• L'Italie monétaire du Moyen-Age

     Capitalisme médiéval dans ses pratiques.

    Couverture livre

       Source : http://www.francisrichard.net/article-la-naissance-du-capitalisme-au-moyen-age-de-jacques-heers-105333706.html

        Présentation du livre de Jacques HEERS : La Naissance du capitalisme au Moyen-Age, 2014.

       http://www.contrepoints.org/2015/11/27/230588-litalie-berceau-des-banques-et-du-capitalisme

     

       COPIE SURLIGNÉE :

       "En se rendant en Italie, le touriste pourra effectuer un voyage à travers l’histoire des banques et du capitalisme. Nombreuses sont les villes italiennes qui ont contribué au développement de l’économie capitaliste, dans une période comprise entre le XIIe et le XVIe siècle. Venise et Gênes ont constitué des comptoirs et des empires commerciaux en Méditerranée et en Orient, empires économiques qui ont été aussi puissants que rivaux. Venise, à son apogée, contrôlait la mer Adriatique et la Dalmatie et elle avait de puissants relais en Mer Noire. Elle assurait le commerce de la soie et des épices, ainsi que des métaux précieux. Marco POLO en est le représentant le plus fameux, lui dont le Livre des Merveilles fit rêver des générations d’aventuriers. Marco Polo fut emprisonné par les Génois, ennemis farouches de Venise, dont la rivalité engendra notamment le détournement de la quatrième croisade et la prise de Constantinople (1204). Les villes de Toscane ont également pris part à l’expansion économique. À Sienne fut fondée en 1472 la banque Monte dei Paschi qui est aujourd’hui la plus ancienne banque encore en activité. Le terme de paschi désigne la maremme, qui est une zone de marécages le long de la côte. À l’origine, la banque servait à financer les activités des éleveurs. Avec l’unification italienne du XIXe siècle, son activité s’est étendue à toute la péninsule, puis aux pays étrangers. Florence est une autre grande ville économique. Sa monnaie d’or, le florin, est frappée dès le XIIIe siècle. Son nom est tiré du lys qui orne la monnaie, symbole de Florence et qui se dit florenus en latin. La stabilité de la monnaie fait qu’elle est utilisée dans toute l’Europe, grâce aux marchands italiens qui l’utilisent dans les foires et les marchés, notamment les grandes foires de Champagne qui sont le cœur vibrant de l’économie européenne au XIIIe siècle. Par la suite, d’autres villes ou États ont frappé des monnaies dénommées florins, sans qu’il y ait de liens avec Florence.

       Le rôle des Lombards.

       Les historiens de l’économie médiévale, notamment Jacques HEERS (1924-2013), ont montré le rôle crucial joué par les Lombards dans le développement de l’économie capitaliste. Par leur situation géographique, ils sont en contact aussi bien avec la péninsule qu’avec le nord de l’Europe, où ils peuvent notamment acheter les draps de laine d’Angleterre et des Flandres. C’est à eux que l’on doit, entre le XIIe et le XIIIe siècle, l’invention de la lettre de change, qui donna le chèque, de la comptabilité analytique et des dépôts, origine des banques ; des éléments qui se sont perfectionnés dans les siècles suivants. Les Templiers ont repris une partie de cette fonction de changeur et de prêteur de monnaie, ce qui a assuré leur richesse, et ce qui leur a attiré les jalousies de PHILIPPE le BEL, jusqu’à sceller leur mort. Cet essor économique se retrouve aussi dans le sud de la péninsule, à Naples et en Sicile, dont les Normands, qui dominaient alors l’île, multiplient le commerce et les échanges en Méditerranée et en Europe du Nord. Une grande partie de l’argent gagné est mis au service de l’art : il s’agit de montrer la puissance des familles et de manifester l’orgueil des villes. S’il ne reste plus grand-chose des anciennes routes du blé et des épices demeurent les somptueux palais et les toiles des grands peintres. Preuve que l’essor du capitalisme peut accompagner celui de l’art et de la culture.

       Note :

       - La période décrite est parfois rappelée par certains penseurs du capitalisme, critiques ou non, et des économistes.

       - Article à relire et remettre en perspective (PMO, Francis COUSIN notamment).

