• PAGANISME DU NORD / VIKERNES

     PAR-DELÀ LE CULTE DE L'OURS. Et LE SEUL NORD.

    PAGANISME DU NORD / VIKERNES

       Le Soleil (Solen), Edvard MUNCH, 1912-1913. Huile sur toile, 162 x 205 cm, Munch-museet, Oslo, Norvège. Source : http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-Munch/ENS-Munch.html

     

        Le livre de Varg VIKERNES Magie et religion en ancienne Scandinavie (2007) - traduit de l'anglais aux éditions du Rubicon en 2016, est de très bonne facture, descriptif et parfaitement accessible pour qui n'a pas de savoir païen d'Europe plus dégrossi que l'avant-monothéisme ou l'avant-christianisme (notre cas en schématique). Son auteur, chercheur autodidacte en paganisme nordique, d'origine norvégienne, revendiquant son travail en dehors du circuit universitaire (au "bon sens commun" et à l'ouverture d'esprit de juger ses idées et conclusions, déclare-t-il d'emblée), certainement marqué, après une jeunesse "enflammée", par son passage en prison (où il put pousser loin ses études ? en sorte de Philippe Maurice d'un autre genre - motif d'incarcération, état d'esprit et type de production intellectuelle) se prend à un état des lieux précis et parfois très détaillé des croyances et des mythes en cours il y a longtemps, possiblement sur nos terres mêmes, en Bretagne.

       En plus de sa passion mythologique (odalisme, - du dieu païen ODINN ou ODIN), la connaissance de langues nordiques anciennes, le Norrois et le proto-norrois, le font interpréter et ré-interpréter les traces écrites du Nord les plus célèbres, les Runes, chansons et autres formes verbales comprises.

       Il dit n'avoir retenu que deux ouvrages pour étayer et construire sa proposition : Le Rameau d'or (1890) de l'anthropologue écossais réputé Sir James FRAZER (1854-1941), et Fedrekult i Norge (Le Culte ancestral en Norvège, 1943) du missionnaire et historien Otto Emil BIRKELI (1877-1952). Il échelonne ses hypothèses des confins tardifs du paléolithique au néolithique surtout, et jusqu'aux âges du bronze et de fer (voire le haut Moyen-Âge), c'est-à-dire à un pas plus près de nous que la période du culte de l'ours revisité par son épouse Marie CACHET (derniers Néandertaliens et premiers "hommes modernes" a priori), toute chronologie ambiguë (de la richesse et l'incertitude archéologiques pour le moins, d'un certain flou chez ces deux auteurs par ailleurs, propre à l'objet de leurs hypothèses ainsi qu'à leur libre et néanmoins sérieuse approche). Il s'agit, en tout cas, d'une période longue (surtout si l'on apprécie le temps de manière actuelle, où un seul siècle pèse beaucoup, une décennie gravite non loin du siècle, en exagérant à peine) pendant laquelle les communautés humaines ont modifié leurs pratiques (parfois radicalement, on le devine, et on le sait comme le souligne François de BEAULIEU dans une note sur le dolmen des Pierres-plates en Locmariaquer dans le livre Bretagne, 100 ans de photos - archives Jos LE DOARÉ, édité au Chasse-marée / Armen en 2000, page 86 *), alors qu'une partie des us et coutumes, des croyances et des faits a aussi pu perdurer, indéfiniment... (De toucher à cœur et juste ?)

        L'humanité que Varg Vikernes donne à voir, avec et derrière ses mythes, paraît entreprenante, très active et particulièrement réglée... Des noms ? De l'anonymat ? Un calendrier se met en place, sans doute progressivement, mais si (pure formule ironique et légère de notre part) ce découpage annuel archaïque au jour le jour ne décline pas la série de prénoms et dates clés que le calendrier actuel - passé grégorien à partir de 1582 - est aujourd'hui (à peine y voyons-nous les jours sacrés et fêtes de saints qu'il reprend), il est ou devient à l'évidence fondamental pour les personnes qu'il concerne, et fut probablement hégémonique ou très prégnant. Et dieux et déesses (encore fameux et renommés de nos jours au-delà des fins connaisseurs), rois et reines (de plus en plus historiques ? et hagiographiés !) s'y inscrivent définitivement.

