• La peur à l'origine des hommes / PELT - 1994

     Le feu salvateur

       "Au commencement était la peur. La peur de l'ours et du loup ; la peur du champignon et de la plante poison ; la peur de la nuit et de ses sortilèges. Car, lors de son émergence, l'homme n'a point encore découvert le feu. Les êtres humains, peu nombreux, vivent disséminés dans la forêt. Dans l'obscurité totale, par les nuits sans lune, ils se terrent dans des crevasses ou des cavernes dont l'accès est protégé par des branchages. De temps à autre, le passage furtif d'un animal trouble le silence. Pas de foyer pour tenir à distance la bête menaçante. Pas de protection contre le "péril qui sévit à minuit". Mais lorsque le feu, le foyer apparaît, dispensant chaleur et lumière, les hommes se regroupent autour de cet espace éclairé et miraculeusement protégé. La peur alors recule.

       Cet homme des premiers âges se nourrit exclusivement de sa chasse, de sa pêche et de sa cueillette. Pas d'élevage, pas d'agriculture. Naturellement les fruits sauvages occupent une place prépondérante dans son alimentation. (...) Qui dira combien aura coûté le long et lent apprentissage qui permet de distinguer la plante qui sauve de celle qui tue ?"

       In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 11-12.

     

       Par quelle extraordinaire (ordinaire) narration Jean-Marie Pelt commence son ouvrage consacré aux fruits.

       Nous avons commencé notre lecture par le paragraphe Pommes, histoire de voir si nous étions tentée. Et c'est ce texte stupéfiant qui s'est donné à lire, tentation validée.

       François TERRASSON a écrit plusieurs livres sur la peur qui nous lierait, et nous séparerait donc, nous Occidentaux en particulier, à/de la Nature. Francis COUSIN que nous venons d'écouter n'aborde jamais les choses sous cet angle de la crainte pour privilégier définitivement la césure, la rupture, source de dérives. Une conscience ancienne, archaïque de la séparation aurait émergé, au fond des âges humains, de par une localité trop forte : l'altérité apparut, par excès de circonscription spatiale, et obligea à repenser la sacralité cosmique initiale... L'altérité, le différent perçus, l'échange s'ensuivit avec son lot de bouleversements vitaux, sociaux.

       (Notre résumé est lapidaire, et nous nous promettons de réécouter la dernière vidéo de Francis Cousin - par BHU, car celui-là explicite comme jamais le mal "scissionnaire" qu'il incrimine, son fonctionnement, et son dépassement, les propos de Patrick BURENSTEINAS alimentant heureusement cette pensée du primordial humain, de sa quête de définition - qui nous anime. Prometteuse perspective !)

       Quant à positionner comme le fait Jean-Marie Pelt, dans son récit en vérité convenu donc, un humain glacé d'effroi, retranché, ne trouvant remède tardif à son obligation de repli et de retrait que dans la domestication du feu et une progressive connaissance des plantes et aliments nourrissants, nous ne pouvons que souligner à quel point il suggère un être venu de nulle part, tombé des nues.

       Rare sera l'animal qui ne saura quoi manger... ni où trouver refuge correct. D'où pourrait venir cet humain comme perdu, ignorant, ayant tout à apprendre ?

       Et même en se déplaçant, en changeant de milieu d'origine, contraint peut-être, peur et ignorance peuvent-elles être ses caractères dominants, le tréfonds de son fond ?

       Les quelques articles de paléontologie du Hors-série Science et avenir lus récemment retrace une histoire des origines riche en hominidés variés. Ces êtres originés, pour l'essentiel disparus, auraient-ils pu se trouver aussi démunis ? Auraient-ils connu les affres de la sélection de n'avoir pas contrarié ou dominé leurs peurs, ou encore de s'être alimentés à tort et à travers ? La disparition, aux raisons encore méconnues, de tous, à l'exception de nos ancêtres Homo sapiens ne peut suffire à accepter un humain - survivant, lui - aussi a-historique et reposant avant tout sur une capacité à connaître particulière, voire propre à lui.

       Ou une fracture aurait-elle eu lieu, un choc phénoménal ? Une sorte de "réinitialisation" ? Une période courte ou longue de nécessité adaptative corsée ?

       La "fable" que narre Jean-Marie PELT, stupéfiante de simplicité, ramassant en quelques lignes des poncifs hyper-classiques, en introduction glorieuse de ses Fruits de plus, est à examiner au plus serré, tandis que la question du feu est incontestablement bien lancée !

     

      Références paléo-anthropologiques en Tsukeshoin :

       http://tsukeshoin.eklablog.com/australopithecus-afarensis-homo-a119687096

       http://tsukeshoin.eklablog.com/homo-habilis-homo-erectus-et-d-autres-a119687396

       http://tsukeshoin.eklablog.com/perte-de-la-fourrure-humaine-a119629594

       http://tsukeshoin.eklablog.com/datation-de-l-usage-du-feu-a119629322

       http://tsukeshoin.eklablog.com/sommeil-plus-court-evolution-cognitive-a119703470

      

     

      

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