• L'Euro-cratie 2015 et l'immigration

     Un choix politique délibéré qui se pourrait très déterminé

     Deux analyses, lue pour l'une et entendue récemment pour l'autre, témoignent d'une politique particulièrement accueillante  à l'égard de l'arrivée de "migrants" sur le sol européen. Cette politique, et nous avons utilisé sciemment en titre le terme d'Euro-cratie (mais comment la dénommer autrement ?), est celle du pouvoir européen lui-même et non celui auquel on pense avec le titre d'Union européenne, celui des États et des gouvernements réunis des pays d'Europe (certains de ces États pouvant souscrire à cette politique pour autant).

       1 - Gérard-François DUMONT, professeur à l'Université de Paris IV Sorbonne, invité de Thierry GARCIN aux Enjeux internationaux des Matins de France Culture le vendredi 18 décembre dernier peut surprendre (si l'on n'a pas écouté, par exemple, l'ancien ministre des finances grecques Yànis VAROUFAKIS raconter* les procédures qu'il a vécues ou plutôt subies, à la suite des tractations du premier semestre 2015 de son pays avec la dite Troïka), et souligne des agissements extra-constitutionnels avérés.

       Présentation par Thierry Garcin :

       "La question des migrants, provenant essentiellement du Proche-Orient (environ un million d'entre eux est arrivé en Allemagne cette année), aura des conséquences considérables et durables sur l'ensemble de l'Europe.

       En septembre dernier, le président de la Commission, M. JUNCKER, avait proposé des quotas obligatoires, idée reprise par la chancelière allemande, qui a aussitôt créé un immense appel d'air, sans concertation.

      Or, les inconséquences et les contradictions de l’Allemagne sont nombreuses : les quotas obligatoires constituent une machine à diviser les Européens, ce qui n’a pas manqué d’arriver ; Mme Merkel ne distingue pas les réfugiés politiques des migrants économiques ; elle distribue à l’envi le droit d’asile.

     Peu après débordée par l’ampleur de la situation, elle demande à la Turquie de contenir ce flot, moyennant une aide européenne de trois milliards d’euros (qui en contrôlera l’utilisation ?) et l’acceptation des conditions d’Ankara, entre autres la reprise des négociations sur l’adhésion à l’Union européenne. On rappelle qu’Ankara est accusée d’avoir aidé l’État islamique et, comme pays candidat, occupe 38 % d’un autre pays membre (Chypre)."  Th. G.

      Quelques formule clefs de l'entretien : Exode / Incohérence de la politique allemande / Exode sans précédent historique (nombre d'acteurs, Turquie, effet Palmyre) / Corps européen de garde des frontières / Droit d'ingérence de l'U.E. sur des États européens récalcitrants / Faire passer en force un certain nombre de choses qui sont précisément matière à polémique au sein même de l 'Union Européenne...

       EXTRAIT :

       "C'est une décision tout à fait étonnante, puisqu'on est train de changer les institutions de L'union Européenne (U.E.) sans modifier les traités. En effet le principe de base de l'U.E., c'est que l'U.E. n'a pas sa propre administration, c'est-à-dire qu'il appartient à chaque État d'appliquer avec son administration les règles de l'U.E., et en particulier un État ne peut devenir membre de l'U.E. qu'à condition qu'il ait une administration capable d'appliquer les directives et les règlements de l'U.E.. Et là effectivement il y a novation dans la mesure où l'U.E. a certainement une stratégie d'élargissement pour l'élargissement sans tenir compte de la capacité des États d'avoir des moyens administratifs d'appliquer les règlements et les directives de l'U.E.. Et donc, c'est un changement de nature, puisque certains peuvent même considérer qu'il y a une position presque centralisatrice, voire impérialiste de la part de Bruxelles. C'est-à-dire qu'on va même plus loin que le fédéralisme allemand, où effectivement ce sont les Landers qui doivent mettre en œuvre les lois fédérales dans leur Land, mais jamais Berlin ne peut intervenir directement avec son administration au sein d'un Land allemand. Or là effectivement, l'U.E. semble vouloir s’arroger le droit d'intervenir dans un pays sans même que ce pays le souhaite. C'est un changement de nature de l'U.E. vers lequel on risque d'aller.

