• Manger des fruits / PELT - 1994

    Louis XIV et Molière INGRES

       "INGRES, Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles.

       Louis XIV et Molière déjeunant à Versailles, par Ingrs. Esquisse pour le tableau le Déjeuner de Molière, qui fut détruit en 1871 au palais des Tuileries. (Bibliothèque-musée de la Comédie-Française, Paris.) Ph. Luc Joubert © Archives Larbor.

       Source :

    http://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Ingres_Louis_XIV_et_Moli%C3%A8re_d%C3%A9jeunant_%C3%A0_Versailles/1312719

      "Les fruits du roi Soleil

       Vient le Grand siècle et, avec lui, l'engouement de LOUIS XIV pour les fruits et légumes. Le roi semble préférer les soupes, les salades et les fruits à n'importe quel autre mets ; il consomme peu de pain, ne prend jamais de liqueur, ni de thé, ni de café ; il ne mange jamais entre les repas, fait maigre pour carême et aux jours d'abstinence ; il ne prend pas non plus de petit déjeuner, mais manifeste aux repas de midi un appétit légendaire. A cette époque, on trouve dans les serres et les jardins de Versailles des asperges en décembre, des fraises en avril, des petits pois en mai, des melons en juin. Fumier, arrosage, binage, cloches et châssis de verre, serres : autant de stratagèmes mis en œuvre par LA QUINTINIE, jardinier du roi, pour faire venir ces végétaux aux époques voulues. On dénombre à Versailles six variétés de fraises et sept de melons. Les murs du jardin sont revêtus d'un enduit de plâtre et de paille hachée qui emmagasine la chaleur du jour et la restitue la nuit aux arbres cultivés en espaliers.

     

    Potager du roi

    Potager espaliersPotager du roi

       "Le Potager du Roi, 10, rue du Maréchal-Joffre, 78000 Versailles- © Potager du Roi."

       Sources : http://mapio.net/o/4174419/

       https://colloque4.inra.fr/ramiran2013_fre/Programme2/Visites-techniques-et-programme-culturel

     

       La poire est le fruit le plus apprécié. La Quintinie en connaissait trois cents variétés, dont vingt-cinq excellentes. Sept variétés de pommes avaient accès à la table royale, parmi lesquelles deux sortes de reinettes. A l'époque, les pommes se préparaient surtout en compote ou en pâte. Les pêches étaient superbes et savoureuses et on les cultivaient aussi en espaliers ; en revanche, les cerises ne valaient pas encore les nôtres. Louis XIV raffolait des fraises, mais son médecin FAGON les lui interdit en 1702 ; on en connaissait  alors de cinq à six variétés, dont la fraise d'Angleterre, descendante directe de celle de Virginie.

       Le verger royal contenait aussi des figuiers plantés en espaliers ou en caisses. Le raisin muscat était acheminé de Touraine à dos de cheval ou de mulet. Les orangers de Versailles étaient des orangers amers ; les oranges douces venaient alors du Portugal. Quant à l'orangerie construite par MANSART, elle demeure l'une des grandes attractions du château.

     

    Orangerie Versaille

       "L'Orangerie par Etienne ALLEGRAIN © Château de Versailles, Dist. RMN / © Jean-Marc Manaï."

       Source : http://www.chateauversailles.fr/les-actualites-du-domaine/evenements/evenements/expositions/fenetre-sur-lextraordinaire

     

       Quand GALIEN condamne les fruits

       L'on pourrait écrire une deuxième histoire des fruits, analysés cette fois du point de vue des médecins et des savants. On constaterait alors que la plupart d'entre eux affichaient un parfait dédain - quand ce n'est pas une franche hostilité - à leur égard.

     Galien fut sans conteste l'un de leur adversaire les plus acharnés ; il les qualifie de "piètre nourriture, susceptible de charger inutilement l'estomac, d'engendrer la corruption et la putréfaction", et il se vante de s'en être rigoureusement privé depuis l'âge de vingt-huit ans, attribuant à cette abstinence la bonne santé de sa vieillesse. L’œuvre de Galien ayant fait autorité durant des siècles et des siècles, il transmit sa réprobation à des générations de médecins qui les déconseillaient systématiquement dans leurs ordonnances. En fait, les tables aisées pratiquant volontiers la gloutonnerie, les fruits étaient rendus responsables des indigestions spectaculaires que ces excès pouvaient produire. En revanche, on le leur prêtaient aucune valeur nutritive ; vitamines et oligo-éléments étaient inconnus à ces époques. On les tenait, comme la salade et les légumes, pour des aliments "aidant le corps à évacuer, par opposition à ceux qui le reconstituent. C'est ce que prétendait tout au moins le savoir populaire exprimé par les dictions et légendes. Le savoir médical, lui, était plus catégorique : les médecins considéraient en effet, fruits et légumes comme des denrées malsaines.

       Ainsi Lorenzo SASSOLI, cité par A.J. GRIECO (1), recommande à son patient, un riche marchand de Florence, de modérer son goût des fruits et d'en réduire la consommation ; il s'exprime en ces termes : "Venons-en aux fruits pour lesquels vous avez un si doux amour, et je vais donc être généreux en vous en accordant le plus grand nombre possible. Je vais vous louer les amandes fraîches et sèches pourvu qu'elles soient bien propres, et vous pouvez en manger autant que vous voudrez. Manger des noisettes fraîches et sèches, des figues fraîches et des raisin avant les repas ; gardez-vous d'en manger après les repas. Vous pourriez manger des melons avant le repas, mais ne jetez pas le dedans puisque c'est la meilleure partie du fruit et celle qui est dotée de la plus grande vertu médicale. En plus, je vous permets de manger beaucoup de cerises bien mûres savant le repas, mais par Dieu, ne les touchez pas après le repas. Maintenant, je vous prie, puisque je suis si généreux et que je vous laisse les fruits que vous aimez, soyez gentil avec moi, et laissez de côté les autres fruits qui sont de substance triste, telles les grosses fèves, les pommes, les châtaignes, les poires et autres fruits qui leur ressemblent..."