       Lecture sous les charmes et névroses (et psychoses) de la thématique de l'anonymat, et davantage : le prisme de la quête de vérité humaine ! (Vikernes et Cachet, découvertes récentes joyeuses et dérangeantes à souhait, à lire et relire sous toutes perspectives).

      

       [* "Le dolmen des Pierres-plates en Locmariaquer appartient au groupe des allées coudées dont on ne connaît que huit exemples en Bretagne. La plupart sont ornées de gravures très originales, généralement symétriques avec des cercles ou des nervures répartis de chaque côté d'un axe principal. La modestie s'impose quand on songe que moins de temps s'est écoulé entre les Romains et nous qu'entre ces mêmes Romains et les bâtisseurs des grands cairns. Combien de révolutions, de schismes, de religions nouvelles et d'hérésies ont pu naître, prospérer, mourir au fil de trois millénaires ? La révélation récente des réutilisations de tronçons de menhirs dans les grands cairns du Morbihan donne une idée de l'ampleur et de la violence des bouleversements culturels (1991)." Page 86]

     

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       "Dragonfly", photographie de Malene THYSSEN, 2002, Danemark. Superbe libellule au nom générique anglais évocateur. Plus loin que le battement d'aile du papillon ? Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/User:Malene/Insects

     

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      Un chêne rouvre (Quercus robur), un hêtre européen (Fagus sylvatica), dans la forêt de Bareilles (49) par BERRUCOMONS, 2008. Deux arbres majeurs de la forêt tempérée, avec l'if et le frêne, tous fleurons de l'univers païen. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Arbres_bareilles.jpg

     

       Varg VIKERNES aborde les temps très lointains par un regard simple et pragmatique (et classique aussi, Jean-Marie PELT en mémoire) : nos grands ancêtres baignaient dans un monde - naturel - dont ils ne comprenaient pas les ressorts "mécaniques". Victimes ? Apeurés ?

       "L'homme avait peur de tout". (p. 16) ou "Tout ce qui l'entourait, même les choses les plus triviales, lui était effrayant, ou, au mieux, incompréhensible". (p. 11)

       Au nord de la planète Terre, confrontés à des saisons changeantes, parfois extrêmement rudes, les hommes pouvaient en effet vivre dans la frayeur profonde, - crainte ontologique ?, que l'hiver arrivant, le renouvellement printanier, porteur de chaleur, de lumière et de ressources variées bénéfiques ne revienne pas. Disparaisse !

       [Nota : Les nombreuses glaciations des terres plus ou moins septentrionales ont aussi pu laisser de profondes empreintes mémorielles (aux "survivants" que sont toujours des descendants), d'autant plus si l'on admet une origine néandertalienne à Homo sapiens, - Homo erectus postulant déjà de telles suppositions, sachant que la peur est une émotion hyper-communicative... mais qu'un climat particulièrement doux semble avoir métamorphosé les conditions biologiques des pays nordiques, à partir de -2700 ans, soit le début de l'Âge du Bronze local et pendant de longs siècles].

       Soleil, astre primordial. Compris comme vital. Centre des préoccupations, et moteur-destinataire présent ou futur de dévotions ?

       "Le Soleil était l'entité la plus importante pour l'homme des cavernes." (p. 12)

       Et d'une première spéculation décisive - le rôle de l'air sur cette boule céleste à l'évidence pourvoyeuse, vents et brises assimilables à l'esprit, des ESPRITS !, par leur proximité au souffle humain lui-même (nombre d'étymologies noue les mots) -, l'observation du milieu, la déduction de corrélations par la répétition de faits (vraies ou fausses en logique), le besoin de "rassurances", l'invocation et l'articulation de ces attitudes ont généré une longue histoire... spirituelle, de plus en plus formalisée, institutionnalisée, aux traces de plus en plus précises (les Runes), aux monuments nombreux et frappants (tumulus, menhirs, etc.).

       ANIMISME au commencement...

       "Les esprits étaient invisibles et puissants, et l'Homme supposait qu'ils se trouvaient derrière toutes les forces incompréhensibles de la Nature. Ils manipulaient la pluie à partir des nuages, du tonnerre et de la foudre, le pouvoir de croissance de la nature, ainsi que tout le reste. L'Homme prenait conscience - ou plutôt pensait que - tout était lié aux esprits.

       L'étape suivante devait donc le mener à découvrir comment pouvoir influencer les esprits, afin qu'ils répondent à ses besoins, dont surtout celui de lumière solaire, de pluie et de fertilité, quand il le désirait et quand il les lui fallait.

