• Manger, miam, mmm... 12, 13.

     Complétude, de mythe et de satiété

       Sources : https://www.youtube.com/watch?v=hRUy-D0JU2I

    http://www.huffingtonpost.fr/2015/06/23/michael-jackson-reprise-guitare-beat-it-guitariste-espagnol-musique_n_7644154.html

       Note : Un seul instrument - sans branchement électrique, un jeune homme dans la lumière du jour (la nuit pour dormir, rêver, savoir), des mains agiles jouent Beat it de Michael JACKSON (1982). Franchement, "ça fait du bien". Au loin les paroles du chanteur devenu fou : https://www.youtube.com/watch?v=T2PAkPp0_bY

     

       NOTA : Ce texte ainsi que l'ensemble de ceux qui constituent la série MANGER sont un premier jet et seront peut-être remaniés. Merci de votre compréhension, si vous veniez à vous y intéresser.

       Je n'hésite pas à me relire, revoir et faire connaître le même traitement à tout ce que je mets en ligne, par ailleurs.

     

    Yéti filaments bruns

       Retour de la galathée des profondeurs océaniques, menacée par l'état du monde. Beat, Lucy, Beat-les...  En position affable, elle nous parle. Ses pinces au repos, douces tenailles, éveillent le chagrin, le dégoût des volontés et anticipations.

      Source : http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/la-galathee-yeti-22-08-2014-4077823.php

     

       Manger est vital, et s'exerce au dépens d'un autre, d'une entité séparée, à côté de soi, qui devient soi, à quelques résidus près, au terme de l'action. Manger régénère et permet de garder la vie, et par la nécessaire présence d'un autrui, dans un univers vivant, en passe par la mort, perpétrée ou factuelle.

      Peut-on y échapper, d'autant plus si l'on accepte les forces naturelles les plus inorganiques elles-mêmes comme agent de transformation (renouvellement, destruction) nourricières et mangeuses : air, eau, terre... et feu consument (chauffent), érodent, consomment, grignotent, bouleversent, etc..

       Doit-on le souhaiter ?

       Grâce à l'exercice d'une créativité débordante / dirigée, mon-orientée (?) et d'artifices fascinatoires (les sens sont vite leurrés !), l'être humain occidental, - croyons-nous, et en admettant de typer grossièrement et abusivement un grand ensemble de personnes, se berce de la croyance, de l'idée, la volonté de s'extirper de l'organicité en jeu, à ses yeux déplorable : celle qui le rapproche des animaux les plus familiers, sauvages ou domestiques, mais aussi celle d'être soumis à un processus supérieur tout-puissant.

       Quitter la peur et la domination ? Inverser l'ordre du monde, en "devenir maître et possesseur" ?

       René DESCARTES, Discours de la méthode (1637)

       ["Mais, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses difficultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusques à présent, j'ai cru que je ne pouvois les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu'il est en nous le bien général de tous les hommes: car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connoissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feroient qu'on jouiroit sans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie ; car même l'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, que, s'il est possibles de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusques ici, je crois que c'est dans la médecine qu'on doit le chercher."

    — René Descartes, Discours de la méthode, texte établi par Victor Cousin, Levrault, 1824, tome I, sixième parti.

       Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtres_et_possesseurs_de_la_nature]

     

      Avec un potentiel relationnel ouvert et plastique, voire empathique, où la fatale rencontre de la différence mineure (mais hautement sensible) générée par une situation de petite communauté, localisée géographiquement (d'après Francis COUSIN, et dans un panorama archéohistorique de stimulante spéculation), plus tard aggravée par la sédentarisation généralisée (néolithique, organisation productiviste et guerrière) pour situation de moindre confort naturel ? (sécheresse, froid, saisons difficiles - notre hypothèse de généraliste curieuse !), instaure la conscience de la partition (ou de la séparation selon Francis Cousin toujours, voir aussi Patrick BURENSTEINAS) et exacerbe l'évaluation (celle des individus et de leurs caractéristiques et/ou de leurs productions), la comptabilité puis la monétarisation ont tôt fait de marquer les corps et les esprits de leur emprise et de suggérer la possibilité d'une maîtrise du réel et de ses membres, par le calcul (à double sens) et le ré-ordonnancement du donné (avec une hiérarchie formelle et totalisante, par exemple). Pour peu que l'expérience du milieu naturel soit rigoureuse (âpre) et parce que l'évolution des espèces porte à inventer, proposer sans cesse de nouvelles modalités vivantes, système nerveux et capacités créatives humaines de l'aventure - à échelle individuelle et collective, mémoire en surcroît (Stephen Jay GOULD), temporalité ramassée, un modèle social basé sur l'échange chiffré et tant qu'à faire profitable (rentable) peut progressivement s'imposer et gangrener, par son court-termisme matérialiste (acquérir des biens relève de l'enrichissement, aussi temporaire et fictif est-il), le moindre geste effectué.

