• Manger, miam, mmm... 09

     Trophismes... cannibalisme...

    Patte de Kiwa hirsuta.

       Source : https://www.youtube.com/watch?v=r3fJAHWTNpc

     http://www.factzoo.com/invertebrates/yeti-crab-grows-on-food-in-hair.html

       Le célèbre crabe Yéti Kiwa hirsuta a été découvert en 2005, dans des sols océaniques profonds et froids (à 1000 km au sud de l'Ile de Pâques, à plus de 2000 km de la surface maritime), alimentés en sources thermales. D'autres galathées ont été répertoriées depuis, dont Kiwa puravida. Ces animaux (arthropodes) se nourrissent des bactéries qui vivent sur les poils de leurs "bras", pattes et pinces et apprécient le milieu minéral, ici d'eaux chaudes, là de méthane et de soufre. 

       "Selon les chercheurs, ce genre de relation symbiotique pourrait être plus fréquent qu’ils ne le pensaient car deux autres animaux, à savoir un crabe (Shinkaia crosnieri) et une crevette (Rimicaris exoculata), étaient déjà connus pour avoir des bactéries similaires sur leurs corps."

      Voir aussi : http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/actu/d/zoologie-kiwa-puravida-crabe-yeti-filaments-bacteries-methanophages-35370/

     

       La ripaille en neuf temps (pour l'instant), les mots graves et la pensée forte de Lewis MUMFORD consciencieusement valorisés, après ceux plus familiers de Günther ANDERS (l'humain co-machine, fils d'EICHMANN)... Le chemin tragico-dynamique de la vie, les craintes sociales de fond...

       L'homme sauvage nous avait appelée, répétitivement, l'enfant sauvage de pair, à partir d'un visage méconnu de MERLIN et le signalement d'un festin médiéval à vertu ré-humanisante spécialement organisé pour lui (objectif : l'extirper des profondeurs sylvestres, désastreuses). Manger est devenu une fresque à panneaux successifs en Tsukeshoin tant la cène est vaste et captivante.

       Le cannibalisme n'est non seulement pas étranger à tous ces faits, comme consommation de chair proche ou jumelle, métabolique ou métaphorique, mais il nous paraît essentiel pour regarder notre aujourd'hui, et envisager demain.

       Essentiel, pour aujourd'hui ? Et demain !? Pas de main morte ! Et bouche bée ?

       Après l'écriture entraînée par son sujet et quelques appendices, nous allons tenter de nous poser un peu. Le cannibalisme jaunira, griffonnera quelques pages. Aujourd'hui, c'est dit : définitions et auscultations. Avec changements d'échelles en ressort tressautant (métier aidant, "avancées" scientifiques obligeant).

     

    Agglomération de crabes yéti.

       Source : http://www.mnn.com/earth-matters/animals/stories/newly-discovered-yeti-crabs-pile-survive

       Agglomération de crabes yétis. Cela devient difficile d'agiter les poils nourriciers. Mais pour l'instant, tout va bien.

     

       Sur un forum dédié à la Thaïlande, se trouve une sobre définition générale qui nous convient (elle provient de Wikipédia, en fait). 

        "Le cannibalisme est une pratique qui consiste à consommer (complétement ou partiellement) un individu de sa propre espèce. L'expression s'applique à la fois aux animaux qui dévorent des membres de leur groupe (cannibalisme animal) et aux êtres humains qui consomment de la chair humaine (cannibalisme ou anthropophagie). (...)

       Le cannibalisme, lorsqu'il concerne la consommation de viande humaine par des hommes, est également appelé anthropophagie, du grec anthropos (homme) et phagein (manger). Les deux termes peuvent s'utiliser indifféremment, mais les spécialistes distinguent parfois les deux expressions selon l'origine de la pratique (cannibalisme étant réservé aux peuples "sauvages"), selon ses modalités (le cannibalisme comporterait plus souvent un aspect rituel), ou encore selon la finalité de cette pratique (on emploierait de préférence l'un des termes s'il est question de survie, quand il s'agit de s'approprier les qualités de la victime, ou encore quand l'objectif consiste à effrayer les ennemis, etc.).

