• Levures, champignons, bactéries humains

       "L'homme, maître et esclave de ses microbes", Soline ROY, Le Figaro, le 11-12-2015.

     

       Source :

       http://sante.lefigaro.fr/actualite/2015/12/11/24398-lhomme-maitre-esclave-ses-microbes

     

      COPIE INTÉGRALE DE L'ARTICLE :

       "Dans son livre L'homme microbiotique, Patrice DEBRÉ explique la richesse de la relation entre l'homme et les milliards de micro-organismes qui l'habitent.

       On a beau connaître ses classiques, un certain vertige naît du livre de Patrice Debré. Certes, livres et médias se font régulièrement l'écho des travaux menés sur le microbiote, cet ensemble de bactéries qui tapissent nos intestins ; hors de l'homme comme en son tréfonds, elles sont partout et nombreuses.

       Mais on mesure, devant L'Homme microbiotique, à quel point les relations de l'homme à ses bactéries sont bien davantage qu'un éternel conflit.

       "Une vie en partage, qui est le résultat d'un subtil équilibre", écrit le fameux professeur d'immunologie. "Avoir plus de bactéries en nous que de cellules somatiques, celles qui composent nos organes, nous oblige à quelques devoirs et avant tout à les connaître", plaide l'auteur en nous présentant "les mille et une facettes de la vie en commun de l'homme et ses microbes ".

       Sans bactéries, il n'y aurait pas sur Terre de vie, moins encore d'humanité, insiste le médecin. "Vivant, elles nous habitent  ; mort, elles nous dévorent." Né sans microbes, l'homme n'a de cesse de se peupler de tout ce qui fera son microbiote, dont la richesse est "héritée de notre mère à la naissance, de notre table qui la module, de nos baisers qui la nuancent, de notre environnement qui la conditionne".

       Très tôt dans son histoire, l'humanité a confusément compris qu'elle n'était pas vraiment seule. "Il y a plus d' “animaux” qui s'accumulent sur les dents de chacun de nous que d'êtres vivants dans tout le royaume", écrivait ainsi en 1683 le premier découvreur de ce "monde invisible", Antoni VAN LEEUWENHOEK , drapier de son état. Mais entrevoir n'est pas comprendre, et la route est encore longue avant que l'homme ne connaisse véritablement ce qui le peuple.

       Les défauts de l'hygiène

       Patrice Debré retrace donc l'aventure de la microbiologie, nous narre la vie des bactéries, levures et champignons qui nous façonnent, explore les relations compliquées de l'homme et ses microscopiques locataires.

       "La peste noire frappe beaucoup plus les esprits que les processus intimes de la digestion", convient Patrice Debré. Et puis c'est assez vexant, tout de même, cette idée que nous, êtres pensants et se jugeant volontiers supérieurs, sommes colonisés et gouvernés par ces milliards d'organismes !

       Il n'empêche : si l'homme se sert de ses microbes (ils digèrent pour nous les aliments, bâtissent notre système immunitaire, empêchent les invasions par leurs confrères pathogènes…), les bactéries aussi utilisent l'homme pour survivre et se développer. "Chacun est maître et esclave de l'autre", conclut Patrice Debré.

       Les bactéries nous font peur, le produit de nos intestins nous dégoûte ? Mais si l'hygiène et les antibiotiques ont fait bondir l'espérance de vie humaine, la liste des maladies dans lesquelles on soupçonne le microbiote de jouer un rôle s'allonge (asthme et allergies, obésité, maladies auto-immunes, maladies mentales, certains cancers…).

       Coincé entre "bons" et "mauvais" microbes, entre commensaux et pathogènes, peut-être serait-il temps que l'homme apprenne enfin à danser un gracieux "tango à trois".

       L'Homme microbiotique, Patrice Debré, Éd. Odile Jacob, 280 pages, 23,90 €."

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