• MENDICITÉ

     CIVILISATION...

    MENDICITÉ

       "Jeune mendiant. Photo prise par LUZEL, vers 1860 probablement. L'album contenant cette photo a été retrouvé sur la décharge municipale de Saint-Brieuc." In Le Monde comme si, Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne, Actes Sud, 2002, p. 111. [Image légèrement retouchée (contrastes).]

     

       Le livre de Françoise MORVAN, Le Monde comme si, Nationalisme et dérive identitaire en Bretagne en lecture actuelle, ouvrage (important) qui bâtonne le bourbier, celui-là même poursuivi en ce moment sur ces pages (Tsukeshoin), présente une photographie attribuée à François-Marie LUZEL (1821-1895) dont les circonstances de trouvaille accroissent encore l'impact.

       "Jeune mendiant", breton.

       Le guide Michelin signalait, paraît-il, jusqu'il y a quelques décennies encore, l'importance des mendiants en Bretagne.

       [Curiosité touristique ? (La chose est connue, le spectacle du dénuement et de la souffrance comporte sa dose d'excitation, exigible par le voyageur consommateur.)]

       L'iconographie bretonne du passé regorge de figures de mendiants, saisies sur le vif, plus souvent soulignées avec une compassion variable ou la dose de pittoresque requise (carte postale notamment).

       D'une PLAIE, moins nette que supposée.

       (ÉPAISSEUR DES CHAIRS. PROFONDEUR DE L'HISTOIRE.)

     

    MENDICITÉ

        A côté d'une photographie de l'antipodique Masanobu FUKUOKA... Notre vieux Breton, en guenilles comme le garçon de LUZEL, pose avec d'habituels attributs et postures du mendiant. Il porte les stigmates de l'insuffisance et regarde avec humilité (celle du faible assumé, du remerciement gracieux ou encore du flatteur). Peut recevoir ? Source : https://lecomptoirdetitam.wordpress.com/2013/09/22/cartes-postales-de-bretagne/

     

       "Dès que vous arrivez quelque part, les mendiants se ruent sur vous et s’y cramponnent avec l’obstination de la faim. Vous leur donnez, ils restent ; vous leur donnez encore, leur nombre s’accroît, bientôt c’est une foule qui vous assiège. Vous aurez beau vider votre poche jusqu’au dernier liard, ils n’en demeurent pas moins acharnés à vos flancs, occupés à réciter leurs prières, lesquelles sont malheureusement fort longues et heureusement inintelligibles. Si vous stationnez, ils ne bougent ; si vous vous en allez, ils vous suivent ; rien n’y remédie, ni discours, ni pantomime." In Voyage en Bretagne. Par les champs et par les grèves (1847), Gustave FLAUBERT, réédition Bruxelles, Complexe, 1989, p. 199.

       Source : http://books.openedition.org/pur/17731#ftn1

     

      Le TRUMP (Donald) faisant la leçon aux Portoricains mécontents (de lui) après le passage de l'ouragan Irma... Sa visite programmée à la suite... avec séance de distribution de rouleaux d'essuie-tout façon basket-zoo très show en guise de salut au public plutôt amateur (?) (et sélectionné à l'entrée de la salle ?) ?

       Les affres des îles Saint-Martin et Saint-Barthélémy, après Irma toujours, disputées entre action publique (en manquement ou applaudi) et débrouillardises - que des pillages et des attaques (vengeresses ?) ont à leurs manières brutales démarrées ?

        La grande confusion des scènes et l'impossibilité d'accéder à un savoir sérieux (les territoires français touchés de plein fouet ne sont plus une cause d'information nationale depuis longtemps) laissent remonter, sur fond de destructions physiques et de malheur, des interprétations oscillantes (qui/quoi, réversibilité aisée des acteurs de pair) d'attente et de "prise en charge", de colère et de satisfécit, de désarroi et de puissance. Elle pointe vertement l'EXIGENCE de SOLIDARITÉ, comme DEVOIR et DROIT (moraux et juridiques), du grand envers le petit, du fort vers le faible, du pourvu vers le nécessiteux, de l'indemne vers l'accidenté. Au cœur de la nature humaine et de sa socialité active (égalité/hiérarchie, don/contrat), il amène incidemment à la mendicité et sa commère, la charité (l'aumône).