     

       # Au 03-03-3016 : Synthèse de lecture sur le blog de Francis RICHARD.

       COPIE SURLIGNÉE :

      "Non, le capitalisme n'est pas né à l'époque moderne, mais bien au Moyen Age. L'économie médiévale n'était pas fermée, primaire, primitive. Ce n'était pas une économie de simple subsistance, comme d'aucuns l'écrivent encore avec suffisance.

      L'économie médiévale était une économie capitaliste au sens général que l'auteur donne du capitalisme et qui devrait faire l'unanimité :

      "Le mot s'emploie ordinairement pour parler d'une société et d'une forme d'économie où l'homme qui dispose d'un capital, généralement d'une somme d'argent, peut tirer profit du travail d'autrui par des prêts portant intérêts, par une participation dans une entreprise marchande et par l'achat et la vente de valeurs mobilières." 

       Si on ne parle pas encore de banque - il faudra attendre le XVIIe - mais de change, ce mot vient pourtant des bancs ou des tables qu'à l'origine les changeurs disposaient sur les champs de foire pour exercer leur métier. Le mot banqueroute vient lui de la rupture réelle de leurs bancs par les magistrats s'ils étaient reconnus insolvables ou convaincus de malversations.

       L'or et l'argent sont les deux métaux entrant dans la composition des multiples monnaies émises un peu partout, objets du change manuel, opération complexe. L'Espagne et le Portugal font venir l'or d'Afrique, Gênes et Florence le redistribue pour eux. Venise contrôle entièrement le trafic de l'argent qu'elle reçoit, par mer, de Serbie et, par terre, de Bohême et de Saxe.

       A cette époque les monnaies sont en très grand nombre et leurs cours varient. Par échanges de missives, les changeurs se tiennent au courant de leurs variations. Ils savent compter et bien compter. Ils ne comptent pas par dix ou par cent, comme de nos jours, mais par vingt-quatre, vingt ou douze. Les gens ne disent pas qu'ils ont 30, 40 ou 50 ans mais qu'ils ont 24, 36 ou 48 ans... Et dans ces opérations à systèmes numériques divers ils se retrouvent très bien sans avoir besoin d'ordinateurs et de logiciels...

       Les solidarités s'exercent librement au travers des clans familiaux, des voisinages, des sociétés de métiers ou des fraternités charitables. Quand de petites gens sont dans le besoin ou manquent de quelque chose, les plus nantis leur prêtent objets et monnaies sans intérêt, c'est-à-dire sans usure, gratis et amore. Ce qui va à l'encontre des idées reçues sur cette époque qualifiée un peu vite aujourd'hui, par ignorance, d'obscurantiste.

       Est-ce à dire que l'usure - autre nom pour l'intérêt - n'est pas pratiquée ? Que non pas. Mais elle est pratiquée par les changeurs - qui ne se limitent de loin pas au change manuel -, à l'égard des puissants, qui ne leur en sont pas toujours reconnaissants. En principe l’Église condamne l'usure. En fait elle la tolère, sans doute parce que les changeurs ne sont pas chiches d'aider les petites gens.

       L’Église aurait mauvaise part d'ailleurs à ne pas tolérer l'usure, puisqu'elle est bien contente de pouvoir elle-même emprunter, si besoin est, ou de prêter à intérêt elle-même. Seulement l'usure doit se faire discrète et, surtout, être raisonnable...Quand les temps sont difficiles, les changeurs sont naturellement des boucs émissaires tout trouvés, contre lesquels il est bien facile de diriger la colère des peuples. 

       Qui pratique l'usure ? Ce ne sont pas seulement les usuriers de profession. Ce ne sont pas seulement des juifs mais aussi de bons chrétiens - des nobles, des gens d’Église, des magistrats, des marchands, des boutiquiers -, souvent en beaucoup plus grand nombre que les juifs, ce dans la plupart des régions. Les marchands, par exemple, dissimulent cette activité hautement lucrative sous des activités commerciales plus honorables socialement...

       A l'égard des puissants, les changeurs professionnels ne se contentent pas en contrepartie de leurs prêts de simples promesses, rarement tenues, ou de perception de taxes compensatoires. Ils prennent des gages importants qu'ils réalisent en cas de défaut de remboursement. C'est ainsi que nombre d'entre eux acquièrent terres et propriétés somptueuses et deviennent rapidement plus riches que seigneurs et marchands.