       Source : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5124519

    http://www.franceculture.fr/emission-les-enjeux-internationaux-union-europeenne-conseil-europeen-le-defi-des-actuelles-migration

      *Rien ou tout à voir (!), des histoires d'argent (toujours lui) ont entaché le cycle de conférences et d'interviews que Yànis Varoufakis a délivré après sa démission du gouvernement grec, en juillet 2015. Un bilan est disponible ici, avant que l'affaire ne soit engloutie dans le magma des informations médiatiques :

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/10/29/varoufakis-assure-qu-il-voyage-en-classe-eco_4798803_3234.html

     

       2 - La tribune d'Alexis THEAS ("universitaire, juriste, et spécialiste de l'immigration" selon la présentation de FigaroVox), en date du 06-12-2015, est quant à lui, à charge, dès le titre : "Trois millions d'arrivants. Comment la commission européenne favorise le chaos migratoire."

    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/11/06/31003-20151106ARTFIG00125-3-millions-d-arrivants-comment-la-commission-europeenne-favorise-le-chaos-migratoire.php

       EXTRAIT :

       "En 2015, un spectaculaire basculement idéologique est intervenu. Depuis l'été 2015, le verrou a sauté. Les distinctions classiques se sont effacées. Tout est désormais confondu : immigration légale destinée au travail ou à une vie familiale, réfugiés fuyant les persécutions, et immigration illégale, par voie maritime, aérienne, routière, qui jusqu'alors devait être farouchement combattue. Les flux de personnes sont désormais englobés sous le vocable de "migrants" et considérés sans nuance comme un bienfait que l'Europe doit accepter sinon favoriser, pour des raisons multiples, démographiques, économiques, civilisationnelles - favoriser la diversité - morales et humanitaires. Les barrières ont été levées. Sous l'impulsion de la Commission, l'Europe a renoncé à contrôler ses frontières, à reconduire dans leur pays d'origine les migrants clandestins. "Il est temps de faire preuve d'humanité et de dignité" a proclamé le président de la Commission M. JUNCKER le 9 septembre 2015 devant le Parlement européen, en plaine harmonie avec la chancelière allemande Mme Merkel, en appelant à une large ouverture de l'Europe. Un gigantesque appel d'air a été ainsi déclenché, dont nul ne voit quand et comment il pourrait prendre fin ou se ralentir.

      Pourquoi cette soudaine conversion de l'Europe officielle, jusqu'alors prudente, à un accueil désormais massif et inconditionnel ? Il faut y voir d'abord un aveu d'impuissance. Puisque ces événements nous échappent, feignons de nous en féliciter ! En outre, la presse, les médias, les lobbies humanitaires, certains milieux patronaux, exercent une pression constante sur les hauts responsables européens et les bureaux pour les convaincre du devoir d'ouverture généralisé et de sa nécessité sur le plan économique et démographique.

       L'ouverture inconditionnelle fait désormais partie d'une stratégie de la Commission. Quand M. Juncker exigeait des Européens qu'ils se répartissent les migrants par quotas, il était dans une logique de pouvoir. La Commission est en quête d'un nouveau rôle, absolument décisif, s'attribuant un pouvoir colossal, sans équivalent historique, celui de plate-forme de répartition des populations sur tout le continent. Alors que le marché unique est achevé, elle tente ainsi de se replacer au cœur du processus de décision européen.

       Enfin, à long terme, dans une Europe en crise, l'acceptation voire l'encouragement de mouvements considérables de populations vers le vieux continent sont vécus comme un levier de relance du rêve européen : puisque les passions nationales ne s'effacent pas d'elles-mêmes, les flux migratoires massifs, grâce à l'arrivée de nouvelles cultures, nouveaux modes de vie en Europe, vont contribuer peu à peu à l'effacement des vieux réflexes nationaux au profit d'un homme nouveau, vierge, propice à l'émergence d'une culture européenne multiple et fondée sur la diversité. Dans le même texte du 3 juin 2003, la Commission en appelait à "un engagement clair à promouvoir des sociétés pluralistes."

       (...) Elle est aujourd'hui dans la stratégie du pire. La Commission pense consciemment ou inconsciemment tirer son épingle du jeu d'une Europe en plein chaos, dont les gouvernements nationaux sont totalement désemparés, se voyant ainsi en ultime recours sur les ruines du vieux continent. Le pari est risqué..."