       1.2 La MAGIE (majuscules de notre fait)

       En étudiant la Nature, l'homme néolithique (?) apprit que la foudre frappait les arbres et les enflammait parfois. Dans le ciel, le tonnerre succédait toujours à la foudre, et le feu était très semblable au Soleil. Comme lui, il réchauffait les hommes et éclairait leurs environs, même dans les nuits d'hiver les plus sombres. L'Homme présuma donc que le feu avait été transmis du Ciel à la Terre et qu'il se trouvait conservé dans les arbres. Le défi était désormais d'extraire le feu du bois au moment où il en avait besoin.

       Quand, dans sa vie quotidienne, il créait différents outils en silex, de petites étincelles apparaissaient et retombaient au sol, de la même manière que la foudre. Il supposa alors que le même procédé était à l’œuvre dans le ciel ; de puissants esprits devaient frapper de gigantesques pierres les unes contre les autres, afin que la foudre apparaisse et s'abatte sur les arbres pour les enflammer. A un moment donné, il comprit qu'en faisant la même chose il obtiendrait le même résultat. Quand les étincelles qu'il fit naître avec des pierres entrèrent en contact avec du bois sec, puis qu'il utilisa son souffle (l'esprit !) afin d'attiser les petites braises, celles-ci se transformaient parfois en un feu vivant et flamboyant. Eurêka ! Exalté et sidéré, l'homme des cavernes avait découvert comment faire du feu, en imitant les esprits dans le ciel ! Ce fut une avancée majeure, qui eut un impact conséquent sur le façonnage de la mentalité de l'Âge de la pierre. (...)" (pp. 12-14)

       Le cas du feu est exemplaire du raisonnement magique et de pratiques consécutives qui ont pu se dérouler (coïncide-t-il avec l'histoire officielle du feu pour autant ?)... Tous les domaines importants de la vie suivirent plausiblement un chemin similaire, et Varg Vikernes développe rapidement les certitudes qui se sont probablement installées chez nos ancêtres d'Europe, autour de la FERTILITÉ notamment, celle des femmes, et celle des sols, pour déboucher sur des croyances affirmées.

       Avec la magie, l'individu "le plus compétent, le plus créatif et le plus intelligent" (p. 17) a pu prendre du galon. Magicien ! Magiciens... Ces hommes qui étudiaient la nature, déduisaient et expérimentaient en tous domaines vitaux, parvenaient à des résultats, farfelus parfois mais que la grande peur (ontologique) comme l'inquiétude prosaïque pouvaient auto-contenter et sur-inscrire en chacun (superstition), résultats concrets et valables d'autres fois, rationnels ou non, (d'autant plus ?) adoptés collectivement. Varg Vikernes cite les savoirs astronomiques, agricoles, médicaux, maritimes et les bienfaits historiquement recensés et connus de la plus haute antiquité (hors dite "civilisationnelle")... "Les magiciens étaient les scientifiques et les chercheurs de l'Âge de pierre !" (p. 16)

      L'auteur entérine les croyances les plus courues sur la mort (voyage, entrailles terrestres) à ce temps archaïque où la magie "devint de plus en plus complète" (p. 15). Sa version est d'autant plus savoureuse et crédible qu'il semble détenir une relation forte et réelle à la Nature, une empathie singulière pour le vivant et ses expressions, un regard analogique affirmé (l'analogie étant une forme cardinale de la pensée humaine - illustration par la "marge" !) et que les documents qu'il ausculte sont significatifs d'une relation très entretenue à la mort et aux morts.

     

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         Tustrup jaettestue, "(...) the largest passage grave in Eastern Jutland, Denmark. Photographie de Malene THYSSEN, 2004, Danemark. Daté de -3200 ans avant J.-C. ? Sources : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tustrup_jaettestue.jpghttp://www.fortidsmindeguide.dk/Tustrup-gravplads.bs003.0.html et à 360° en intérieur, par Flemming V. LARSEN : https://www.360cities.net/image/tustrup-jaettestue-djursland-denmark

     