      Avec le développement des échanges, la monnaie fiduciaire devient insuffisante. L'or et l'argent viennent à manquer. Peu à peu, les monnaies de papier font leur apparition. Le mot de chèque n'existe certes pas mais, sous une forme rien moins que normalisée, des bouts de papier, cet instrument de paiement est d'un usage courant, de même que la lettre de change.

       Les monnaies de compte font également leur apparition chez les hommes d'argent qui enregistrent leurs créances dans des livres et peuvent contrôler à tout moment les virements de compte d'un client à un autre. La comptabilité dite "à partie double" fait son apparition sans que le mot ne soit prononcé par ceux qui la pratiquent.

       Un autre moyen de gagner de l'argent est le rechange. Une lettre de change est établie par un tireur. Cette lettre de change doit être payée au bénéficiaire par un tiers, le tiré. Si, à l'aller, le bénéficiaire voit cette lettre de change impayée par le tiré défaillant, le tiré lui établit une lettre de change de substitution que le tireur initial devra payer au retour. L'intérêt calculé entre cet aller et ce retour est le rechange.

       Très vite ces allers et retours deviennent fictifs. On ne rédige même plus de lettres. L'opération de prêt est multipliée sans qu'il n'y ait le moindre lien avec des transactions commerciales. Le rechange ne repose que sur le crédit  et sur la bonne renommée des participants... Il peut constituer avec le change, le prêt à intérêt, une très grande part des bénéfices d'un changeur.

       Il n'existe pas seulement des compagnies familiales. Un grand nombre de gens placent un petit pécule dans de grandes compagnies anonymes. Dans le trafic maritime, par exemple, cela permet "à un modeste marchand de tenter l'aventure dans le commerce sans disposer lui-même d'une grande somme d'argent et à d'autres, bien plus modestes que lui, incapables de se déplacer et ignorants des conditions du marché, d'intervenir dans le grand trafic au long cours en ne risquant que quelques livres".

       Les faillites des finances publiques ne sont pas inconnues de l'époque: "Les rois [de France], souvent à court d'argent, incapables de maîtriser un budget, ne pouvaient certes augmenter leurs ressources fiscales ni frapper de mauvaises monnaies. Leur seul recours fut d'imposer des mutations monétaires qui, un temps, soulageaient leur trésorerie mais pesaient lourd sur l'économie du royaume."

       L'étude du passé, dans son contexte, à condition de ne pas avoir de préjugés et de ne pas se limiter aux apparences trompeuses, à condition de faire voir ce qu'on ne voit pas de prime abord, a l'avantage d'éclairer notre présent. Les similitudes du Moyen Age avec notre époque, aussi bien que les différences, devraient contribuer à notre réflexion et nous rendre plus humbles. 

       Dans cet ouvrage, Jacques Heers, qui connaît fort bien le Moyen Age, auquel il a consacré ses recherches historiques depuis des décennies, s'appuie sur de nombreux exemples concrets qui bousculent une nouvelle fois les idées reçues, c'est-à-dire les idées données principalement par des historiens sous influence idéologique.     

       En conclusion l'auteur souligne des différences majeures avec notre époque.

       Les particuliers n'empruntaient que pour une durée courte.

       "Nul financier n'aurait, à l'époque, fait profession d'acheter des créances à moindres prix pour, ensuite, traquer les récalcitrants."

       "On n'empruntait pas des fonds pour lancer une affaire."

       On rassemblait des capitaux privés "qui ne devaient rien à une banque et par la suite, n'avaient jamais à payer d'intérêts ou à solliciter d'autres prêts" :

       "De cette façon, les financiers, usuriers, qui se faisaient appeler changeurs, n'avaient nul droit de regard sur la marche des affaires."

       Les financiers vivaient principalement du rechange :

       "La pratique du rechange [...], plus discrète, leur assurait des profits raisonnables, sans vraiment spéculer et braver ouvertement la réprobation qui s'attachait à la mauvaise usure."

       Connaître tout cela ne laisse-t-il pas songeur ? 

       Francis Richard"

     

    « Soirée (?) / HOMUALKA FOND POUR LES OGM »