• NI POPU NI PEOPLE : LE PEUPLE !

     LA POPULATION CHASSERAIT-ELLE LE PEUPLE ?

      Le mot population semble en effet s'imposer aujourd'hui, dans les médias français et dans la bouche des journalistes du moins, tandis que celui de peuple est évanoui (la démultiplication du premier souligne l'absence du second). Reprenons un peu ces mots comparativement et la charge sémantique qu'ils portent, pour nous, rappelant d'abord que leur fond commun est de signifier un lien au sol, celui de le couvrir, de l'habiter, de s'y planter (implanter) ou de le parcourir, et un nombre minimal d'individus (avec un seuil variable) assez conséquent.

      - Le peuple : c'est quelque chose !, et qui se tient - par lui-même, de lui-même. Il en émane une force communautaire supérieure. Mais murmurons "peuple français" en ces temps d'agression terroriste localisée et d'état d'urgence (décrété le 14 novembre 2015). L'emphase guette, alors qu'une union spontanée et connivente est envisageable. De même que les attentats récents mitraillent, et aveuglément, des rassemblements sans communauté manifeste, des assemblages de personnes - au moins-disant (?), l'existence d'un peuple (français) - qui se reconnaîtrait dans ses valeurs, son entre-soi devenus galvaudés à force d'usage ou peut-être de confort, n'est pas certaine.

       Nota : se demander si individuellement, là, maintenant, l'on se croit partie prenante d'un peuple, puis du peuple. Histoire ancienne ? Celle des aïeux ? Histoire de Français ? Des Français par excellence ? Histoire de pouvoir et d'argent ? Un trajet familial difficile qui persisterait ?

       L'identité individuelle aurait-elle pris le pas sur une autre inscription vitale, collective elle, de nos temps décriés individualistes ?

       - De la population ressort une neutralité, un anonymat, une cohorte d'individus davantage désignés pour leur nombre et leur regroupement que leur cohésion. En agronomie, on citera une population de tel blé.

       On en arrive parallèlement à se demander si le peuple n'est pas une fiction, dotée d'un fort potentiel auto-réalisateur, et que la seule évocation stimulerait déjà : une notion particulièrement humaine. Construite un temps ? Utile à certains, pour l'énergie solidaire qu'elle transmet quasi-instinctivement ? Si l'on y croit, les matins peuvent chanter ou le clairon sonner (puisque l'union fait la force, dit-on). L'éminence du lien de soi aux autres et/ou d'un cadre englobant pour soi se profile alors.

       La charge de la notion n'a sûrement pas perdu de sa moelle et de son magnétisme aujourd'hui. A moins d'être capturée et rengorgée par des nostalgiques aux accents patriotiques, d'un nationalisme réchauffé à la virilité exagérée, elle ne semble toutefois pouvoir s'énoncer qu'avec un sens révisé et contemporain, teinté de pudeur en l'état, au diapason d'une illusion, d'un beau rêve perdus qui ne demanderaient qu'à se raviver.

       Le "peuple français" irait mal et se rechercherait peut-être, quitte à recomposer ses fondements civilisationnels avec de nouveaux tonalités et contours... Le "peuple européen" n'existe pas, quant à lui (qu'on nous contredise !) contrairement au" peuple américain" (du moins vu de ce côté de l'Atlantique).

       Nota : l'association qui conteste l'extraction de sable coquillier en baie de Lannion s'est poétiquement dénommée Le Peuple des dunes.

       http://le-peuple-des-dunes.org/

       Puisque nous sommes en Bretagne, on ne peut oublier non plus de titre de la revue du parti politique régionaliste UDB, l'Union Démocratique Bretonne : Le Peuple breton.

       http://www.udb-bzh.net/index.php/fr/le-peuple-breton

       Si avenir il y a pour le peuple, peut-être réside-t-il, comme l'histoire l'a porté, comme les exemples précédents le poursuivent, dans sa requalification : le peuple s'affirmant et s'identifiant dans un collectif singulier, de préférence localisé, en respect de son étymologie ontologique (un sol peuplé, peuple de quelque part) et/ou culturellement distinct, choisi, vécu, un gré d'appartenances. Peuple d'une nation hier, peuple d'un lieu, peuple d'une cause aujourd'hui et demain... Seul un entrelacs de raisons profondes paraissant pouvoir soutenir sa longévité, sa dynamique et son intensité d'existence (tout peuple se réunissant autour d'un sens, de fait partagé et ancré).

       L'idée de "peuple de la Terre" est-elle acceptable à la suite de ces essais de projection ?