       "Quand les hommes mouraient, il était logique de les enterrer dans le sol, afin qu'ils reviennent un jour, comme les baies ou les graines lorsqu'on les plantait dans le sol. On concevait la Terre comme féminine, car les plantes sortaient de son vagin comme les enfants de celui de la femme. Pour le retour des morts, la Femme des cavernes n'avait qu'à toucher le mort dans sa tombe, ou toucher quelque chose avec laquelle il avait été en contact. Elle devait ensuite être rendue fertile, comme décrit précédemment. Quand la femme donnait par la suite naissance à un enfant, le nouveau-né recevait le nom du défunt et était considéré comme la même personne que celle dans la tombe. Et comme le mort n'avait pas de mémoire de ses vies passées, on supposait qu'il avait laissé tout souvenir dans le royaume des morts.*

       *Ceci explique naturellement pourquoi, dans la plupart des régions d'Europe, il est encore de coutume de prénommer nos enfants d'après leurs grands-parents.

       Le Soleil disparaissant dans l'océan à l'Ouest, on présumait qu'il y voyageait par bateau, traversant le royaume des morts, sous la surface de la Terre. Il réapparaissant ensuite à l'Est, une fois son voyage achevé. L'Homme comme toute chose, faisant partie de la nature. Par conséquent, l'Homme des cavernes supposait qu'à sa mort, il voyageait lui aussi dans le monde souterrain, en bateau, à travers l'océan ou un immense fleuve, avant d'être ressuscité par une femme. Il pensait que son voyage causait l'oubli de sa vie antérieure. (...) pp. 15-16.

     

      La démarche prospective et inventive originelle de la magie a cependant fini par accoucher d'un autre temps, explicite Varg Vikernes : celui de la RELIGION... dont le matriarcat a marqué la première période, le patriarcat la seconde, lorsqu'a été compris le rôle masculin dans la procréation (de la "semence" ?).

       Avec sa sédentarisation, le développement de l'agriculture et de l'élevage impliquant de nouvelles contraintes (et facilités), distanciant et transformant les besoins premiers de nourriture, descendance, abris et déplacements en attachements et déports (c'est nous qui affirmons ce cadre), fertilité et intensité solaire demeurant autrement essentiels - mais toujours essentiels, l'homme néolithique et surtout les magiciens eux-mêmes, s'étant progressivement pourvus d'une palette complète de sorts, durent reconnaître leur peu de pouvoir effectif sur les esprits, non sans concession et résistance, de leur part et de la part des habitués, continue de nous narrer l'auteur odaliste...

       "Plutôt que de lancer des sorts, le sorcier devint prêtre et commença à la place, à prier les esprits  en leur demandant de l'aide. Les esprits de la nature, omniprésents et impersonnels, devinrent des divinités anthropomorphes. Comme les prêtres s'adressaient directement à eux, ils reçurent différents noms. Partout les esprits furent nommés, et la seule raison pour laquelle nous - les différentes tribus européennes - les connaissons aujourd'hui sous différents noms s'explique par le développement de langages différents dans les diverses parties de l'Europe à cette époque.

       (...) L'esprit de la forêt, du chêne, de l'eau, de la Lune, de la montagne, du Soleil, de l'amour, et de tout ce qui est, reçurent tous des noms en conséquence. Ils furent nommés, puis les mythes créés afin de transmettre aux générations suivantes la connaissance des dieux et leurs caractéristiques. (...)  

       (...) il n'était désormais pas exclu pour l'homme religieux de penser que l'Homme lui-même pouvait jouer, par imitation, le rôle d'un dieu, gagnant ainsi ses pouvoirs. De magicien-roi gouvernant le monde, le nouveau souverain devint dieu-roi. Il ne jouait pas seulement le rôle d'une divinité : il en était une ! Toute action d'un dieu influençait le monde d'une manière ou d'une autre, le dieu-roi se devait donc d'être très prudent. Il ne devait pas fouler le sol de ses pieds, nos ancêtres devaient donc souvent le porter sur des boucliers ou des chaises, ou le placer dans un chariot. Il ne pouvait pas non plus couper ses cheveux, sa barbe, ni ses ongles, car tout ce que la nature faisait pousser serait alors rasé de même - parce qu'il incarnait la nature. Il lui était aussi interdit de voyager en bateau entre les équinoxes de printemps et d'automne, car une mort prématurée l'emporterait (et la nature avec lui). En certains lieux, les restrictions étaient si nombreuses sur ce que le roi pouvait faire ou non, ce qu'il devait porter, comment et quand il devait se lever le matin, où il pouvait ou non dormir... que cela dût être un vrai tourment d'y être roi.

