.

       À l'Âge de Bronze, l'esprit du chêne devint un dieu..."

       In Magie et religion en ancienne Scandinavie, Varg VIKERNES, Rubicon, 2016, p. 20.

       - Gwenc'hlan LE SCOUËZEC, qui jouit d'une notoriété locale acquise par son écriture, ses recherches historiques et surtout son druidisme, est médecin de formation, et le fut d'exercice un temps. On peut aussi trouver utile de savoir qu'avec son inscription celtique, "Il s'est également lancé dans la recherche d'une filiation antique qu'il ne trouva que dans d'hypothétiques rituels forestiers ou dans une incorporation éventuelle de l'esprit des Druides dans l'Église de la Grande-Bretagne antique." (Wikipédia)

       - L'auteur breton et Marie CACHET parlent tous deux du genêt à balais en soulignant chacun l'une de ses vertus médicinales contraire à celle du gui tel que Gwenc'hlan Le Scouëzec le ramène : le spasme (intéressant dans l'accouchement ...). La fleur du genêt est par ailleurs d'un jaune... solaire et le balai qu'il fournit est apprécié de la sorcière, de mémoire collective !

       - Autre dictionnaire, avec un contenu proche mais sans la remise en question qui nous sollicite : celui de la mythologie celtique de Jean MARKALE (1928-2008), auteur prolixe et contesté du celtisme, non  sans relation éditoriale avec Gwenc'hlan Le Souëzec (Wikipédia).

       "Gui. Végétal sacré chez les Celtes. D'après Pline l'Ancien, les druides le cueillaient avec une faucille d'or, au cours d'une cérémonie rituelle, sur un chêne ou tout arbre considéré symboliquement comme un chêne. Toujours d'après Pline, le gui servait à fabriquer une sorte de "potion magique" qui était un "remède à tout". Cette idée s'est maintenue très longtemps dans les traditions populaires de Bretagne armoricaine. Symboliquement, le gui, qui prend sa force sur le chêne, image de la force, représente la possibilité donnée aux humains de recueillir l'énergie divine."

      In Petit dictionnaire de mythologie celtique, Jean MARKALE, Entente, 1986, p. 107. 

     

       # Le 05-03-207 : "Pourquoi est-il si rare de trouver du gui dans un chêne ?

       "Le chêne opposerait une barrière chimique empêchant la pénétration du gui dans le rameau. Il ne peut se développer que sur des chênes ayant une déficience génétique, ce qui explique sa rareté." Wikipedia

       Source : http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2015/05/09/le-chene-porte-gui-de-limonest-rhone/

       La rareté faisant à l'occasion la valeur...

     

    GUI / LE SCOUËZEC (1999)

       Source : http://lestetardsarboricoles.fr/wordpress/2015/05/09/le-chene-porte-gui-de-limonest-rhone/

       Voir aussi : http://bernard.langellier.pagesperso-orange.fr/arb/chene-gui-isigny-buat.htm

     

     

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