• Manger, miam, mmm... 06

     A la bonne franquette humaine.

    Monty PythonLe charme discret de la bourgeoisie

      Photographies de The Meaning of life (1983) des MONTY PYTHON puis du Charme discret de la bourgeoisie (1972) de Luis BUÑUEL.

       Sources :  https://tribecafilm.com/filmguide/monty-pythons-the-meaning-of-life-2015

       http://labruttin.blogspot.fr/2012/01/le-charme-discret-de-la-bourgeoisie.html

     

    Femme orientale à la soupe

       http://www.huffingtonpost.fr/2013/10/30/manger-seul-mauvaises-habitudes-alimentaires_n_4177778.html

     

       ET MANGER HUMAIN, SOCIALISÉ ! ANIMAL en l'occurrence ?

      La nappe et le couteau, avec la fourchette, les cuillères et les verres... Les baguettes ? Chez l'occidental  du moins, non sans problème et exacerbation, l'acte de manger, l'accomplissement du besoin, le fait organique irrépressible, incontournable, semblent vouloir rejeter de toutes ses forces l'animalité qui les fonde, au nom d'une sauvagerie singulière, négative, faite de brutalité, de laideur, voire de misère, de saleté (dans un crescendo à hauteurs dédaigneuses variables), en comparaison probable avec nos plus proches parents de manières et de morphologie innées : les grands mammifères, mais aussi toute bête qui partagerait tel organe, telle posture, tel goût. Les grands carnivores quant à eux peuvent bénéficier d'un régime de faveur ambiguë, leur puissance et leur force de prédation enjoignant l'admiration, le respect à l'occasion.

       La gueule affairée, rogneuse, qui mastique, remue tête et lèvres, avale la nourriture conquise relèverait du spectacle troublant. De l'affreuse ressemblance ?

      Trop ?

       Sans éducation, sans formalisation, notamment de la bouche, point d'humanité ? tel serait le leitmotiv de la détermination humaine en nos contrées, d'autres communautés (historiques ?) tolérant certainement davantage de spontanéité... La re-socialisation de Merlin, l'homme des bois en perdition au bas-Moyen-Age, joue sans hasard le passage du sauvage à l'humain, par le cuit, par le choix et la succession précise, sophistiquée des mets appétissants et prometteurs, l'arrachement sinueux mais concluant à un état affreux de brute goinfre et violente... - état qu'il n'est en vérité pas si aisé de constater chez les animaux référents (féroces compris), plus souvent soigneux, calmes au repas, dans la dégustation que le soulagement de la faim permet, naturellement.

     

    Lions mangeant

       Source : http://animal.cheloniophilie.com/Fiches/Lion.php

     

       Mais le sanglier fouille à grands coups de groin la terre profonde (et grouillante !?), le loup agite ses babines rougies de sang, plonge son museau dans les tripes fumantes, arrache l'organe palpitant et ce qui vient avec, avale d'un coup, le veau tète goulument, le bœuf ne cesse de ruminer... Trouble persistant.

     

       Source : https://www.youtube.com/watch?v=IC-N2usH7do&ebc=ANyPxKql0DEmOcm-zh98wXWLVjbBt-TUi8NkEQ3dfmp7-401UJLOR4kLRX47KI6_ysipYzkV6A4S

       Ce type de vidéo serait très couru et ferait mourir de rire (de gêne, et d'illusion) ! Nous l'avons découvert en cherchant des images à notre thématique au long cours... partagée entre le rejet des contrariétés imposées au chien et la moquerie de l'homme recroquevillé qui souhaite exécuter correctement les gestes de table.

     

       Les "manger" trop, peu, orthorexiques contemporains témoignent d'une relation tortueuse à la nourriture toujours d'actualité et toujours sur la tangente, entre bonnes mœurs et mauvaises, entre savoir-vivre et ignominie comportementale. En Italie, Carlo PETRINI a suscité un mouvement dit Slow food, pour rétablir de sages commensalités (dans une dimension politico-économique !). Il est célèbre.

       Les coutumes et habitudes culinaires, les rites, les arts de de table, la gastronomie, suivis amoureusement ou sévèrement dans certaines familles ou cultures, internationalement reconnues et vantées quelquefois (qu'en savons-nous en France !), mais aussi les sandwich-coca expédiés en marchant dans les allées commerciales ne visent-ils pas à déguiser pour mieux l'oublier l'acte fatidique, spontané, instinctif, indépassable et nécessaire : saliver, ouvrir la bouche, y faire pénétrer la substance désirée et vitale, mâcher, déglutir, avaler, digestion et défécation remisées à l'abri enfin, au secret (mais actives)...

       La grande thèse de François TERRASSON d'un Occidental construit sur une peur de la Nature guide-t-elle notre analyse ? Son propos est-il juste ? L'être humain ne doit-il pas ou se croit-il obligé, alors (ou ontologiquement ?) de creuser son identité, échafauder sa différence ?