       La magie ne disparut pas avec l'arrivée de la religion. Elle en devint un élément, et les arbres, les fleurs, les rochers, les métaux, les buissons, les végétaux, les animaux et les oiseaux considérés auparavant comme les manifestations de différents esprits de la nature devinrent les attributs des dieux issus de ces esprits. Les sorts et les traditions des magiciens se transformèrent en fêtes religieuses. En même temps, les esprits et les magiciens continuèrent d'exister, aux côtés des dieux et de leurs prêtres, pendant très longtemps." (pp. 18-20)

       Prêtres esquissés en lieu et place des magiciens-rois, ce sont les DIEUX-ROIS qui prennent donc le flambeau des rituels et pouvoirs sur la nature et ses esprits pour animer, motiver, conduire (gouverner) une communauté aux besoins et aux ambitions de prospérité minimale (maximale !?).

       Qui étaient ces dieux-rois, qui les devenait ? Varg Vikernes précise que, sur des compétences requises, des COMPÉTITIONS étaient organisées, chaque année, afin de désigner les élus, hommes et femmes. La course des mariées, à l'issue de laquelle la reine était choisie, - course maintenue en Norvège sous d'autres formes aujourd'hui semble-t-il, reposait ainsi sur un concours de beauté et des épreuves d'aptitudes manuelles et mentales. Ce pouvait être "coudre un chapeau, une chemise et un manteau, sans parler jusqu'à l'achèvement de l'ouvrage" (p. 24). Pour être roi, des épreuves attendaient également les prétendants, différentes en contenu mais d'ordre tout aussi compétitif sinon davantage (primo-sélection en sus), où la bravoure et la force superlatives faisaient l'emporter. Les Jeux olympiques (de la Grèce antique) sont cités en modèle par l'auteur ? Nombres de capacités devaient être démontrés.

       "Un bon roi devait (...) savoir comment faire du feu, attraper des poissons, trouver de l'eau douce et propre, dompter des chevaux, recueillir du miel et d'autres choses encore qui feraient de lui un bon roi. (...) En plus de cela, les aspirants concourraient dans des courses, lançaient des pierres, des javelots et des haches, nageaient, tiraient à l'arc ou avec des frondes, mangeaient et buvaient, montaient des chevaux et jouaient à différents jeux (connus aujourd'hui sous le nom de tournoi de chevaliers), sautaient et luttaient (...). Les hommes ne concouraient pas seulement lors d'épreuves physiques. Ils devaient composer les poèmes les plus beaux, les plus drôles ou les plus astucieux et s'opposaient dans diverses joutes verbales. La force physique ne suffisait donc pas pour devenir roi. Un esprit sain, vif et alerte était tout aussi important." (p. 27)

       D'autres exigences échoyaient à l'élu masculin, dont celle de promettre "une réalisation spectaculaire dans l'année de son couronnement" et de réaliser cette promesse, tandis qu'un roi insatisfaisant autorisait qu'il soit... tué. Varg Vikernes complète le tableau criminel par le fait qu'au temps de la magie, le roi déchu était directement éliminé par son remplaçant, à l'épée. Non par peur de son retour aux prochains concours (quoique !), mais de sorte que la puissance de celui qui "gouvernait le monde" soit libérée et récupérée par son successeur. Des épreuves symboliques ont succédé à ces pratiques aussi expéditives que significatives dont l'Excalibur du roi ARTHUR est l'une des plus célèbres. (p. 28)

       "Ce système permettait (...) de s'assurer que la reine soit la femme la plus vigoureuse (belle), et le roi l'homme le plus apte et le plus fort d'entre tous." (p. 25)

     

       D'époque en époque, de connaissances en apprentissages et savoirs, de circonstances en renouvellements individuels (c'est notre discours), les modes de désignations royales changèrent. Le passage du matriarcat au patriarcat notamment, instaura d'autres priorités, d'autres valorisations et de nouveaux statuts. Varg Vikernes décrit une évolution dynastique évidente. D'abord pratiquée pour les reines auxquelles on attribuait la filiation, et l'importance (supposée) d'une continuité généalogique, les rois eurent à leur tour, une fois la paternité comprise, héritage du titre par leur père "et non plus les filles de leur mère" (p. 30).