       Par l'horreur qu'inspire le cannibalisme flagrant, et son étrange actualité, masquée ou souhaitée, il nous semble que l'anthropophagie, loin de devoir être reléguée aux franges de l'intelligence et de l'humanité, se doit d'être urgemment ramenée devant nos yeux, avec toute sa brutalité pour sans doute nous faire admettre, non seulement qu'elle permet de poser les limites infranchissables de notre auto-définition vitale (à partir de l'individu et son intégrité) mais encore qu'elle ébranle notre être de correspondre magistralement à notre potentiel symbolique, avec un spectre vertigineux de possibilités verbales et factuelles.

       Lewis Mumford a exploré la dimension techniciste de l'humain, en élaborant une grille de compréhension impressionnante (aux allures exhaustives). La puissance du symbolique lui serait pour autant apparue comme plus importante... Symbole contre outils, fiction contre moyens pratiques, la représentation dirigerait le monde des humains et motiverait leur actes et choix, auxquels resteraient donc soumis les avancées techniques, technologiques aujourd'hui...

       Manger est aussi un plaisir, donné - conçu ainsi chez l'humain, et beaucoup d'autres espèces, toutes peut-être toutes... Nous n'en savons rien !

       L'Homonculus de PENFIELD aux MAINS ET BOUCHE hypertrophiées... Cette figuration des centralités nerveuses humaines a-t-elle été démentie scientifiquement ?

       Manger (- et se reproduire), faire, dire...

       Il est possible que manger abstraitement l'autre, en image, l'intégrer en soi, l'assimiler de toute notre corporéité pensante, soit l'une des béquilles ou tout bêtement jambe à notre claudication essentielle, notre dialectique quotidienne et matérielle, tandis que consommer, de bouche masticatrice, affamée ou gastronome, soulève et pose l'autre jambe, méritant toute notre attention : il y va d'un enjeu fondamental, de notre survie et celle d'autrui, il y va de notre place apaisée et toujours vive en ce monde.

      D'après les quelques lignes que nous avons lues d'elle, Marylène PATOU-MATHIS rapproche communautés dites primitives et homininés anciens, et comme d'autres observateurs, comme ceux qui le pratiquent encore et le disent aussi, par la conscience aiguë de leurs méfaits et une attention respectueuse, un hommage révérencieux envers leurs victimes et/ou le contexte entier, le cosmos, le Tout.

       Admettre la nécessité de la violence pour mieux la cantonner ? Quelle nous rassasie enfin ! De peu !

       Vite, vite, mieux connaître le travail de l'autre René (le premier est aussi à lire et relire, son texte a pu être dévoyé), René GIRARD, l'opératoire du désir mimétique (je veux ce que tu as), le rôle du bouc-émissaire (un sang innocent tarira la furie de l'excès), l'importance du message chrétien (arrêt des cycles de reproduction pathologiques et de faux balancier), avant que le sacrifice humain ne soit total ou totalisé, la disparition générale, ou que la tentation de dépopulation forcée ne soit exaucée.

     

    La Cène Le Tintoret

       La Cène, Jacopo ROBUSTI dit LE TINTORET (1593), 365 cm sur 568, église San Giorgio Maggiore, Venise.

       Source : http://utpictura18.univ-montp3.fr/GenerateurNotice.php?numnotice=A7599

     

      La figure de Jésus CHRIST lors de la Cène est déterminante. Il ne propose pas moins que pain et vin, sa chair et son sang, proclame-t-il, avant d'être sacrifié et d'accepter l'abominable sort. Ce message de substitution et de modèle est-il viable et ne marque-t-il pas l'affreux contrepoint d'un monde en mal de comptes, de victimes expiatoires innocentes ou non. N'est-il pas encore possible de sauver la vie comme elle nous a si généreusement servi, telle qu'elle se manifeste encore aimablement aujourd'hui et avant que d'autres seuils irréversibles ne soient franchis ?

     

    Cène / Ben WILLIKENS

       "La Cène, Ben WILLIKENS, 1976-1979, acrylique sur toile, 300 X 200 cm (chaque panneau), Francfort-sur-le-Main, musée allemand de l’Architecture TDR.

       Source : http://artbiblique.over-blog.com/article-la-derniere-cene-123056686.html

      Note : cela ressemble à du SPEER, Albert, architecte du nazisme. La table est dressée, la nappe est restée, impeccable. Onze baies. Trois blanches, huit sombres. Un soleil glacé. Quel ordre ?

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