      Ne serait-elle pas une tentation, autant qu'un mythe, notre planète, le globe, présentant trop de variété pour ne pas, d'office, particulariser ses habitants et segmenter sa population en sphères de rassemblement (sens de l'identité alors) ? Souvenir de propos de Claude LÉVI-STRAUSS (Tristes tropiques) renchérissant qu'un groupe humain nombreux instaure automatiquement des divisions et des séparations. Y aurait-il une échelle humaine ? Flexible, souple à l'image du personnage, mais fatidique ?

      En tout cas, la translation sémantique classique - d'une notion, d'un enracinement, d'un fait concret à des fondements abstraits ou idéels - saute aux yeux, tandis que le peuple s'avère être toujours celui de quelque part, quelque chose voire quelqu'un, étant qualifié par ceux-ci, et/ou les qualifiant (les Bretons ont donné leur nom à la Bretagne... et à la Grande-Bretagne !).

       Remarques :

       - Le mot de populaire reste courant dans les médias. Il y désigne sans ambiguïté ce qui appartient aux classes inférieures ou qui fait grand nombre, grosse masse dans la société.

       - People : une autre affaire, qui en traîne et qui entraîne aussi !

       - La Cause du peuple ? Le titre du bref journal fondé en 1848 par George SAND, actif avec et après 1968 (Roland CASTRO, Jean-Pierre LE DANTEC, Michel LE BRIS, Jean-Paul SARTRE, etc.) s'est vu approprié en septembre 2012 par une personnalité médiatique et politique connue pour son rôle de conseiller - pas clair - du président de la République Nicolas SARKOZY, mais aussi sa proximité avec le groupe de construction et de communication industrielles Bouygues : Patrick BUISSON.

       "La marque a été déposée fin septembre à l’Institut national de la propriété industrielle par Publi Opinion, une des deux sociétés de conseil détenues par Patrick Buisson, mise en cause dans l’affaire des sondages de l’Elysée. Les formalités de dépôt ont été confiées à la responsable juridique de la chaîne Histoire, une filiale de TF1 présidée par Patrick Buisson."

    Source : http://rue89.nouvelobs.com/rue89-politique/2012/10/19/oubliez-les-gauchistes-la-cause-du-peuple-cest-patrick-buisson-236354

       "Le peuple" n'en aurait donc pas fini avec ses avatars, et leur manipulation.

       Alors que le mot se meurt (nous sommes partie de là ! peut-être trop vite, à cause de notre surprise devant l'usage immodéré de "population" dans les papiers journalistiques actuels), la droite droitière et plus encore l'extrême-droite françaises actuelles l'accaparent, en mêlant astucieusement identité nationale et majorité des citoyens - en situation économiquement difficile ici, adeptes de la grandeur là, en sorte de stratégie (électoraliste) pour englober et concerner le maximum de personnes. La synergie voudrait recréer la force communautaire inhérente à tout peuple, mais elle repose essentiellement sur un "idéal" passé (et qui a pu réussir, notamment en temps de guerre ou de conquêtes, dans le sillage d'une royauté ordonnatrice, et peut ignorer que la population en question a vécu, expérimenté et jugé, s'est aussi renouvelée, et qu'elle nourrit généralement d'autres aspirations que celles du passé, surtout s'il s'est montré insatisfaisant, ou source de maux. Reste le ciment de la peur et du resserrement autour de ce qui fut, inquiétude devant présent et avenir, quitte à embaumer l'antérieur, ces deux aspects outrancièrement cajolés par nos compères politiciens.

       Le peuple historique existe donc, et nous l'avons encore insuffisamment désigné ce peuple-là : à côté du monarque, de la noblesse et du clergé : peuple du royaume, tiers-état, peuple incontestable dans son unité, et de par sa distinction des autres membres de la société, il est là, vit, fait, engendre, meurt, petit-peuple, peuple, entier, peuple dont hérite l'essentiel des définitions contemporaines françaises, la Révolution ayant ajouté sa pierre, façonné à son tour : mal lotis, citoyens, nationaux.

    (Révisé les 9 & 24 décembre 2015)

     

       Le PEUPLE à l'honneur aux Matins de France Culture le 10 décembre 2015 ! A partir de la minute 10:12 en particulier. Nous sommes sur le terrain français avant tout et encore, avec la question Où ont passées les valeurs de gauche ?

       Source : http://www.dailymotion.com/embed/video/x3hl959

       Cynthia FLEURY et Marc CRÉPON s'emparent du mot et le définissent, après avoir entendu 3 hommes politiques du PS synthétiser leur vision de la gauche. Formules clés successivement :

       - Cynthia Fleury : "Revendication de la gauche passée" : "il existe un peuple". "La vérité socialiste, c'est qu'il y a un peuple. Non pas parce qu'il existe mais qu'il est un mythe régulateur. Une aporie. Aujourd'hui, la gauche française a acté que, bien évidemment, il y avait une société des individus et qu'en aucun cas cette société des individus ne faisait peuple et qu'en gros, on allait chercher les voix et (que) c'était une bataille de voix contre une autre bataille de voix."

