• JARDIN, le MODELE / de PRÉCY (1912) ?

     Être jardinier.

    JARDIN MODELE / de PRECY (1912)

       Le Jardin d'eau à Giverny (27). "MONET était si fier de son jardin d’eau, qu’il aimait y recevoir ses invités et passait des heures à le contempler. Un jardinier était chargé de son entretien à temps plein, et supprimait chaque feuille morte pour qu’il reste d’une beauté parfaite."  

       http://fondation-monet.com/giverny/le-jardin-deau/

       Note : Cette photographie d'aujourd'hui est "léchée" comme pour devoir coller aux peintures de Claude MONET (1840-1926). Peut-être a-t-elle été retouchée sur ordinateur. Elle est assurément belle. Près d'un siècle a passé depuis les Nymphéas. Outre le doute d'un Monet jardinier (s'il manifeste un goût certain des paysages végétaux et aurait visité Greystone, l’œuvre de Jorn de Précy, en 1906 - voir en fin du billet), celui d'un jardin incessamment repris depuis la mort du peintre, suivi, contrôlé par une armada d'employés, afin de conserver son allure originelle, retient... l'adhésion.

     

    JARDIN MODELE / de PRECY (1912)

        "Maison et jardin de Claude MONET à Giverny au printemps, Giverny Photo Ariane CAUDERLIER."

       Source : http://giverny.org/gardens/fcm/visitfr.htm

     

       Dans son livre-traité paru en 1912, confidentiel partout - et possiblement inventé ! (ce serait par son "traducteur", un écrit du début du troisième millénaire, publié en 2011, donc) - Le Jardin perdu, déjà largement cité en Tsukeshoin, Jorn de PRÉCY (1837-1916) entreprend ce qui nous motive consciemment depuis quelques années en "conception spatiale" (jargonnons, passons) et dans la vie, en retrait subi/choisi dégoûté des grands courants contemporains, horrifié de ce qui pourrait être socialement souhaité et progressivement (hâtivement ?!) mis en place (à l'exception notable de ce que nous appelons la souplesse et qui est nommé, pour une fois avec justesse dans le système capitaliste - c'est-à-dire empesé de calcul et de coercition : la flexibilité). Faire avant tout avec le présent (et son pouls d'histoire) ? Faire avec ce qui se donne ("le plus" naturel - affreux constat, le naturel tout de même, solide, éternel ?), investi, volontaire, émancipé (?). Être probablement. Pas de programmation plus poussée que l'intention (de la réflexion toutefois), avec la certitude de quelque chose ou quelque part toujours viables, par les chemins qui s'ouvrent indéfiniment.

       - Et tes plans d'architecte ? Ceux dont on t'a donné les clefs et dont tu as expérimenté la force et la liberté, règlements, normes assumés (par l'interprétation / doctrine rigide et abus bureaucratiques s'abstenir), avec les rêves et nécessités du maître d'ouvrage ? Ces plans (ces dessins !) que tu établis naguère dans la passion, tous calques dehors, et même sous logiciel informatique ? Ceux qui t'ont fait emprunter justement cette voie... du Tao ?

       Réalité naturelle / réalité sociale... [Virtualité.]

      [http://tricyrtis-et-jardins.blogspot.fr/2012/10/jorn-de-precy-le-jardin-perdu.html

       http://hablemosdejardines.blogspot.fr/2014/11/un-texto-incognita.html

    http://www.micmag.net/fr/lire/1578-marco-martella-l-le-jardin-est-le-lieu-parfait-pour-restaurer-le-dialogue-entre-lhomme-et-la-nature-r

       http://alapagevichy.blogspot.fr/2015/02/teodor-le-jardinier.html

       Qui est Marco MARTELLA ? ... La tondeuse existait-elle en 1912 ? Oui : elle fut mise au point en 1830 par l'ingénieur Edwin BEARD BUDDING (1795-1846). Que vaque le suspens.]

      Jorn de Précy, de sa place de rentier jardinier, sorti ou non de l'imagination d'un Européen polyglotte érudit d'aujourd'hui, répond très simplement, spécialiste de rien, privilégié certes, dégagé de l'emprise furieuse de l'argent (à trouver, à gagner, à "créer"), "du besoin", de la privation, face à "lui-même" (?). Il reflète (ou fonde), à sa manière, les principes de la permaculture végétale et de l'agriculture naturelle (Masanobu FUKUOKA) qui nous remuent, ainsi que les déambulations limites de Bernard BOISSON (forêt primordiale). Après avoir pris le temps de sa réponse, de son savoir immémorial, doux et implacable (dans le marécage des César-s, ose-t-on : de sa sagesse ?), la problématique essentielle du nombre et des bouches à nourrir deviendra urgente ("manger, miam miam...").

