• La Bretagne d'HELIAS / GRALL 1977

     D'après Le Nouveau testament de Pier-Jakez HELIAS

       "Ainsi donc, après avoir décrit en quatre cent soixante-quatre pages une civilisation originale, Pierre-Jakez Hélias en tire les conclusions pour aujourd'hui dans ce qui semble être un rajout et qui s'appelle Le Nouveau Testament. C'est un titre d'espérance pour un avis de décès. Un non-sens. Car ce n'est que catalogue de gémissements. Hélias gémit sur tout : la désertion des campagnes, la dispersion des patrimoines, la dégradation des relations coutumières, la perversion touristiques. Tout tombe en désuétude. C'est grande pitié au royaume de Bigoudénie.. Les chaumines pourrissent, la brocante rafle le mobilier, le parler se francise, les coiffes s'écrasent, les filles s'en vont. Restent quelques vieux mélancoliques au fond des fermes-manoirs guettées par les notaires. On ne sait plus qui est qui... L'ancestrale hiérarchie fondée sur la mémoire et l'esprit s'écroule. En cinquante ans, une société certes immobile mais foncièrement personnaliste, s'est vue bousculée dans ses structures morales et culturelles. La roture au bout du compte en banque. Une bourgeoisie moyenne a pris la place d'une paysannerie profondément égalitaire. Maîtres et grands Valets, vos temps sont révolus ! Noces allègres dans les sillons de la terre, vous ne déploierez plus vos farandoles au son des faridondaines ! Du sang des Bretons et de leur cœur, la Bretagne s'est exilée..."

       Selon Xavier GRALL, in Le Cheval couché, 1977, éditions Calligrammes, 1998, pp. 83-84.

     

        Remarques :

       - La suite du texte consiste en l'accusation de traitrise de P.-J. Hélias. Il serait de ceux qui ont précipité la Bretagne dans l'ornière. Extrait : "Il faut l'inclure dans la cohorte assez minable de cette élite qui a trahi son peuple en étant fidèle à son clan (son seul clan)." (p. 85)

       - Où il est encore question d'effondrement ? En version culturelle classique : celui du "c'était mieux avant", ou plus exactement ici, c'est le "tout fout l'camp" rochon de la personne qui vieillit, qui ne reconnaît plus ce qui lui est cher tant des changements se font vite ou contre son gré.

        Xavier Grall utilise le mot de désagrégation.

    (Révision le 5 décembre 2015)

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