       On voit que l'auteur de ce texte manifeste une certaine tolérance, typique du milieu médical, pour les fruits secs qui ne génèrent point de pourriture, comme les fruits frais. Pour ce qui est des légumes, la réprobation est tout aussi grande, notamment, nous l'avons vu, en ce qui concerne l'ail, le poireau et "autres racines (2)". En fin de compte, seule la pêche trouve grâce aux yeux des hygiénistes et est généralement conseillée aux dyspeptiques ; de fait, en raison sa faible acidité, de sa teneur en glucides, de sa chair moelleuse, c'est un des fruits les mieux tolérés par l'estomac.

       Le bon petit Anatole et le méchant petit Auguste

       A y regarder de plus près, cependant, c'est plutôt l'abus de fruits qui est condamné. Comme l'écrit Joseph DUCHESNE en 1606, "en sorte de viande [lire : d'aliment] qui est plaisante et friande au goût, on commet le plus d'erreurs quand on en use, comme il advient le plus souvent, avec immodération". Cette suspicion perdure jusqu'à une époque peu éloignée de la nôtre. Henri LECLERC (3) écrit à ce sujet : "Je me souviens d'avoir eu entre les mains, étant enfant, un petit livre de prix imprimé sous le règne de LOUIS-PHILIPPE, qui s'intitulait, si j'ai bonne mémoire, Les Bons et les Mauvais Sujets, œuvre d'une haute portée morale dont chaque chapitre mettait en parallèle l'enfant qui obéit docilement aux lois de la vertu et celui qui vit en marge des bons principes. Entre autres histoires édifiantes, on y lisait celle du bon petit Anatole et du méchant petit Auguste : le premier fait, avec la régularité du chronomètre, ses quatre repas par jour et absorbe consciencieusement la viande saignante, l’œuf frais, le bouillon gras et le doigt de vin pur, que ses parents considèrent comme la base intangible de toute sage diététique ; il ne connaît les dons de Pomone qu'à l'état de pruneaux ou de cotignac, et se croirait perdu pour une pomme croquée en cachette ; aussi fait-il l'admiration de tous par son teint vermeil et par son aimable embonpoint. Le second est au contraire un être indomptable qui chipote sa viande ou la donne au chat, renâcle à manger son œuf, reste insensible aux œillades du consommé, renverse son vin de Bordeaux sur la nappe : seuls les crudités et les fruits exercent sur lui une irrésistible séduction ; vagabond impénitent, il met en coupe réglée le verger paternel, se gorge de carottes crues, de cerises et de prunes, lapide les noyers, prélève la dîme des vendanges ; ses parents sont désolés d'avoir pour fils ce faune qui rentre au logis les poches gonflées du fruit de ses rapines, barbouillé de jus de mûres et sec comme un échalas. L'histoire ne nous dit pas ce qu'il est advenu de ces deux héros ; mais je gagerais gros que l'embonpoint du bon Anatole a tourné à la polysarcie, que ses artères ont pris la dureté des tuyaux de pipe, et qu'il a succombé à une hémorragie cérébrale, à un accès de goute ou à une crise d'urémie ; par contre, je ne serais pas surpris d'apprendre que le méchant Auguste est toujours en vie et qu'il a conservé, dans sa verte vieillesse, bon pied bon œil, et le reste. C'est ce qu'aurait pu prévoir leur biographe s'il avait connu les vitamines !"

       Et l'auteur de réhabiliter les fruits dans leurs propriétés biologiques et thérapeutiques, ce que nous nous emploierons nous-mêmes à faire dans les monographies qui suivent. Ce texte rend en tout cas parfaitement compte des préjugés alimentaires des siècles passés, qui laissent bien des traces encore dans les mentalités.

     En fait, aucun fruit n'est susceptible de nuire à l'organisme ; la capacité nutritive des fruits peut même être puissamment augmentée par dessiccation ; ils deviennent alors une ressource alimentaire de premier plan, en même temps qu'une des formes les plus agréables et les plus savoureuses d'administration des sucres. Bref, le regard sur les fruits s'est totalement modifié au cours de ces dernières décennies et on les voit aujourd'hui prendre l'avantage sur les viandes rouges et autres "aliments durs" dont se délectaient nos ancêtres."

       (1) Allen J. GRIECO, in Danile MEILLER et Paul VANNIER, op. cit.

       (2) Jean-Marie PELT, Des Légumes, Fayard, 1993.

       (3) H. LECLERC, Les Fruits de France, Masson, rééd. 1984.

     

        In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 28-34.

     

       Sources arborescentes :

       http://www.cuisinealafrancaise.com/fr/articles/21-au-xviie-siecle

       GALIEN : https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Galien

     

    Marché Barcelone

       Le marché de la Boqueria, Barcelone.

       "Visite obligée pour certains, voir même lieu de pèlerinage, aujourd’hui je vous laisse quelques photos (et commentaires que vous pouvez facilement ignorer pour vous concentrer sur mes modestes prises de vue) de ce lieu que je connais depuis bien longtemps. Souvent traversé, j’ai même parfois passé de longs moments à en visiter les moindres recoins découvrant (ou redécouvrant) à chaque fois cet endroit si riche… riche en émotions visuelles, tactiles, olfactives, auditives et … bien sûr …. gustatives ! Oui mes 5 sens s’y activent et à chaque fois, je repars à regret, touché…"

       Source : http://elcanardo.net/?p=2269

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