       Le terme cannibale provient du mot caniba ou cariba utilisé par les Taïnos que Christophe COLOMB a rencontrés lors de son premier séjour sur Hispaniola. Il désignait alors, selon Christophe Colomb, les redoutables populations de l'est de l'île qui combattaient les autres peuples indigènes et mangeaient leurs victimes. En débarquant à la Guadeloupe en novembre 1493, Christophe Colomb et son équipage ont découvert des ossements humains qu'ils ont alors attribués aux mêmes peuples Cariba, Caniba, devenus Caribales ou Canibales. Le mot caraïbe fut alors employé pour désigner les autochtones des Petites Antilles mais aussi les anthropophages du Nouveau Monde, avant de se répandre en Europe et de prendre la forme cannibale dans le sens de "sauvage" mangeur d'homme.

       En 1572, MONTAIGNE y consacre une partie du premier livre (I, 31) de ses Essais, et SHAKESPEARE s'en inspire en 1611 pour créer le personnage maléfique de Caliban dans sa comédie La Tempête.

       On distingue l’endo-cannibalisme, qui consiste à manger les membres de son groupe humain, et l’exo-cannibalisme, qui consiste à manger des membres d'un autre groupe humain.

       La Bible considère le cannibalisme comme une malédiction (Lévitique 26 verset 29, 2 Rois 6 verset 28). Le Coran le considère comme un péché majeur pour les musulmans (Sourate 45 verset 12)."

     

    DU CANNIBALISME

        Source : http://www.forumthailandeinfo.com/index.php?topic=999.0

       Note : Moment tranquille autour du foyer... Des hommes (papotent ?).

     

       Avec ce texte, l'anthropophagie et le cannibalisme sont clairs. Ils commencent et s'arrêtent avec le fait de manger un être caractérisé, entier ou découpé (une ou des parties sélectionnées), de sa même espèce.

       Le manger anthropophagique est pris à la dimension classique de l'individu. Il se rapporte à la bouche, et au système digestif communément identifiés. Manger vient du manducare latin déjà cité (dans le dictionnaire Gaffiot "mâcher", "manger" / le manduco, onis étant le "mangeur", le manducus, i : le "goinfre", le "glouton". Un mannequin doté de grosses mâchoires a existé chez les Romain, avec "la bouche ouverte et remuant les dents à grand bruit"). L'anthropophage de référence va donc apprêter sa proie, avec un morceau ou des morceaux de taille raisonnable (buccacle !), le préparer à sa convenance et le consommer selon la voie connue. Il n'est pas question ici d'un manger d'autre niveau (cellulaire, par exemple) pourtant aussi humain.

       On relèvera au passage l'imprécision du terme anthropophage (comme celui de manger, qui n'a aucune ambition scientifique, le généreux) : manger de l'humain - que suppose l'étymologie du mot - n'égale pas se manger, en tant qu'humains, à l'intérieur de sa propre espèce. Le tigre chasseur de chair humaine ne devrait-il pas être classé anthropophage ? Et l'autophagie se serait-elle pas, elle, appropriée aux faits observés ? Il faudrait dire auto-anthropophagie... Nous n'insisterons pas, acceptant le sens entendu (l'humain mange - de - l'humain)... que le cannibalisme désigne plus certainement (entre soi) sans s'arrêter sur l'espèce concernée cependant.

     

       Nous nous sommes permise avec notre "Fourbi terrestre", dans une investigation très libre et sans doute moyennement rigoureuse (espérons n'avoir pas écrit de contre-vérité, toutefois / ne pas hésiter à nous signaler erreurs et approximations en page Contact), de regarder le fait de manger maximalement, à l'échelle de l'ensemble du vivant.

       C'était peut-être gonflé ou inconscient.