        Mendicité, pendant de la charité, et vice-versa.

       En France, les deux pratiques traditionnellement entendues (demander et recevoir, par pitié, secours direct et sonnant) sont aujourd'hui encore majoritairement décriées sinon condamnées (relevant moralement de l'infâme, au nom d'une indignité établie - insupportable, intolérable, mais aussi parfois légalement), après avoir pleinement et largement participé de sa culture chrétienne, catholique pour le moins, validant elle sans détour l'inégalité et/ou l'injustice - naturelle ? - qu'une certaine action terrestre soulagerait et commencerait de sublimer.

        Il semble que les mendiants bretons, d'une histoire probablement longue et ancienne - posant finalement sur des cartes postales (jusque faux peuvent-ils laisser croire) ou sobrement captés comme personnages inévitables, aient longtemps été intégrés au corps social (par la marge qui... fait tenir...) et possiblement dans une marginalité "intérieure", c'est-à-dire fondamentalement dialectique au sein des communautés (surtout rurales), aussi quotidienne que relevant de la foi, égrenée (?) d'autant de soubresauts parfois violents (impitoyables) - avec rejets exclusifs, que de variations démographiques, sur le fil de la prospérité (survie diront certains, dans l'idée d'une économie de la pénurie).

       [Les landes bretonnes et les communs décrits par François de BEAULIEU dans Mémoire des landes bretonnes (2015), donnent un tableau - positivé et minutieusement illustré par Lucien POUËDRAS - de la possibilité que nous voyons, tandis que le XIXe siècle aurait vu la mutation définitive des solidarités, après la Révolution (oui !), avec l'industrialisation et la sécularisation des institutions et des comportements.

       "Souvenons-nous, par exemple, du procès concernant les landes de Lanveur à Languidic ; il illustre parfaitement le fait que l’usage des communs relève essentiellement d’un droit non-écrit et se fonde sur sur un savoir-vivre populaire qui est le meilleur gardien de la durabilité du patrimoine commun. Les "pauvres de la paroisse" ne sont pas d’égoïstes rapaces qui raclent jusqu’à la roche les maigres landes dont ils peuvent disposer alors que leur besoin en mottes pour faire du fumier ou du feu est sans aucun doute important. Ils sont en fait les gardiens du système menacé par un individu qui, précisément, fonde son pillage irréversible en invoquant le droit du propriétaire du sol. Le commun, c’est d’abord une volonté de vivre ensemble, d’avoir un avenir et de renforcer périodiquement les liens des hommes entre eux. L’écobuage et la fête qui s’y déploie sont précisément, comme nous l’avons dit, l’occasion de renforcer les liens autour d’un moment très particulier d’appropriation privative temporaire. Le groupe social contrôle et autorise. Source : http://www.francoisdebeaulieu.fr/eloge-des-communs/]

     

       Deux réalités brûlantes, pour la première extrêmement chahutée de nos jours, la deuxième toujours plus virulente, tandis que leur paire fait assurément écho à la "civilisation" se partagent l'actualité : l'existence de gouvernements "providences" dans les pays dits riches (France au comble ?!) d'une part, la survivance dynamique et ravageuse de la misère, subite ou installée, d'autre part.

       La première, héritière de la charité déplacée, par l'établissement d'une autre religion "citoyenniste" (notre conclusion), en sorte de fraternité constructive (individu-collectivité "correctement" articulés devant amener à un modèle de progrès voire d'émancipation, ou de "restauration" d'une égalité principielle sinon originelle de sujets*) - serait-elle le propre d'une évolution économico-technique exponentiellement rapide et expansive ("croissance" et "développement"), justifiant et pérennisant un système d'organisation hyper-productif (injuste et maltraitant) par une redistribution (relative) des richesses matérielles (et immatérielles ?) et une administration générale et serrée de la population.

       [* De l'égalité originelle et substantielle des hommes ? Jacques RANCIÈRE (auteur de La Haine de la démocratie, La Fabrique, 2005),  a su en démontrer la plausibilité.]

