• Nèfle / PELT - 1994

    Nèfle / Keriadenn 2013

       Jeune néflier (Mespilus germanica) sous la gelée, le 9 décembre 2013.

     

      "Un fruit à cinq noyaux : la nèfle

       "Originaire des forêts de la Gaule et de la Germanie d'où Jules CÉSAR l'importa en Italie, le néflier, en pénétrant dans les vergers, s'est à peine dépouillé de ses allures agrestes : s'il a perdu ses longues et fortes épines, c'est toujours, au milieu des autres arbres fruitiers, le sylvain dont le tronc bossu, les membres sombres et noueux semblent se tordre sous la menace d'un orage ; son aspect maussade et dolent est celui d'un pauvre être souffreteux, couvert de feuilles épaissement ouatées, comme un vieillard cacochyme et déformé par les rhumatismes. A peine revêt-il un peu de grâce au printemps lorsque s'ouvre la large corolle blanche ou empourprée de sa fleur ; grâce éphémère, car à cette fleur succède bientôt un fruit ridicule et contrefait qu'on croirait l’œuvre d'une Nature en goguette : verdâtre et globuleux dans sa jeunesse, il prend, en mûrissant, la teinte bistrée, la consistance molle et fluctuante d'un inquiétant apostume ; pour comble d'ironie, il porte un diadème, couronne dérisoire formée par les dents persistantes du calice et rappelant assez le bonnet à pointes dont, au Moyen Age, on ceignait le front des fols... De nos jours, le fruit du néflier est resté le symbole des choses dont l'inconsistance voisine avec le néant, ainsi qu'en témoigne la réponse populaire qu'on oppose à une requête importante : "Vous n'aurez que les nèfles !", ou plus énergiquement : "Des nèfles !"

     C'est ces termes forts suggestifs qu'Henri LECLERC brosse le portrait du néflier et de ses nèfles.

       La nèfles a l'étrange particularité de ne se consommer qu'après maturité, alors qu'elle est presque blette. Aussi la récolte-t-on tardivement, de préférence après les premières gelées, mais toujours avant la chute des feuilles. D'abord dure et acerbe, la nèfle se transforme peu à peu en une pulpe sucrée, tandis que sa peau vire du jaune orangé au brun. Le fruit contient cinq noyaux durs comme des pierres, dont on considérait jadis qu'ils possédaient la faculté de rompre les calcules urinaires : c'était là une illustration de la fameuse "théorie des signatures" selon laquelle les plantes révèleraient par un signe leurs propriétés thérapeutiques. Cette doctrine, répandue sur tous les continents, est l'une des caractéristiques les plus constantes de la "pensée sauvage". Il faut y voir en fait un moyen de véhiculer, dans les sociétés traditionnelles, le souvenir des propriétés thérapeutiques des plantes telles qu'elles furent préalablement repérées et définies par les guérisseurs et autres "tradipraticiens".

       En fait, la nèfle contient des proportions importantes de tannins et c'est à ce titre que la médecine l'a utilisée le plus judicieusement. Elle possède, en effet, de puissantes propriétés anti-dysentériques et anti-diarrhéiques. Elle reste cependant un fruit très marginal en raison, semble-t-il, de la difficulté qu'on éprouve à la décortiquer : il convient en effet de la peler, puis de la "désosser", pour n'en consommer finalement que la pulpe à la saveur douceâtre, acidulée, un peu vineuse, mais fort agréable."

     

         In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 93.

     

    Nèfles en février Keriadenn

       Nèfles conservées sans précaution, en février 2016. Elles sont tombées au sol sans que de vraies gelées se manifestent (automne particulièrement doux).

     

       Note :

       La description du néflier et de ses fruits que dresse Henri Leclerc est triste et sa copie d'exergue par Jean-Marie PELT, pourtant plus amène et amateur du fruit, verse dans la facilité, celle qui accroche le lecteur par le méchant, le vilain. Le fruit en devient repoussant de tant de défauts.

       Nous ne les voyons pas de cette manière, même si l'arbre dans le jardin que l'on souhaite généralement attrayant, dépareille éventuellement. Sa robustesse étonne, quand tant d'arbres et de plantes portent la grâce d'une hyper-sélection botanique.

      Dans notre commune, quelques néfliers ont été plantés il y a peu, avec une ambition décorative. Personne ne mange leurs fruits, déjà abondants, malgré la jeunesse des pieds. Ils doivent être vus sans l'être. Dans quelques années, sans doute, on les remarquera, plus encore s'ils viennent à dépérir.

       Le fruit est farineux mais donne l'impression de nourrir, dans le frimât. Ces cinq graines éveillent la curiosité, une forme de satisfaction, d'autant qu'elles sont brillantes, maniables et d'un chiffre évocateur d'équilibre et de richesse.

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