• HEMON / BROUDIC - 2007

     Incontestablement nationaliste

     "Quand un Breton (re)découvre la Bretagne

      "Gwalarn" est la revue littéraire de langue bretonne qui fut lancée en mars 1925 par Roparz HEMON et Olier MORDREL. Elle est généralement considérée comme un pôle de référence dans le domaine des lettres bretonnes.

       (...)

       Le nationalisme de Hemon, en réalité, est bien plus qu'un conservatisme. L'on conviendra qu'on y retrouve tout simplement les mêmes thèses que dans les mouvements d'extrême-droite qui émergent au même moment partout en Europe :

       - dénonciation de la décadence et des littératures pourries

       - rejet du vieux monde et de la Bretagne vieillie

       - éloge de la pureté et de la jeunesse

       - xénophobie

       - volonté de créer le nouvel homme (breton)

       - culte de l'homme providentiel ou du sauveur

       - primauté de la nation

       - exaltation de l'union nationale, qui doit annihiler les différences de classes ou de croyances

       - conception de l’État autoritaire...

       Mais si Hemon a séduit, c'est parce qu'il a théorisé à l'extrême une perspective qui ne condamnait pas la langue bretonne à la déchéance ou à la marginalisation, et qui, du même coup, a été considérée par beaucoup comme positive et valorisante pour le breton.

       En préface à l'édition de son recueil en 1931, l'auteur reconnaissait qu'il contenait plusieurs passages qu'il n'aurait  plus rédigés dans les mêmes termes, ce qu'il confirmait sans une note liminaire de la seconde édition de son livre en 1972. Dans "Eur Breizad oc'h adkavout Breiz", la pensée hémonienne n'en est donc encore qu'à sa première formulation. Les derniers chapitres du livre témoignent à cet égard d'une évolution, en particulier lorsque R. Hemon écrit que "si une littérature veut s'épanouir et réaliser, elle doit se rattacher à la vie sociale pus qu'à la vie personnelle,la littérature de la foule plus que celle de l'individu et des émotions de son cœur [...]. La vie doit nourrir la littérature."

       Moins de cinq ans après avoir créé "Gwalarn", son directeur reconnaît donc son erreur d'avoir tout misé sur la littérature : il a perdu l'espoir qu'il avait mis "dans le pouvoir de la Beauté pour ressusciter l'esprit d'un peuple". Mais si R. Hemon annonce une nouvelle pratique, l'orientation reste identique, et les objectifs inchangés : "c'est bien de créer une littérature. Il est encore mieux et plus nécessaire de créer la vie. Car sans une langue convenable, sans enseignement, sans conscience nationale, quelle vie peut-il y avoir dans un pays ?" Comme si la vie avait besoin d'être "créée"... Ne s'agirait-il pas toujours de re-créer la nation ?

       Il n'en reste pas moins que le recueil des textes théoriques de R. Hemon peut être considéré comme l'ouvrage fondateur du mouvement linguistique et littéraire d'inspiration nationaliste et qu'il a fortement marqué et influencé une grande partie du mouvement breton jusqu'à nos jours."

       In Le Breton, une langue en questions, Fañch BROUDIC, éditions Emgleo  Breiz, pp. 69-87.

     

       Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Roparz_Hemon

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