       Efficace et vantée de prime abord, la providence moderne des États vit de très mauvaises heures... Ses dépenses sociales seraient-elles devenues DETTES (bancaires et davantage - dont la culpabilisation de l'allocataire devenu "bénéficiaire" - et reconnaissant ?, par exemple), alors que sa manne socio-financière subirait tous les assauts (justifiés ou non) tout en dégradant jusqu'à leur annulation l'individu comme le collectif de leurs capacités de réponse et de résilience (responsabilité), au sens le plus profond et vital, face aux enjeux et problèmes les plus contemporains, aux laminations occasionnelles (qui se pourraient se précipiter) ?

       Assistance et "assistanat" (terme et réalité (?) si peu aimables)... Solidarité et dérives.

       Misère particulière pointée dans l'affaire, vue d'un bord ou d'un autre. Misère relative ou abstraite ? Celle de compter d'abord sur l'autre en oubliant ses propres forces, celle d'accuser d'inhumanité indistinctement et abusivement le reste (tel type ou telle catégorie sociaux ou la collectivité, ou encore "le système") s'érigeant "victime universelle", celle de basculer "parasite" de celui ou de ce qui s'efforcerait de succès, couronné ou non...

       Misère concrète et bouleversante en miroir. Celle de ne pas y arriver en dépit d'aides, dont le soutien et la coercition de certaines sont à réellement connaître... (suivi tatillon oppressif contre revenu ridicule - de "subsistance"), celle de rejoindre "volontairement" la rue infernale ou d'y tomber, celle de ne pas pouvoir exercer ses forces, car le cadre est littéralement... privatif, incarcérant.

       Et demander de l'aide. Froidement, jusque dans la distance à soi, par prérogative (de reste) de dignité ou devenu indifférent à sa propre détresse. Ou dans la supplique, éperdue, d'un minimum. Pour survivre, supporter un état, dépasser une situation (y croire).

       Est-ce imagination que ceci ? En France, même ?

       Parallèlement, changeant assurément d'échelle et de champ, tout en creusant celui de la santé (de l'intégrité des forces physiques, cardinales en mendicité), dans des domaines périphériques comme les maladies minoritaires ou rares, mais aussi par l'humanitaire très publicitaire (actions politiques et/ou de "philanthropes" milliardaires dont la portée peut être continentale), l'appel à dons et les œuvres caritatives ne cessent de s'amplifier, protéiformes, - douteuses ?

       Appel à dons, crowfounding... (financement participatif dit aussi socio-financement). Explosion.

       Comme si l'argent pouvait, devait TOMBER DU CIEL !

       Du réel économique en extension ?

       De victoires et victoires ? Argent partout. RIEN sans quoi.

       L'argent, s'il ne tombe plus vraiment du ciel (de la main du donneur au chapeau retourné du mendiant abaissé), il sort littéralement du chapeau, jaillissant ex-nihilo des banques centrales et des claviers de banquiers (Gérard FOUCHER)...

     

      Comment ne pas être victime totale - tant que vivant, individu et communauté, c'est-à-dire atteints et incapables, réduit à l'état de... potentiel mendiant est notre vraie et terrible question - si moderne (à doubler de comment aider à bon escient, et subsidiairement comment être aidé !), tandis que la dépossession guette, toujours ! (certes) et singulièrement de nos jours, civilisationnellement - pensons-nous. Droit, moyens pratiques, conscience, etc. en alertes rouges profilent des mendicité et charité new-look (aussi reconnaissables qu'édulcorées) comme devant s'intensifier et se formaliser sous des auspices aussi dictatoriales que totalitaires (confort et son "bien-être" à considérer avec, et négativement ?).

       Mendicité-charité toujours pires que les précédentes ?

       Profondeurs ontologiques et historiques... au carrefour des promesses délirantes et premiers pas sinistres  de l'homme bio-technologique.

