• Olier MORDREL & GRALL / GRALL - 1977

     Mépris, esprit, hiérarchie, action, cœur...

      "Olier MORDREL, lui aussi a survécu... Je ne l'aimais pas dans sa trouble gloire, je l'estime dans sa réclusion. Maudit pas les siens, condamné par ses ennemis, il connaît une sorte de relégation morale, après avoir connu un long exil en Argentine. Le drame de cet homme est d'ordonner une passion de Celte selon des critères classiques. Son goût de l'ordre, de la hiérarchie, de la discipline l'ont porté un temps à guigner du côté du fascisme, le remède à l'abaissement de la Bretagne et à l'anarchie profonde des Bretons. Avant même que cette nation eût pleine conscience d'elle-même, Mordrel parlait d'un État fort, musclé, marchant au pas et guerroyant ! Le Duce perçait-il sous le Centurion ? Cet esprit vif, aigu, ardent, au pire moment de l'histoire des idées, se laissa ainsi gangrené par des théories détestables. Son analyse de la situation bretonne fut presque toujours lucide. Les solutions qu'il préconisa furent, elles, moralement et donc politiquement inadmissibles. C'est une curieuse politique, sous prétexte de se libérer du choléra, que de se jeter dans les bras des pestiférés. Pendant la guerre, le salut du Parti national breton aurait pu se trouver à Dublin, non dans la capitale du Reich. L'opprobre jeté sur l'Emsav par cette erreur tragique n'est pas encore dissipé. La honte engloba longtemps, en fait jusqu'à la clarification apportée par Morvan Lebesque, des personnalités irréprochables. Et l'action du chef du P.N.B. fut, pendant de trop longues années, l'alibi des adversaires les plus résolus et les plus sectaires de l'idée bretonne. Quels temps maudits ! Il est toutefois opportun de rappeler que les autorités pétainistes ne furent pas les moins empressées à combattre Mordrel et ses amis. Elle se montrèrent infiniment lus indulgentes à l'endroit des Darnand, des Bardèche et autres reîtres de sang !

       Mordrel a-t-il changé ? Sans doute car il y avait, dans sa politique une certaine dose d'opportunisme. Démon plein de flair et de talent, il n'hésitait pas à s'allier avec le diable. "Je n'ai jamais discuté avec les gens du parti nazi. Je vais vous dire pourquoi. Tout simplement parce que ces gens étaient des imbéciles. Vous n'imaginez pas la lourdeur de leur bêtise. On ne discute pas avec les imbéciles... Non, mes contacts ont toujours eu lieu avec l’État-major de l'Armée allemande". Cette mauvaise excuse explique Mordrel. Ce qui le fascine c'est l'ordre et la conquête. il est hors de doute qu'il a admiré la Wehrmacht. Dans l'espace hexagonal il ne fut pas le seul à se laisser séduire par cette force en marche, bien rodée, longtemps invincible. Une certaine philosophie ultra-rhénane l'y avait préparé. Et cependant, je suis tenté de croire que Mordrel était plus proche de Rome que de Berlin. Il est sourd comme Maurras. C'est un Maurras breton. Il n'écoute pas son interlocuteur. Il est raide, enfermé dans ses certitudes. Il tranche. Il siffle. Il persifle. Un intelligence coupante, plus attentive aux idées et aux événements qu'aux personnes. Une sensibilité oblitérée, à force d'être soumise.. C'est peut-être cette infirmité de cœur qui aura conduit Olier Mordrel sur les chemins les plus désastreux. Trop intellectuel, trop pertinent, il lui manqua cette suprême subtilité que confère parfois l'attention à autrui : Maurras toujours. De ses multiples écrits, on retiendra moins les textes théoriques, si brillants puissent-ils être, que ceux, trop rares, où il sait se dégager des circonstances. Il est l'auteur d'un essai remarquable, Essence de la Bretagne, la meilleure synthèse qui ait été écrite sur l'identité culturelle bretonne à travers toutes les vicissitudes et les malheurs de l'Histoire. Malgré quelques tics sur la race et l'énergie, quelques nostalgies sur la force, cet essai garde toute sa valeur d'actualité alors que son encre en est sèche depuis un demi-siècle. "Je me réfugie dans l'esprit, la seule Bretagne respirable" écrit-il ! Allons, ce n'est pas si mal que demeure l'esprit quand tout a sombré. C'est de là qu'a surgi notre renaissance...

      Beaucoup s'étonneront de mon éclectisme et que, réputé homme de gauche et me ressentant comme tel par une grande part de mes élans et de ma réflexion, je puisse donner à croire que je me compromets avec des hommes d'un autre bord. Avant tout, je me regarde comme un esprit libre et, non partisan, je n'ai d'autre parti que celui de mon pays. J'ajoute qu'il me semble exécrable de juger définitivement les hommes selon leurs idées ou leur classe sociale. J'ai la faiblesse d'être peu doué pour l'action, et cette autre d'être fort doué pour la sympathie. Mes haines durent ce que durent les roses. Tous ceux-là qui, à un titre ou un autre, ont aimé la Bretagne d'amour et qui pour exercer leur passion, ont pris quelque risque, demeurent dans la mystérieuse fraternité du grand royaume celtique. Les Bretons se plaisent dans les hauteurs, l'aventure et l'audace. L'idéal les mord, la générosité les touche. pendant la guerre, ils furent les premiers à s'engager corps et âme dans un côté comme dans l'autre. Sans prudence. Au cours des combats, les maquis de Saint-Marcel furent parmi les premiers les plus opiniâtres. La grande valse de 1968 ne jeta dans les prisons que trois fortes têtes. Il se trouve qu'à part Alain Geismar, ces têtes-là étaient bretonnes : Michel Le Bris et Jean-Pierre Le Dantec. (...) "

       In Le Cheval couché, Xavier GRALL (1977), éditions Calligrammes, 1998, pp. 149-153.

     

       Wikipedia / Mordrel : https://fr.wikipedia.org/wiki/Olier_Mordrel

       Mordrel architecte aussi.

        Aux PUR (Presses Universitaires de Rennes), existe un ouvrage sur Breiz Atao (titre éponyme) dont l'analyse des itinéraires de ses animateurs, dont Mordrel, recoupe en partie celle Xavier Grall.

       PRESENTATION DE L'EDITEUR :

       "Breiz Atao ! Mordrel, DELAPORTE, LAINÉ, FOUÉRÉ : une mystique nationale (1901-1948)

       On ne comprendra rien à Mordrel, Delaporte, Lainé ou Fouéré, tant qu’on s’obstinera à n’en faire que des « collabos ». L’histoire du mouvement breton ne se réduit pas à des épisodes spectaculaires et dramatiques de la Seconde Guerre mondiale : ceux-ci ne furent que la mise en application d’idées énoncées bien avant, partout en Europe, et adaptées à la Bretagne par quelques personnalités hors norme.

      http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=3993

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