• MENHIRS & DOLMENS / GIOT (1978)

     GÉNÉRALITÉS ACQUISES, QUESTIONS, PISTES.

    MENHIRS & DOLMENS / GIOT (1978)

     Dolmen de Crucuno en Plouharnel (56). Vue de son intérieur du 05-04-2017. Assemblage hétérodoxe des pierres !? Ça "marche", ça tient, évidemment ! Le couloir d'accès a quant à lui disparu (P.- R. GIOT). Ses massifs lithiques auraient-ils fini débités dans les moellons des maisons environnantes ? So practical !

      

    MENHIRS & DOLMENS / GIOT (1978)

    MENHIRS & DOLMENS / GIOT (1978)

       Alignement de Kermario à Carnac, à sa tête ouest, constituée de hauts menhirs. Vues du 12-04-2017.

     

       "Les alignements simples, formés soit d'une seule ligne, soit de quelques lignes d'orientations différentes et donc se coupant, sont répandus à profusion à travers toute l'Armorique. La plupart ne comprenant que quelques pierres. Parmi les plus impressionnantes, citons ceux de la Grée-de-Cojoux en Saint-Just (Ille-et-Vilaine) et de Lagatjar en Camaret (Finistère), ou encore ceux de Saint-Michel à Brasparts (Finistère). Partout en Europe occidentale, où il y a des menhirs, il y a des alignements.

       Deux menhirs suffisent pour jalonner une orientation ; s'il y en davantage, c'est presque trop. La question des orientations des monuments étudiée depuis bientôt soixante-quinze ans, a été embrouillée par des travaux fantaisistes, et un discrédit général a jailli sur les travaux sérieux, basés sur des faits moins contestables, sinon toujours rédigés prudemment. D'après les tout derniers travaux, le grand menhir brisé de Locmariaquer aurait été un élément central d'un grand observatoire destiné à prédire les éclipses. En quelque sorte un guidon de visées sur la lune, dont les crans de mire auraient été plusieurs autres menhirs isolés, éloignés jusqu'à 15 km (à Quiberon par exemple), et dont les emplacements correspondraient à des visées à des moments extrêmes de la déclinaison lunaire. Les champs d'alignements et leurs ovales n'auraient pas été des appareils de visées astronomiques, mais des abaques ou secteurs d'extrapolation par visées au sol pour les calculs de réduction des problèmes de prédiction des éclipses. L'aune mégalithique vaut 0,8293 exactement.

       Toutes ces données ne nous éclairent  pas beaucoup, en définitive, sur  la raison d'être des pierres levées, qui demeurent enveloppées d'un mystère épais. C'est sans doute pourquoi leur étude a été relativement négligée, à grand tort. On a parfois essayé de les interpréter par une étude comparative des légendes qui ont subsisté jusqu'à nos jours, mais sans résultat très significatifs. Cela impliquerait trop de continuités dans les peuplements qui se sont succédés. Nous pouvons simplement conclure que ce sont de monuments religieux. Cette épithète imprécise, qu'il ne nous coûte pas d'avancer, est une manière de draper notre ignorance. Les pierres levées se rapportaient au culte divin et, par excellence, au principal emblème de la divinité chez les primitifs  et les demi-civilisés : le soleil, qui meurt et ressuscite chaque jour. Dans le panthéon des bâtisseurs de mégalithes, le soleil devait jouer, en effet, un rôle prééminent comme divers indices le laissent à penser. Mais il ne faut pas oublier aussi que la Lune joue un rôle de premier plan dans les calendriers primitifs qui sont en général luni-solaires. Savoir prédire les éclipses est évidemment très prestigieux pour la classe sacerdotale. Enfin la forme parfois très suggestive de bien des menhirs, de même que pour les pierres similaires d'Afrique ou d'Asie, a fait penser, avec vraisemblance, qu'ils symbolisaient la fertilité, dont la figuration s'associe aisément au soleil, générateur de toutes choses.

       Le culte des morts était l'autre élément rituel important chez les peuples préhistoriques. C'est pourquoi les autres monuments mégalithiques, qui servaient de tombeaux, étaient consacrés à ce culte. Les rites funéraires parfois munificents attestent une croyance, sinon à l'immortalité complète, du moins à une métempsychose ou à une réincarnation. La représentation, plus ou moins stylisée, sur les parois de certaines tombes, d'une autre divinité de la fertilité, la déesse-mère ou grande déesse, de même la pratique de déposer un mobilier funéraire destiné à subvenir aux besoins du grand voyage et de la vie future, implique la notion d'une renaissance. Les sépultures mégalithiques, le plus souvent collectives, ont servi de "caveau de famille" au clan, pendant plusieurs génération.

       (...)

      Position chronologique des monuments mégalithiques

      Les grandes lignes de la civilisation des bâtisseurs de mégalithes exposées, il reste à la situer plus exactement dans le temps et dans l'échelle des stades préhistoriques. Par rapport à la longue histoire de l'espèce humaine, il s'agit de quelque chose de relativement récent, à la fin des temps préhistoriques de nos régions, à la charnière de la protohistoire. Depuis plusieurs millénaires, quelque part dans le Proche-Orient, la grande révolution économique néolithique avait déjà substitué, à une vie précaire basée sur la chasse, la pêche ou la cueillette, une existence plus stable assise sur la production intentionnelle de nourriture. Il en était résulté une série de progrès techniques successifs, et lorsque cette révolution économique se fut diffusée en Europe occidentale, elle n'est était plus à son stade initial. Mais à ce moment de nouveaux progrès étaient intervenus dans les régions orientales, et entraient dans l'histoire avec l'écriture. Une partie de ces nouveaux progrès, se diffusant plus vite encore, commençaient à se faire sentir en Occident.