       - Brice Couturier réagissant contre l'idée de peuple de gauche, peuple de droite :  "Le peuple et son parti", c'est l' "idéal du parti communiste." "Les gens se comportent comme des consommateurs de politique, c'est la nouvelle donne" désormais (constat de l'évidence pour lui).

      - Cynthia Fleury : "Le peuple de gauche n'existe pas." "L'enjeu c'est de considérer que quand on est dans un État de droit, l'une des grandes idées régulatrices de cet État de droit, c'est de dire oui, il y a un peuple, notamment de gauche, et quel est ce peuple ?, celui qui assume un destin collectif, celui qui assume l'idée d'un compromis social" - "programme en soi". Une vérité de l’État de droit.

       - Marc Crépon : "La question du peuple est évidemment extrêmement compliquée. Le peuple d'une façon générale, on peut l'entendre de trois façons, en démocratie.

       On peut considérer que c'est simplement le corps des citoyens. Ça ce n'est pas une fiction, c'est une réalité juridique, contractuelle." (...) Après la grande question est : qui est citoyen ? qui ne l'est pas ? Ce qui est déjà tout un problème.

       Il y a une deuxième façon très dangereuse de comprendre le peuple, c'est le le comprendre comme une identité de culture, voire une identité raciale, une identité ethnique et on sait comment cette idée fantasmatique dangereuse de l'identité a été réactivée ces dernières années, et c'est notamment l'idée de peuple portée par le Front national. Donc nous nous avons besoin d'une idée de peuple alternative, parce qu'on ne peut pas s'en tenir à cette idée de peuple...

       Il y a un troisième sens et là nous retrouvons l'idée du peuple de gauche. Le troisième sens est le sens de Victor HUGO, le sens de Romain ROLLAND... : c'est ceux qu'on écoute pas, qu'on entend pas en politique, ceux pour lesquels il n'y a jamais de solution, ceux pour lesquels la pauvreté, la misère, le chômage, s'entretiennent de génération en génération. C'est ce peuple-là qui se retrouvait pendant des décennies dans l'idée de gauche. Et ce peuple-là, qui visiblement aujourd'hui, ne s'y retrouve pas.

       Nota :

      - Sur la disparition de la culture de gauche, visible aux dernières élections régionales de décembre 2015, selon Marc Crépon : celle-ci "faisait l'objet de toute une éducation" / "avait une vertu démocratique immédiate", "celle de fédérer" / "le peuple de gauche".

       - Cynthia Fleury cite Claude LEFORT, L'Invention démocratique, pour son "beau titre".

       "Nous manquons d'inventions de nouveaux outils." "Lanceurs d'alerte", "elle, elle milite avec d'autres (...) pour l'allocation universelle" / "La formation tout au long de sa vie" / "Des outils pour aider contre la dérégulation financière".

       - Marc Crépon / Le care : prenant la région du Nord où se trouvent des "vulnérabilités accrues". "Les responsables politiques ont la responsabilité (sic) de l'attention, du soin, du secours qu'exige cette vulnérabilité."

      - Brice Couturier (contre la "décroissance") : ancien admirateur de Michel ROCARD qui aurait dit : "Sans croissance pas de politique sociale."

       - Cynthia Fleury : La décroissance / problème sémantique / nouveau modèle économique. "Notre modèle de justice doit devenir notre modèle de croissance et pas l'inverse" ("répartition en amont et non redistribution en aval").

       - Marc Crépon : La politique, doit s'appuyer sur un socle de croyances.

       Source : http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-ou-sont-passees-les-valeurs-de-gauche-2015-12-10

     

       Remarque :

       - Avec ces deux universitaires de gauche (?), nous avons un bon panorama des perspectives envisagées pour irriguer la société en fraternité et en égalité. Le découplage instantané du peuple de tout attachement - terrestre a maxima, ou identitaire (forcément monstrueux, à entendre Marc Crépon / Est-ce raisonnable ?) qui est opéré par les deux invités nous paraît franchement limitatif. La vision par corps des citoyens, en dépit de la concrétude qu'elle donne, reste de l'ordre d'un discours et d'un ordre humanisé (institution). Le cadre économique est conservé, quoi que veuille inverser Cynthia Fleury. Le progrès, le mouvement (qui seraient des valeurs de gauche - rappel de Brice Couturier) semblent conjointement entendus comme valeurs programmatiques (positives), sans doute jumelées à la justice sociale.