     

       - Observatoire des inégalités : https://www.inegalites.fr/La-misere-persiste-en-France-l-un-des-pays-les-plus-riches-au-monde?id_theme=15

       - Toujours pas lu. En instance prioritaire ? Livre flambeau de la sociologie française méconnu (selon Thierry PAQUOT au moins) : On est tous dans le brouillard, Colette PETONNET (1979), http://www.cths.fr/ed/edition.php?id=6012, avec éventuellement : http://fu2d.free.fr/fiches_lecture_08/fiche_severine_08.pdf ]

       - L'éditeur La Découverte vient de publier une réflexion de Jean-Michel CHAUMONT, autour de la SURVIE avec ou sans HONNEUR qui peut compléter le propos du jour, l'honneur et son pendant la HONTE, méritant au moins une page (du bourbier !?) : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707197412.

       - Francis COUSIN, "communeux", communiste.

     

       "Travailler, c’est trop dur, et voler, c’est pas beau.

        D’mander la charité, c’est quéqu’ chose j’peux pas faire.

       Chaque jour que moi j’ vis, on m’ demande de quoi j’vis. (...)

       Source : http://lewebpedagogique.com/odpclaudeboucher/2015/04/03/526/

      

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       Moue dédaigneuse, colère prête, les mémoires écrites à préférer ? Sortie d'une "adaptation BD des Mémoires du paysan bas-breton, ou l’incroyable vie de Jean-Marie DÉGUIGNET, signée BABONNEAU, BETBEDER et GONZALBO. Source : https://www.ouest-france.fr/bretagne/ergue-gaberic-les-memoires-du-paysan-bas-breton-valaient-bien-une-bd-5313064

       (http://www.deguignet.eu/index.php/extraits/33)

     

       Voir (pour la Bretagne) :

       - http://fanch-culture.weebly.com/mendiciteacute-dans-les-campagnes.html

       - http://breizh22.eklablog.com/les-mendiants-a107269570

       - A partir du livre de Joël CORNETTE (Histoire de la Bretagne et des Bretons, Seuil, Normandie Roto, Lonrai, 2005) , où l'on retrouve Jean-Marie DÉGUIGNET, mendiant dans sa prime jeunesse "La deuxième citation, pages 229 et 231 du tome II  "Des âges obscurs au règne de Louis XIV", présente la condition des mendiants au 19e siècle : les aumônes "avaient toujours un but intéressé et égoïste ; elles n’étaient jamais données au nom de l’humanité, chose inconnue chez les Bretons, mais seulement au nom de Dieu" ". In http://grandterrier.net/wiki/index.php?title=CORNETTE_Jo%C3%ABl_-_Histoire_de_la_Bretagne_et_des_Bretons)

       - Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXe siècle, Guy HAUDEBOURG, PUR, 1980. Ouvrage entièrement disponible sur le site, par chapitre : http://books.openedition.org/pur/17727

       ET aussi, pour ramener à Françoise MORVAN et François-Marie LUZEL (ainsi que sa sœur Perrine), qui côtoya une mendiante estropiée d'une main, conteuse et chanteuse du nom de Marguerite PHILIPPE ou Marc'harid FULUP (1837-1909) : http://www.bretagnenet.com/strobinet/bugelkoar/gwerziou.htm

     

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       Marguerite PHILIPPE (Marc'harid FULUP) "accomplissait des pèlerinages par procuration et, au cours de ses voyages en Bretagne (...) recueillit des contes et des chansons populaires en breton". Sources : http://www.bretagnenet.com/strobinet/bugelkoar/gwerziou.htm avec http://www.jean-robin.fr/G%C3%A9n%C3%A9alogie/Speciaux/Marguerite%20PHILIPPE.htm.

       Pour archive : https://www.arbredor.com/collections/traditions-populaires/279-les-contes-de-marc-harid-fuluphttp://bibliotheque.idbe-bzh.org/data/cle_44/Skol_1967_niverenn_ispisial_Marcharit_Fulup_.pdf

     

       Note :

       - Mémoire d'un acte de décès du Mené (archives armoricaine du XIXe siècle), d'une fille-mère et de son enfant, morts "inconnus" dans une lande du pays.

       - Souvenir d'une altercation à Ahmedabad, en Inde il y a environ 25 ans, dans une zone amorphe de voies ferrées, avec des enfants mendiant à mon croisement, devenant très agressifs, s'agrippant à moi douloureusement. S'être libérée avec rudesse, peur et horreur et sans avoir donné (ce que je n'avais pas ou pas imaginé de valeur).

     

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