     

       "Le jardinier animiste

       Le jardinier - qu'il soit propriétaire d'un parc ou maraîcher du dimanche dans le faubourg d'une grande ville - se sait "être vivant" au milieu d'autres "êtres vivants". Dans son travail, il renoue le lien perdu avec le sauvageon qui sommeille dans l'homme civilisé. En présence de la beauté et du mystère du phénomène naturel, il redécouvre sans cesse le sentiment du sacré, comme les premiers humains. Il sait qu'il n’œuvre pas tout seul dans son jardin. Oui, tout ce qu'il entreprend - planter un nouvel arbre ou semer une nouvelle variété de salade - est soumis à des volontés supérieures souvent imprévisibles, qui peuvent modifier la course des vents, faire baisser ou monter des températures, introduire tout soudain dans le jardin une espèce nuisible d'insectes... Il ne peut oublier que jamais il n'arrivera rien de bon s'il ne se fie qu'à ses capacités et à sa technique, aussi perfectionnée soit-elle. Il accepte cela, tout en pestant contre le ciel. Oui, les dieux lui sont parfois hostiles. Pour quelque raison inexplicable, ils s'acharnent de temps en temps ses projets de plantation ou de semis. Mais ils sont . Et au fond de lui-même, le jardinier est reconnaissant à la nature de ce jeu permanent qu'elle lui offre, et pour le bonheur qu'il en tire.

      Faut-il, dès lors, s'étonner si nombre de jardiniers dans nos îles britanniques, y compris des bourgeois et des dames dignes et hautement civilisés, sont convaincus d'avoir vu des fées au fond de leurs jardins ?

    *

       Ainsi, le jardinier travaille tous les jours avec l'invisible. La biologie moderne lui apprend les lois et les mécanismes du monde végétal. Elle lui explique comment les feuilles fabriquent des sucres en utilisant l'énergie lumineuse et pourquoi la graine juteuse du fruit. Ce sont là, disent les scientifiques, quelques-uns des secrets que l'homme a réussi à arracher à la nature. Le jardinier sourit par-devers soi : tout cela est fort intéressant, mais ce n'est pas tout. Au contraire, ce n'est presque rien ! Car derrière un secret il y en a, Dieu merci, toujours un autre. Pourquoi diable vouloir élucider les prodiges du monde végétal ? Que serait la nature sans ses petits ou ses grands secrets ? Le jardinier, lui, préfère cultiver le mystère de son lieu, et il le protège comme on fait avec un trésor, modeste, mais très précieux.

       Cependant ces questions philosophiques, et plutôt abstraites, ne le concernent pas vraiment. Son esprit est constamment absorbé par des soucis bien plus  terre à terre : quand tailler les fruitiers ? Quel remède employer contre les pucerons qui ravagent les rosiers cette année ? Que planter à côté des nouveaux rhododendrons pour atténuer le rouge un peu trop vif de leurs fleurs ? Néanmoins, le jardinier regarde en philosophe le ciel et le passage des nuages. En poète, il interroge passionnément le monde qui le contient et qui le dépasse infiniment. Il questionne cette force qu'il voit partout à l’œuvre autour de lui, dans l'éclosion de la plus petite des fleurs au milieu de l'herbe et dans la croissance puissante d'un séquoia. Tout, tout est toujours nouveau. Et il s'émerveille devant chaque événement du jardin : une nouvelle orchidée née d'une graine amenée par un oiseau, un nouveau rosier sauvage qui a grimpé dans un grand chêne à la manière d'une liane de la jungle, le feuillage de son tulipier de Virginie roussissant à l'automne.

       Je ne parle pas, bien sûr, du jardinier dont la tâche consiste à planter tous les ans des centaines d'horribles bégonias ou de tulipes dans les plates-bandes, à désherber des allées ou à tailler des haies interminables de troènes. Ce jardinier-là, que l'on voit souvent, l'air malheureux, habillé en uniforme vert, dans les jardins publics, est payé pour "nettoyer" - mot qui devrait être banni du vocabulaire du jardinage - les lieux. Il ressemble à l'ouvrier condamné à exécuter dans l'obscurité d'une usine des tâches répétitives ne sollicitant ni sa créativité, ni son intelligence, ni son cœur. Non, je parle du véritable jardinier, celui qui œuvre avec la nature et avec le génie du lieu, celui qui sans arrêt, dans son travail, joue avec le mystère du monde végétal. Je parle du jardinier-poète.

    *

       Ce jardinier-là est l'être le plus humble de la terre.

