• Jacques BUREL

     DESSINATEUR TESTAMENTAIRE

    Jacques BUREL

        "La cheminée à Coat-Meur", dessin de Jacques BUREL, en 1942. "Crayon et pastel sur papier gris olive, H. 342 ; L. 264.", in Jacques Burel témoin de la vie paysanne en Bretagne, Coop Breiz, Spézet, 2005, p. 65.

     

       Morlaix, musée des Jacobins (fermé pour grosse réhabilitation longtemps remise), une collection d'objets d' "art populaire"... celle de Jacques BUREL qui se préoccupa de la transmission de ce qu'il avait recueilli ses séjours durant en Bretagne, non sans dévotion.

       Jacques Burel, un grand dessinateur du pays de ses parents et grands-parents... et une âme en désarroi profond, choqué par la deuxième modernité bretonne, défigurant ou éteignant ce qu'il aimait tant.

       Quelques propos de Ronce et de froment (1991), texte de Jacques Burel accompagnent les images choisies. Jusqu'à certains abordant le fameux "être breton".

     

       "C'est de là que venait la lumière et marraine, à genoux, s'y détachait à contre-jour, versant la pâte sur la pilig avec sa louche, l'étalant avec le rozel, y plaquant un gros morceau de beurre avant de la plier en carré et de la retourner au spanel, cette épée de bois, que j'ai précieusement gardée. De temps à autre elle remettait au feu quelques branches d'ajonc et la flamme dorait son visage, déjà halé par mille soleils (mais elle n'avait d'admiration que pour les peaux blanches)." Ibid, pp. 58 & 133.

     

     

    Jacques BUREL

    Jacques BUREL

        Deux dessins de Jacques BUREL, en 1943 et 1938 (mine de plomb sur papier, H. 310 ; L. 225 et encre sur papier, H. 190 ; L. 125)  in Jacques Burel témoin de la vie paysanne en Bretagne, Coop Breiz, Spézet, 2005, pp. 64 & 65.

     

       "Le soir, quand je rentrais de Coat-Meur, il m'arrivait de pénétrer dans une cuisine obscure, d'allumer, et de trouver mes grands-parents assis de part et d'autre de la pièce, silencieux. Lui, ses mains noueuses posées sur les genoux, elle égrenant son chapelet en remuant les lèvres, sous le christ de bois peint sculpté par Ian-Marie ROSE son oncle,en 1834." Ibid, p. 60.

     

    Jacques BUREL

       Portrait de Jacques BUREL, Algérie, 1956, Musée des Jacobins in Jacques Burel témoin de la vie paysanne en Bretagne, Coop Breiz, Spézet, 2005.

     

       " Je retrouve une page écrite en pleine nostalgie le 17 janvier 1984. Elle dit ceci : " ... ce matin, avant le lever du jour, j'étais hanté par l'image de marraine prenant de l'eau à la rivière. (...) Ce n'est plus la campagne, c'est la zone avec sa laideur et sa vulgarité. (...)

       De ce qui a fait la joie de ma jeunesse, joie rare plus grande que l'amour, action de grâces, reconnaissance, il ne reste plus rien. Une telle dégradation navre le cœur. Mais la sensibilité absente, l'indifférence au beau et le sens du profit conjugués ont raison de tout. Il ne reste pour en témoigner que ces quelques lignes, quelques photos, et quelques dessins qui furent mes filets à piéger le temps et à tenter de rendre les choses éternelles. J'aurai eu le privilège douloureux d'aimer ces riens qui me touchent plus que Versailles ou le Parthénon. Cette civilisation de l'humilité, ce respect de la nature des anciens paysans, avaient sans qu'ils le sachent, de la grandeur. Le progrès purement matériel a entraîné une régression de l'Esprit." Propos pessimistes... A ce paysage disparu se lient des images mentales qui, elles, sont indestructibles. Je pourrais paraphraser le livre de PÉREC Je me souviens.

       Voici une vingtaine d'années qu'à tort ou à raison je suis passé à la non -figuration. Hasard ou pas, l'ancien vécu sourd et refait surface, et certains tableaux prennent l'aspect de nos vieux murs. Ce n'est pas toujours le cas et il arrive que je m'en inquiète comme d'une trahison... Pourtant il faudrait atteindre au détachement. Un lien trop sentimental aux choses peut nuire au travail du peintre qui doit être transposition, jeu de l'esprit sans entraves autres que celles de la matière elle-même, dominées. Alors que mon optique, au départ, était : "Tel jour, à telle heure, à telle minute, cela était ainsi, et cela ne le sera jamais plus." D'où les croquis datés, les gouaches parfois sommaires, nés d'un amour profond de ce que le monde paysan donnait à voir et où sans doute domine l'anecdote. Mais je ne pouvais tout noter faute de temps.

       Aussi pour porter témoignages me faudrait-il énoncer en vrac et sans le temps hélas de leur donner forme, les souvenirs de mes émotions d'autrefois. Elles provenaient de visages très éloignés du beau académique mais qui possédaient à mes yeux l'authenticité des origines, à l'état brut."

       In Jacques Burel témoin de la vie paysanne en Bretagne, Coop Breiz, Spézet, 2005, pp. 122-123.

     

       "En 1974, en Espagne, une sorte de général en retraite m'adressa la parole dans la même langue, puis s'excusa. Selon mon collègue BRUNEL du lycée Turgot, ancien prisonnier, j'avais pour sosie un adjudant prussien... Je m'étais fait à l'idée d'avoir un type arien pur sucre lorsque rue N.-D.-de-Nazareth, près de la synagogue, un vieux monsieur se précipite sur moi : "Pardon monsieur, vous n'êtes pas Juif ? Il nous manque un homme pour le quorum... "Voilà qui laisse rêveur quant à la notion de race au début de cet écrit. Ne serions-nous point tout bonnement des hommes ? Gamin, j'étais intérieurement troublé par le fait de ne pouvoir être à la fois breton, cow-boy, peau-rouge et cosaque. Pourtant je me sens breton avant que français, même avec un nom d'origine latine. Le mouton burel, c'est le mouton noir. Celui d'Ouessant..."

       In Jacques Burel témoin de la vie paysanne en Bretagne, Coop Breiz, Spézet, 2005, p. 126.

     

       Compléments :

       http://musee.ville.morlaix.fr/la-collection/arts-et-traditions-populaires/

     

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