       Grâce au prodigieux apport d'information procuré par la possibilité d'obtenir des séries de datations par la méthode du radiocarbone, et grâce à l'étude comparative de toutes les données du problème, on peut maintenant dire que les sépultures mégalithiques d'Armorique, qui ont pu avoir ailleurs des prototypes de quelques siècles plus anciens, ont débuté il y a environ 6.000 ans, et peut-être même davantage. Se construisant pendant près 2.000 ans, elles devaient rester en usage jusqu'en vers 3.800 ans avant nos jours, plus ou moins selon les lieux et les cas. Il est même possible de préciser la séquence des types de tombes mégalithiques et des types de céramique en Bretagne : les dolmens à couloir, primordialement avec une poterie de type néolithique occidental ancien, ont donc commencé à être édifiés il y a 6.000 ans, et les derniers construits, de types très évolués associés à des céramiques de types spéciaux, l'auront été il y a environ 4.500 ans. Les premières allées couvertes et sépultures à entrée latérale  apparaissent peu après cette date dans d'autres tribus, avec d'autres variétés de céramiques. Les vases campaniformes chalcolithiques se retrouvent dans divers genres de sépultures vers 4.000 ans avant nous. Les premiers tumulus correspondant à l'arrivée des chefs guerriers dans l'Ouest du pays se situent il y a 3.700 ans, mais des allées couvertes ont dû être encore utilisées par les populations autochtones. Nous ne pouvons pas donner des détails au sujet des datations radio-carbone, mais il y a des raisons techniques pour n'utiliser que des dates B.P. (Avant le Présent) et éviter des références à J.-C. qui impliquent des comparaisons avec les dates historiques. Le temps du radiocarbone ne se déroule pas exactement comme le temps absolu des dates historiques, quoique l'écart ne soit pas excessif. les datations de la poterie par la méthode de la thermoluninescence confirment ces données.

       Les mégalithes sont donc presque récents. Tout les distingue des civilisations qui ont duré des centaines de millénaires pendant les temps paléolithiques, au cours desquels l'humanité a fait lentement ses premiers pas. Aucune confusion ne peut rester dans les esprits et le mot préhistorique ne doit pas nécessairement évoquer les Hommes de Néandertal ou des grottes ornées... Inversement, aussitôt après les mégalithes, en plein Âge de Bronze, l'Armorique a connu une civilisation protohistorique d'essence bien différente, avant de passer à l'Âge de Fer puis à l'Histoire.

       Des monuments aussi extraordinaires que les mégalithes ont conservé bien au-delà de leur période de floraison, une signification culturelle ou un nimbe mythique pour les populations autochtones, et un attrait ou une répulsion pour les nouveaux arrivants dans la région. Aussi les Armoricains de l'Âge de Fer infiltrèrent des sépultures adventices dans quelques dolmens, les Gallo-Romains en visitèrent et en pillèrent un grand nombre. Ilsl y installèrent des sanctuaires et quelquefois des sépultures, comme s'il s'agissait de grottes naturelles. Les menhirs, à toutes époques depuis l'Âge de Bronze, servirent de points de repère pour des cachettes de trésors. Enfin et surtout, les prêtres et missionnaires chrétiens, se heurtant continuellement à l'attrait irrésistible des populations bretonnes pour ces pierres entachées d'un paganisme ancestral, reviviscent d'une manière tenace, les firent détruire, mutiler ou enterrer, mais plus souvent tentèrent leur "christianisation". Cette politique d'assimilation et d'appropriation culturelle est marquée tantôt par l'addition ou la gravure de croix et autres symboles, tantôt par l'intégration dans un édifice religieux (dolmen en crypte de la Chapelle des Sept-Saints au Vieux Marché (C.-du-Nord), tantôt par déplacement et inclusion dans une enceinte sacrée. Mais on ne convertit pas un folklore et cette christianisation, parfois efficace, a souvent été superficielle. En effet, tout récemment encore, nombre de mégalithes occupaient une place de choix parmi les "pierres à légendes" de Bretagne auxquelles s'attachaient des pratiques païennes, parfois enduites d'un vernis chrétien, étranges et variées. Ce serait cependant une erreur de penser que les origines de ce folklore des pierres remontent directement au temps des constructeurs de monuments mégalithiques. Il y a eu entre eux et nous bien des civilisations successives.

       Cependant les dolmens et les menhirs, si nombreux sur le sol de Bretagne, n'en restent pas moins les vénérables vestiges d'une civilisation disparue. Ces pierres assemblées en monuments funéraires ou dressées comme de mystérieux symboles sont l'un des témoignages les plus émouvants et peut-être les plus importants qui existent en Europe voire dans le monde entier, laissé par des peuplades qui avaient un système complet de croyances et de rites."

       In Menhirs et dolmens, monuments mégalithique de Bretagne, textes de Pierre-Roland GIOT, avec la collaboration de J. L'HELGOUACH et J. BRIARD, Photographies de Dominique LE DOARÉ, Editions Jos Le Doaré, 1978, pp. 8-10& 34-.36.

     

    « GUI / LE SCOUËZEC (1999)IL Y A LONGTEMPS / CROWHURST »