       A un ami qui me demandait, il n'y a pas longtemps, quelle est la plus grande qualité d'un amoureux du jardinage, j'ai répondu, sans hésiter : la modestie. Je lui ai cité des vers d'un poète praguois, selon qui "le chemin vers l’œuvre se fait à genoux (1)", car un vrai jardinier doit constamment faire preuve d'humilité et s'effacer devant sa création. Son œuvre est à recommencer sans cesse et, il le sait, elle le dépasse toujours. Son travail est un travail de moine, minutieux, amoureux, patient, à accomplir à l'écart du monde, à la lumière d'une foi profonde et doucement aveugle.

       Certains jardiniers de notre pays sont de véritables artistes. ils composent leurs bordures mixtes de fleurs vivaces comme des peintres. ils sont familiers avec les secrets des plantes et avec l'art d'arranger les végétaux pour qu'ils produisent des effets à la fois naturels et raffinés. Mais lorsque vous visitez un jardin et que celui-ci vous plaît, n'allez pas faire des compliments au jardinier. Si vous le surprenez à quatre pattes  derrière des buissons, un sécateur à la main, ne lui expliquez pas que Renoir ou Monet ne sauraient composer des tableaux plus charmants, et que l'équilibre de formes, couleurs et mouvement qu'il a obtenu est une œuvre d'art (2). Très probablement, vous le verriez rougir comme une jeune fille, vous l'entendriez répondre avec embarras que lui, bah, n'y est presque pour rien ! Et vous le regarderiez s'éloigner vers le fond du jardin. (C'est de cette manière-là que, il y a longtemps, je fis la connaissance de Miss Gertrude JEKYLL, la plus géniale de nos jardinières et certainement la plus artiste (3). Je venais visiter son merveilleux jardin de Munstead Wood et j'eus l'idée stupide d'aller la complimenter pendant qu'elle travaillait sur son potager. Je ne sais plus quelles phrases maniérées j'ai proférées pour lui exprimer mon admiration. Mais je me souviens de la manière dont elle a baissé les yeux vers les mottes de terre qu'elle venait de retourner. (...)

       Mais voici la marque la plus singulière de la modestie du jardinier : en dépit des lieux communs sur le jardinage, il n'aspire pas à dominer l'espace où il travaille et qu'il façonne avec la nature. Dans son petit univers, il ne se prend pas pour, pour citer CORNEILLE, pour le maître. Il n'est pas au-dessus de son lieu, il est toujours dans son lieu. Tout ce qu'il veut, c'est que celui-ci devienne, jour après jour, plus beau. Il sait que son jardin est l’œuvre la plus éphémère qui soit. Il l'aime pour cela. (...)"

       (1) Je n'ai malheureusement pas réussi à identifier ce poète que Jorn de Précy n'a pas voulu nommer. S'agirait-il de vers écrits par lui-même ? (N.d.T)

        (2) En français dans le texte (N.d.T.).

        (3) Gertrude Jekyll (1843-1932). Jorn de Précy fut pour elle un ami et un maître. Elle-même racontera qu'elle faisait souvent appel à ses conseils. C'est pourquoi des historiens des jardins britanniques ont affirmé récemment qu'au moins deux de ses jardins ont été conçus en réalité par de Précy. A ce sujet, voir Virginia PAGE, "De Précy's influence on Jekyll's early gardens", The art of  Garden, n° 63, III, 1989. (N.d.T.)

       In Le Jardin perdu, Jorn de PRÉCY (1912), trad. Marco MARTELLA, Actes sud, coll. "Un endroit où aller", 2011, pp. 71-80.

       Note : La suite à lire dans la belle publication d'Actes Sud.

     

    JARDIN, le MODELE / de PRÉCY (1912) ?JARDIN MODELE / de PRECY (1912)JARDIN MODELE / de PRECY (1912)

       Deux vues de célèbres jardins (Outre-Manche) de Gertrude JEKYLL, puis une autre de Munstead Wood

       Sources : http://www.designsponge.com/2011/06/gerturude-jekyll-the-country-house-garden.html

       https://fthats.wordpress.com/2010/04/16/spotlight-on-gertrude-jekyll-and-munstead_wood/

       http://www.portaldojardim.com/pdj/2015/01/21/gertrude-jekyll-artesa-jardineira-e-artista/

     

       Claude MONET s'est donc rendu au jardin de Jorn de Précy.... Il en aura retiré une forte... impression.

       "Greystone était sa grande œuvre, peut-être son seul véritable amour. Le lieu disaient les contemporains, était merveilleux et inquiétant. Claude Monet, qui le visite en 1906, écrit : "Le jardin de M. de Précy offre des tableaux d'une charme intense et indéfinissable qui vont droit au cœur. Le sauvage s'y même constamment à l'artificiel, le rêve à la réalité." 

      In Le Jardin perdu, Jorn de PRÉCY (1912), trad. de Marco MARTELLA, Actes sud, coll. "Un endroit où aller", 2011, p. 12 (dans l'introduction du traducteur : "L'énigme Jorn de Précy").

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