       - Cynthia Fleury use et abuse du mot invention. Ce qui entérine notre regard d'universitaires versés dans une forme de dénaturalité humaine et la croyance en le progrès. A écrire : un billet "l'invention / la découverte", sur les traces d'Alain FINKIELKRAUT. L'ombre de Cornélius CASTORIADIS (Les institutions imaginaires) plane, à nos yeux. Boudoir et tsukeshoin s'y mirent. Quelque chose de véritablement surréaliste là-dedans ?

     (Ajouté le 10 décembre 2015)

     

       Prévision et vœux 2016 de l'économiste Charles GAVE y vont de leur usage du mot peuple, tout en simplicité, qui entérine celui consécutif au paragraphe consacré à La Cause du Peuple.

       A Lupus s'étrangle. Son peuple est tout aussi droit au but. (rencontré aujourd'hui, on s'abonne ! "Grand remplacement", "effondrement", "démocratie"," argent", ça chauffe, ça hurle chez lui !)

       "Une démocratie repose sur l’intelligence du peuple, intelligence éclairée par les corps intermédiaires comme la presse et les élites. La démocratie n’est justifiable que si elle est capable de sanctionner les fautes et les erreurs des dirigeants. La démocratie est un pari sur l’intelligence et la claire conscience du peuple, c’est un pari qui, ici a été perdu. Cela nous ramène aux heures les plus sombres de notre histoire, ces heures ou la mystification a permis d’accorder la légitimité à des régimes fascistes honteux après la défaite des années 40."

      Source : http://leblogalupus.com/2015/12/05/bataclan-la-bavure-est-confirmee-un-pays-sans-sanctions-est-un-pays-foutu-par-bruno-bertez/

      Pour la bonne santé : http://leblogalupus.com/2013/04/07/transmettez-le-virus-lupus-voici-pourquoi/

    (Ajouté le 25-12-2015)  

     

       Définitions Larousse : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/peuple/60039

       Étymologie latine : populus.

       Dans le dictionnaire Gaffiot, sont données 4 significations : Peuple, habitants d'un État constitué ou d'une ville / A Rome, le peuple (opposé au Sénat) / Les gens, le monde / rare : Canton, région.

       Nota : notre étymologie française de départ, rattachant le mot à un sol (relativement au verbe "peupler") est effacée en latin, seule villes et États sont peuplés... Ceci nous ramène à ce que nous critiquions chez les penseurs invités sur le thème de la gauche et de son supposé peuple - en déshérnece : une sorte de contextualisation hors-sol naturel contre un collectif institutionnalisé. Le mot aurait donc une connotation anthropocentrique d'origine, et une filiation civilisationnelle ?

       Recherche sur le peuple et la Révolution : un site officiel est trouvé !

    http://histgeo.discipline.ac-lille.fr/college/mise-en-oeuvre/mise-en-oeuvre-4eme/presentations-aux-collegues/le-peuple-dans-la-revolution-francaise

       Le peuple non institutionnalisé est absent. Voilà un fil important pour nous... Le texte issu d'un site de l'Académie de Lille (officiel) est très très intéressant ! Et marqué par une vision apeurée, nous remémore les paroles de Vanessa CONDICCIONI (protection de l’État par lui-même).

       EXTRAIT :

        "Texte : Mirabeau définit le mot « peuple ».

        Introduction : qu'est-ce que le peuple ?

        Le peuple, acteur collectif, est difficile à définir. Nous avons la vision d'une masse en révolte parfois incontrôlable. Cependant on peut apporter trois définitions au mot « peuple » :

      - une définition juridique, le peuple est l'ensemble des citoyens, il dispose donc de droits politiques, il fait partie d'un État,

      - c'est également les membres d'une nation qui agit ensemble, qui poursuit un même but, "un collectif d'hommes unis par un passé et par un avenir" (P. NORA. Les lieux de mémoire.),

      - une dernière définition plus sociale et peut-être plus réductrice est celle de "petit peuple" dans lequel on ne verrait que les couches populaires dépourvues de richesse et de pouvoir et qui s'opposent à l'aristocratie. Cette définition donne parfois une vision péjorative du peuple, celle d'une populace, de la canaille, d'une foule qui se caractérise par des mouvements violents, irrationnels, celle d'une masse ignorante qui combat une élite dominante.

    Il faut avoir ces trois définitions en tête pour montrer le rôle du peuple dans la Révolution. Et tout de suite une figure émerge, c'est celle du sans-culotte."

     

    A LIRE : http://revolution-francaise.net/2008/03/20/219-les-ambiguites-du-peuple

    (Ajouté le 26-12-2015 / Suite à l’épisode 2

     

       # Au 04-10-2016, élections présidentielles en vue, c'est le déchaînement médiatique du mot peuple... sans faire rêver un seul instant (manip' à fond : gens absents).

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