       Aucune volonté polémiste ni de stratégie cachée n'y logeait en tout cas : la vision et les mots sont venus de notre intérêt pour la nature, de notre profond questionnement "à son propos" (l'expression, inadéquate, en dit long de notre prétention inévitablement de faible portée), et des réponses que nous avons trouvées, dans des ouvrages plus ou moins érudits et spécialisés, dans le charriage informatif de notre époque, aussi convenu, marginal qu'hérétique, mais aussi dans l'observation de notre milieu le plus proche, chanceuse (et décidée) de nous situer en campagne.

       Le manger humain s'y est vu particulièrement cantonné, dans la belle, charnue, néanmoins assez peu peuplée famille des mammifères. L'allaitement a témoigné de son originalité phénoménale, et de son étrange accointance anthropophagique. Certes, ce n'est que lait qui est donné et non le sein, - contrairement à l'expression... Ce n'est que liquide nourricier, hautement nutritif, parfaitement adapté à son destinataire, spécialement secrété pour cet usage, qu'un être, une mère, sert à l'autre, son enfant, son petit, affamé, demandeur, amateur. Et c'est aussi un acte de fort attachement, de grande affection, de miraculeuse et si importante proximité qui s'y déroule, après le choc, la rupture, le passage de l'accouchement, tranquillité attendue, offerte, des mois durant, années durant, si convenance réciproque... Dans sa perfection, l'allaitement n'en demeure pas moins ambigu, au regard du repas délivré, dégusté ! Une part de la mère est mangée par le ou les petits, voire un ou des petits, - puisqu'un allaitement entre espèces proches est loisible et a concerné l'humanité.

       Quant au manger des grandes longueurs et largeurs de notre billet passé, il a revêtu des formes diversifiées, extrêmement variées, aussi extraordinaires que courantes, et même en vérité, toutes extraordinaires !, l'habitude amenant la banalisation, l'angle et le champ de vue humains imposant par trop sa grille d'évaluation, souvent malamovible, et tellement auto-centrée. Et le cannibalisme, abordé sans trop de scientificité, n'en a pas moins montré non seulement son existence, mais ouvert la possibilité d'un concept global : le vivant passe son temps à se manger (et méchamment) !

       En écrivant cela, c'est évidemment les éléments ou manifestations abiotiques, minéraux et ondes lumineuses notamment, et de grande consommation, qui ne peuvent laisser accepter l'emballement totalisant, totalitaire. Métamorphoser en énergie et structure vitales est loin de relever du cannibalisme, même si la notion, - chargée de violence -, reflète, on l'a suffisamment souligné, un versant véridique, situation inerte ou non (l'un est pris, consommé, utilisé à satiété !).

       En plus de ne pas être cannibale, le fait d'absorber de l'inorganique et de le transformer en vivant modélise sans doute davantage le principal fil de la consommation nutritive : ON MANGE CE QUE L'ON EST PAS, et ceci jusqu'au rayon de l'improbable gustatif ! Pierres, métaux, lumières... Et c'est ce que soutient la figurative chaîne alimentaire d'autant que son premier maillon serait toujours autotrophe ("mode de nutrition par réduction de matière inorganique"). Prépondérance de l' "exophagie" ? (Le mot existe, autophagie, et endophagie aussi, mais chacun recouvre un sens très ciblé - et instructif d'ailleurs ; dommage pour la précision générale.)

       Manger viserait principalement autre que soi...

       - S'agit-il d'autrui sur lequel nous nous sommes par amusée textuellement, trop peu méthodiquement ?

       - Quel est cet autre essentiellement, majoritairement mangé, dans les très riches réseaux trophiques ?

    (La question étant floue : en nombre d'individus ou selon les espèces ?)

       - Est-ce une entité autre que soi, seulement et surtout comme nous l'avancions antérieurement, ou de nature réellement autre ? Est-ce un autre de proportions différentes, de distances singulières ?

       - Le même autre, comme le mort et le vivant de même espèce ?

       - L'autre vraiment autre, le microphage vif et le mammifère mort ? La bactérie et la molécule minérale ?