       Ainsi au fur et à mesure des compétitions réitérées au rythme régulier de l'année, soit du cycle solaire sur Terre, amenant au pouvoir roi et reine identiques ou différents d'un podium à l'autre, avec la possibilité que se forme un couple de gouvernants inter-changés (couple variable de l'échec ou du succès aux épreuves convenues, c'est-à-dire absence de mariage durable !), des principes de continuité généalogique se sont-ils institués, substitués, à définition patriarcale pour finir. Une dynastie patriarcale à la place d'une aristocratie  hyper-sélective "pro-matriarcale", pourrait-on résumer qui solliciterait, après les noms d'esprits, le nom de personnes ou du moins de famille ?

     

       Si de telles évolutions sollicitent la question de l'anonymat telle que nous l'avons laissée en suspens (avec Marie CACHET et des interrogations personnelles sur "l'individu" du haut-passé, figure possiblement aussi idéalisée qu'anachronique), si l'ensemble du livre de Varg Vikernes permet d'appréhender une société humaine fermement régie (l'analyse de La Völuspa ou de l'usage des Runes y est exemplaire du soin apporté à ré-approfondir les traces parvenues à nos jours), le gui, et plus encore un calendrier - de pierre éclairent admirablement des arcanes ancestrales qu'il nous importe de considérer singulièrement.

     

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       Plants de gui dans un chêne isolé. Quelques-uns à sa cime. Source : http://biologie.ens-lyon.fr/ressources/Biodiversite/Documents/la-plante-du-mois/le-gui-une-plante-parasite-dispersee-par-les-oiseaux

     

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       La mort de BALDR (ou BALDUR ou BRAGI)."The Death of Baldr de W. G. COLLINGWOOD", 1908." Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:The_Death_of_Baldr_by_Collingwood.jpg

       Voir aussi : https://en.wikipedia.org/wiki/Baldr

     

       Le gui est au principe des mythes rapportés dans Magie et religion en ancienne Scandinavie...

        "La force vitale du chêne se reportait sur le gui pour la durée de l'hiver, et l'arbre était donc inexploitable comme source de pouvoir solaire. Par contre le gui était très puissant ! (...) A l'âge du bronze, l'esprit du chêne devint un dieu, connu alors en Scandinavie sous le nom de BALPUZ ("corps blanc scintillant", "boule") que nous connaissons depuis l'Âge de viking sous le nom de BALDR (alias BRAGI). (...) un mythe nous raconte que Baldr était invulnérable face à toutes les attaques, sauf celle de HÔDR (hood, "la capuche), qui apporta le gui dans l'arène. (pp. 20 & 26)

       Le gui, utilisé comme médicament, baguette magique, tisonnier, protecteur et miraculeux médium était LE moyen de pré-sélection des dieux-rois, avant tout autre concours... "Tous les hommes qui voulaient défier le roi devaient apporter leur propre gui, faisant office de clé pour l'arène." (p. 26)

       "Baldr était invulnérable à toutes attaques sauf celles d'Hödr", avions-nous lu. "La capuche" (succédané de la poche amniotique, le bonnet rouge du nain ou le chapeau du magicien soufflerait Marie CACHET) "avait reçu cette clé de LOKI ("la foudre"), la puissance qui l'avait transmis du ciel au chêne, où Hödr, le magicien encapuchonné, le trouva." (p. 26) Et Baldr put mourir sous les coups du gui de Hödr... Baldr put mourir de la coupe du gui sur le chêne, en d'autres versions, soit la découpe de ses forces hivernales.

       Tant de mythes reposent en effet sur ce gui érigé médium exceptionnel tandis que la mort de Baldr (l'esprit du chêne en humanisation croissante), cristallise autant de scénarios de renaissance, de parcours de trépas à ressuscité, de réincarnations... et surtout de décalque saisonnal... où le cycle solaire, les jours qui passent, d'une chaleur et d'une lumière montantes, puis déclinantes, bientôt presque disparues (que de tracas, il est impérieux qu'elles reviennent), inspirent les comportements à suivre, les temps à respecter, les gestes et les rites à entretenir pour assurer toutes les chances de bonne continuation à la communauté désormais sédentaire, dépendante des biens et ressources locales. Un calendrier (annuel) va donc formaliser mieux que tout l'ensemble de ces croyances et processus.