       Et ce rejet de l'animalité, obstiné, chevillé en nous (thèse que nous soutenons, à l'évidence !), au prix de l'approximation, de la fausseté, de la caricature des faits éthologiques, ne permet-il pas concurremment de consommer allégrement la bête, la grosse, la si proche, que nos mâchoires omnivores apprécieraient de longue date ? Fait viande, ou seul morceau, clairement ostracisé, devenu doublement autre, non seulement écarté au plus loin de nous-mêmes, mais fait objet, bout de chose, n'est-elle alors apte au repas humain, nourriture absoute, enfin propre à la consommation ?

       Du compère, du familier avalé , un cran se dépasse en vérité, une ombre plane, définitivement au bord du précipice : cannibalisme, anthropophagie ! Devoir subvenir à son estomac, exigent, insatiable patron, esclaves de l'impératif de trouvaille extérieures doublée de remplissage intérieur (qui, s'il procure plaisir et apaisement un moment, va en plus laisser des traces déplaisantes, crottes et urines, flatulences au passage), se voir manger, le faire et le refaire, infiniment n'ont déjà rien de simple, mais NOUS manger, proche ou inconnu, ennemi ou ami... Absorber le MÊME, un autre SIMILAIRE ! Malaise complet.

       Phantasme, plausibilité ? Aberration, cas d'espèce (survie, confusion mentale, primitivisme) ?

        Déjà pointé dans l'allaitement maternel, suspect d'anthropophagie au sein de sa propre espèce, l'acte courant à bien des formes de vie, que le consommé soit mort à la décision du repas, ou chassé et entrepris vif, proie convoitée, menace. Le scénario est limite, dur ou impossible à avaler. Et nous n'en sommes pas quittes, malgré toutes nos précautions, nos circonvolutions, artistiques (gastronomiques, culinaires, de la table) ou non (avaler d'un trait, liquider le repas de fast hamburgers, sodas, creams).

       MANGER, aussi humains soyons-nous, distincts et distingués (!), nous ancre dans le vivant le plus ardent : celui de dévorer l'autre, de lui voler sa vie, et de devoir le faire !, pour entretenir la nôtre, transformer son être en nous-mêmes et en d'autres formes, plus ou moins dégradées que d'autres apprécieront découper, siroter, dissoudre et faire leurs, avec rejetons de toutes sortes (dits déchets) subséquents. Dans un proces où nous tâchons de nous montrer corrects et beaux, maîtres et propres, imaginant, inventant de multiples stratégies devant éloigner, séparer le monde de notre propre parcours, nous subissons impitoyablement les affres de la chimie biologique et de la physique combinées, nous jouons sans cesse le schéma de l'auto-reproduction, et pire encore, nous frisons voire pratiquons l'auto-consommation... d'autant plus si nous acceptons l'Homo d'une seule communauté, et si nous jetons un œil en arrière, si nous nous regardons comme nous sommes, avant tout, nappe et fourchette déposées, tables, chaises renversées, nus.

       Violence ? Pour le moins. Où le sommet de la chaîne alimentaire (suivant la bonne représentation pyramidale - de recours primaire), le jalonnement carnivore de fait, n'épargnent aucune ambiguïté tandis que piocher en toutes vies pour alimenter la sienne, témoigne d'incessants meurtres, de drames réitérés, parfois sanglants, difficilement soutenables à un regard serein et digne, pour une personne honnête, nickel, propre sur elle !

     

    Tortue et fraise, délice

       Petite tortue appréciant follement... une fraise. La toilette suivra !

       Source : http://www.espacebuzz.com/ces-11-animaux-qui-mangent-des-fruits-rouges-ne-vous-laisseront-pas-indifferents.html

     

       Les films d'abattoirs, avec ou sans pratiques délibérément brutales, ne peuvent que circuler (et les médias piaffent ces jours-ci), puisqu'ils ne font que montrer ce qui est, et résulte de notre tentative - formidable, désespérée ? de repousser, de transformer, d'embellir, voire de nier ce que nous sommes, mangeurs, et selon l'Histoire des lustres, old cow-boys, cow-girls (?), très très vieux omnivores chasseurs.

       Le gros des bêtes du salon de l'Agriculture ne rentreront pas à la (ferme) exploitation mais finiront dans les abattoirs du "Grand Paris" (selon Florence BURGAT, Les Matins de France Culture, 01-03-2016, celle-ci s'interrogeant sur notre rapport dominateur à l'animal, en première approche)

       Et les essais de viande auto-générées in vitro de surgir dans les labos, d'attirer les décideurs argentiers. Et les vidéos naturalistes de circuler, innocentes ou non, comme celle-ci (attention, pas facile, gore implicite) : la symbiose y est développée avec un mordant limite sadique, autour de la guêpe parasitoïde mais surtout un pinson des Galapagos, parmi ceux connus de DARWIN). Mais pas d'humanité ici, n'est-ce pas ? Jamais carnassiers, jamais vampAWEres, nous autres !

       Acceptez nos sincères excuses !

     

       Source : https://www.youtube.com/watch?v=2c4ZFhXHqPg

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