       N'ayant pas de thèse professionnalisante (!) en jeu, et pas de temps de recherche à y consacrer (encore moins de moyens (-yen, hein), la science elle-même restant peut-être dans l'expectative complète au seuil du monde palpitant de la polymorphie vitale où l'infinitésimal tend sérieusement à lui échapper (l'autophagie - cellulaire pour exemple, voir ci-dessus), l'hétérotophie, l'autotrophie, les phototrophie et chimiotrophie ne répondant pas forcément au problème (et nous glissant, personnellement, trop rapidement hors des neurones, alors que la terminologie prête elle-même à confusion : l'autotrophe ne se mange pas, on l'a vu), nous allons encore laisser en suspens l'interrogation, et nous permettre de garder, pour poursuivre notre réflexion, qui plus est en moderne architecte (de la manipulation et de la circulation hardie des échelles et des niveaux, du grand brassage scalaire !), les ambiguïtés polysémiques que détiennent l'anthropophagie d'une part, manger (nutrition, alimentation) d'autre part, autour de deux noyaux de définition, qui se veulent simples :

        - la chair de nature identique (en portion ou totalité), comme constituant (tendre) d'un corps vivant.

      - la consommation nourricière - celle qui implique destruction voire assassinat (l'appropriation consommatrice / consommative ou consommatoire ?, eh, bien oui, ces derniers mots existent !)

      ["Se dit du comportement instinctif déclenché par la conjonction d'un ensemble de stimulus spécifiques et qui sert de conclusion à un comportement appétitif. (Il constitue pour K. LORENZ l'essence même des comportements instinctifs.)" ] Source : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/consommatoire/18429

       CONSOMMATION ? Le terme de consommation est central au combien : construit à partir du latin class. consummatio (de consummare, v. consommer) il désigne "accomplissement, achèvement, perfection" ; pour consommer, on lira : consummare (de cum et summa "somme").

       Sources : http://www.cnrtl.fr/etymologie/consommation & http://www.cnrtl.fr/etymologie/consommer

     

       Anthropophagie / chair, consommation...

       Dans le magma époustouflant de variété et supposément de bel ordonnancement (dans son magnifique ballet de perpétuation, les cycles vitaux semblent intégrer les modalités et les acteurs de renouvellement avec suffisamment d'équilibre, avec - est-ce impudent de le dire ? - comme un prédateur et/ou régulateur pour tout être et/ou population ?, que la conclusion d'un monde correctement organisé,par lui-même, est plausible, et nous tendons à y adhérer *...), dans ce magma époustouflant donc, la petite phrase de Lewis Mumford prend un affreux relief, et nous y engouffrons volontiers un certain nombre de nos inquiétudes et conclusions sociétales. (...)

       * Charles DARWIN : "(...) comment les innombrables espèces habitant la terre se sont modifiées de façon à acquérir cette perfection de forme et de coadaptation qui excite à si juste titre notre admiration."

       In L'Origine des espèces (1859), Garnier-Flammarion (1992-2008), p. 49.

     

    arthropode disparu.

       "Reconstitution en 3d de l'Aegirocassis benmoulae, les scientifiques le considèrent comme l'un des "géants des mers" de son époque. Toutefois, l'espèce ne régnait pas au sommet de la chaîne alimentaire."

       "Inconnu des scientifiques, le fossile a été identifié par des chercheurs de Yale et d'Oxford qui l'ont classé dans la catégorie des crustacés. Long de deux mètres, l'animal a des caractéristiques proches de la baleine et des arthropodes."

      Source : http://www.lefigaro.fr/sciences/2015/03/12/01008-20150312ARTFIG00237-un-monstre-marin-qui-peuplait-les-oceans-a-l-ere-primaire-decouvert.php

     

       Sources : https://www.youtube.com/watch?v=XotF9fzo4Vo#t=20

    http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/geologie-sources-hydrothermales-cle-apparition-vie-22069/

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