     

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          Le char solaire de Trundholm sous ses deux faces principales (diurne et nocturne), photographié par Malene THYSSEN (2004). La datation de -1400 ans est avancée Sources : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Solvogn.jpg & https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Solvogn_bagside.jpg

       Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_solaire_de_Trundholm, https://www.facebook.com/230064080465741/photos/a.305912312880917.1073741842.230064080465741/263494997122649/?type=3&theater & sur les chars http://racines.traditions.free.fr/charnava/charnava.pdf

     

        Varg Vikernes nous apprend qu'un rocher sculpté, datant de l'Âge du Bronze scandinave, implanté dans le territoire suédois de Bohuslän porte un calendrier digne de la plus grande attention. Détail ou non : il s'inscrit dans la forme d'une femme et l'auteur, qui l'appelle à la suite "la femme calendrier", en fait le "calendrier ancien" référentiel : "et il le faut pour que tout fasse sens". (p. 36) (Nous n'en avons pas trouvé d'autres informations en dépit de ces indications...)

       Ce calendrier apporterait-il une cohérence mythologique inespérée et s'avèrerait-il être "le plus précis que nous connaissions du monde antique" ? (p. 34) Sous cet auspice, mathématiquement régulé, les données s'orchestrent en effet magistralement sous la plume de l'odaliste et laisse entendre sa force autant que sa prééminence sociale.

       Des mois parfaitement réguliers de 28 jours répartis en 4 semaines, des semaines de 7 jours calqués sur les 7 astres célestes identifiés de longue date par les magiciens, l'aménagement bissextile reporté sur la période du Nouvel an, jour supplémentaire, à l'unité ou la paire... Tel est son découpage fascinant et opératoire. La date de chaque mois se retrouve chaque année le même jour : "le 1er, 8e, le 15e et le 22e jour étaient systématiquement un dimanche", de même lundi, mardi et chaque moment hebdomadaire reprend toujours les mêmes nombres, tandis que le jour du Nouvel An n'est ni un dimanche ni aucun autre jour, mais tout simplement le "jour du Nouvel An"." (p 34)

       Et une année décompte 13 mois comme autant de Maisons Divines ou demeures des Dieux...

       Le calcul est non seulement rond et juste, relativement au décompte calendaire de nos jours (364 jours plus le Nouvel An), mais il s'indexe admirablement sur les mouvements solaires, divinisés (et de plus en plus royaux) autour du dieu Baldr, sachant que le NOUVEL AN, "situé entre le treizième et le premier mois", - "un monde hors de tous les mondes" correspond à ce que l'on appelle aujourd'hui encore HALLOWEEN, "soir de l'initiation" en anglais,  ou SAMHAIN en gaëlique, soit "fin de l'été"... (pp. 36 & 37)

       Le  calendrier de Bohuslän apparaît le recensement et le guide extraordinaire d'une vie communautaire particulièrement croyante et organisée, où les dieux (rois !), les déesses (reines !), sous une nomenclature aussi débridée que sévère, et surtout nette - si l'on en croit Varg Vikernes, après ses quelques opérations linguistiques ou rationnelles d'ajustement, imposent de strictes opérations, eux-mêmes étant les premiers concernés, acteurs dynamiques pleins de bravoure, innervés de péripéties.

     

       Magie et religion en ancienne Scandinavie fait entrer dans le déroulement d'une année, dans la magnificence et la violence des croyances - et des mœurs consécutives - dédiées au retour du Soleil, aux fructifications attendues de lui.

       C'est passionnant, empli de moments forts, où l'ours et le loup, la forêt, les combats, les sacrifices, les entrailles terrestres, les "entre-sort" ténébreux (au sein des tumulus et autres antres telluriques !), les voyages au bout de la vie, les fraudes, les ruses s'enchaînent pour que les victoires triomphent, la nature abonde, où les faits doivent se répéter, en rituels aussi fabuleux qu'inévitables et vitaux.

       L'importance des secrets, de la transmission, de la continuation, des capacités effectives, du respect, d'un ordre - exigent, à toujours accomplir laissent imaginer une culture en quête de vertu, de succès, mais aussi doublement attelée (aux contraintes de la sédentarité productive et aux obligations religieuses) qu'une division des tâches allège mais découpe en son sein, et sépare de la réalité naturelle, paradoxalement (ou devant s'efforcer d'y revenir) en plus de hiérarchiser humainement, implicitement (car les dieux ne sont pas vraiment humains, ou vite redevenus si tromperie se révèle !).