     

       Remarques :

       Les propos de Francis COUSIN, ceux encore de Shamus KHAN, observateur de l'évolution de la place de l'immigré qui réussit dans les classes dominantes à travers le cas de l'école Saint-Paul, mais encore l'analyse de la Critique de la valeur (en des mots circonspects et structurels) incitent à voir dans cette politique européenne globale et directive, aveugle ou indifférente à ses propres populations (tout peuple étant littéralement dénié ici), avançant une sensibilité humaine proche de l'instrumentation, le versant idéologique d'une grande marche, où la manipulation de l'étranger, le venu d'ailleurs multiplié innombrablement, est un moyen de transformer des sociétés entières dans un sens bien particulier si ce n'est attendu, possiblement celui d'un cadre devenu chair, hautement capitalistique (toute personne devenue façonnée, constituée du conditionnement fondamental, agent d'une mission : faire de l'argent et sans doute pour d'autres, quelques autres en l'occurrence - proportionnellement) .

       Puissent ces intellectuels se tromper et nous, subir leur influence.

     

       Devant le peu d'informations trouvées sur Alexis Théas en tant que juriste et universitaire (sur le net du moins), nous relayons encore un article de cet auteur (en date du 24-08-2015). C'est le site Lieux communs qui nous a permis de lire le premier. Le second n'en est pas moins édifiant et terrible, face aux attentats du 13 novembre dernier, et nous rappelle une vidéo de l'ex-juge anti-terroriste Marc TREVIDIC*, décrivant les moyens en berne de la lutte française (vidéo relayée par le site Les-Crises / Paris-Match du 25-11-2015).

     http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2015/08/24/31003-20150824ARTFIG00270-thalys-comment-schengen-fragilise-les-etats-face-a-l-euroterrorisme.php?redirect_premium

       *Pour consulter Les-Crises.fr avec Marc Trividic :

    http://www.les-crises.fr/25092015-le-juge-marc-trevidic-les-jours-les-plus-sombres-sont-devant-nous/

     

       Information du jour (20 décembre 2015) :

       EXTRAIT :

       "Un rapport signé par Felipe GONZALES, Mario MONTI, Lech WALESA et Nicole NOTAT en 2010 donnait l'ordre de grandeur : puisque d'ici 2050, l'UA va perdre 68 millions de travailleurs actifs, il faudrait « un gain net de 100 millions de personnes pour combler ce déficit ».

      Il n'est pas inutile de rappeler que dans la dernière réunion de son parti, si Mutti MERKEL a dit qu'il fallait "contrôler l'immigration", elle n'a par contre donné "aucune limite".

    http://www.alexandreanizy.com/2015/12/100-millions-d-immigres-en-ue-d-ici-2050.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

     

       Note (au 21-12-2015) : Il semble circuler sur le Net l'idée d'un "grand remplacement", entendu comme grand remplacement de populations par d'autres. Autant l'expression a sa charge de menace et de complotisme et mérite une analyse sérieuse (elle semble culturaliste et de combat, pour ce que nous en avons perçu, dans la seule mention entendue à ce jour, de mémoire au cours d'un entretien Bhu avec Francis COUSIN), autant les quelques textes et avis de nature variée réunis ici illustrent une intention majeure de l'Europe, délibérément exprimée (quoique mêlant savamment l'assistance et la charité avec les besoins économiques), soucieuse d'application (quitte à renier le droit constitutionnel) similaire ou proche en résultat...

       Note au 05-01-2016 : Sur Le BlogalupusEric VERHAEGHE est relayé pour un billet paru le 22-12-2015, et donne une version toujours plus gênante de l'Europe... Les illustrations, choisies par le Wolf, sont sans équivoque quant à la tendance impérialiste de l'Union européenne.

       Derniers mots : "Les tensions sont donc extrêmement fortes dans les pays de l’Union, avec des gouvernements qui font la sourde oreille à la situation et imposent en catimini de nouveaux transferts de souveraineté."

       http://leblogalupus.com/2015/12/27/les-derniers-coups-de-force-europeens-passes-inapercus-par-eric-verhaeghe/

     

    « Fin d'automne printanierOlier MORDREL & GRALL / GRALL - 1977 »