       Le souci de survivre là où l'on a fini par s'installer (néolithique) mènerait-il à d'autres installations, institutionnelles vouées aux péripéties des pouvoirs temporels après les spirituels...

       Sans déflorer davantage ce livre aussi informatif que réflexif, certainement nécessaire pour qui s'interroge sur le paganisme et ces hommes partout présents, en Europe au moins, qui édifièrent de si impressionnants monuments que sont les cairns et les dolmens dans un silence scriptural encore lourd aujourd'hui, outre un incroyable ballet polythéiste, une communauté humaine (aux proportions numériques toutefois inconnues) prend vie, avec des excès et des simplicités plus ou moins efficaces, une communauté connue pour être inconnue.

       Avant qu'une "foule d'anonymes" sous le joug de divinités d'essence solaire au renom de fait "universel", un "corps" uni dans la foi, les codes et les règles agissantes, producteur et projeté sur le fruit et la persévérance des acquis (ceux des ancêtres, ceux du savoir et des résultats) transparaît.

       L'émergence de personnalités aux pouvoirs voulus et rendus exceptionnels, rigoureusement élues d'abord, attendues et jaugées de fait (ensoleillement voire récoltes) plus continûment, ont pu amener vers de nouveaux horizons, familiers ou déformés à nos regards modernes comme autant d'adaptations ou déviations (plus que dérives ou dévoiements) face aux devoirs et avantages qu'offre toute situation, favorable ou difficile. Logiques intrinsèques à l'acceptation de la démesure et du secret - faits de renom, de pouvoir dynastique assorti de rivalités intestines, et de scissions entre détenteurs de pouvoir et récipiendaires attentifs, tous éventuellement "impitoyables", font planer l'ombre d'évolutions diverses et moins aimables  : abus de pouvoir, tricherie, extorsion de biens et avantages, vengeance, etc., travailleur tantôt paresseux tantôt ployé sur sa faucille, roi-reine manipulateur ou saigné d'obligations, d'un anonymat ou d'un nom  (l'un et l'autre cachés derrière la fonction) profitables et assimilé ! [L'on peut aussi rappeler que, de bilan mégalithique lapidaire (!), les sépultures monumentales du néolithique délivrent selon les époques et les lieux des tombeaux collectifs ici, individuels là - honorifiques ou  "démocratiques" (plébéiens !). - A vérifier cependant.]

       Dans une fresque qu'on peut regretter être brossée sur une chronologique cavalière, carencée en substrat géographique (et climatique) - mais là n'est pas son objet non plus, Varg Vikernes offre une extraordinaire galerie mythologique, plus cohérente que jamais ?, éloquente, richement dotée en aventures, en exploits et noms, probablement déployée, chantée en différentes langues et nombreux pays - selon l'auteur, pour le plaisir de la renommée et de l'expansion des connaissances (doublées d'erreurs !?), galerie mythologique qui ne peut que recouvrir une réalité humaine, un jour... - de longs siècles, vécus, au moins "cervelée".

       Dans la tête de tribus, de clans !, complètera volontiers l'auteur, promoteur ardent ici ou là, avec retenue et inspiration dans son livre (et c'est fort appréciable). Une tribu immergée dans la nature, quoiqu'elle ait entrepris d'émancipation collective à ce giron, y revenant incessamment par la récolte et la religion (pour s'en éloigner d'autant plus certainement ?), répond aux assauts des circonstances (cadeaux et fatalités), avec tentative évidente d'ambition, aspiration positive. HONNEUR ?

      "(...), en dépit du fait qu'elle était dénuée de toutes les notions tordues du "bien" versus mal", du châtiment, du péché et des promesses creuses du salut, elle (la religion européenne ancienne) comprenait un élément moral. L'honneur signifiait quelque chose pour l'ancien Européen, que l'on voyait comme honorable lorsqu'il était magnanime, plein d'esprit, sage, gentil, ingénieux, et doux autant que loyal, beau, vigoureux, fort, habile, courageux, insouciant et impitoyable." (p. 137)

       Voir aussi : (vindicatif, façon guide-vidéo Thuleanperspective) https://thuleanperspectivefr.wordpress.com/2013/08/30/le-seigneur-des-elfes/ & (universitaire façon frange)  http://tsukeshoin.eklablog.com/europe-du-bronze-verhagen-1983-a119906812

     

    PAGANISME DU NORD / VIKERNES

       "Copy of the Cammin shrine, at display at the National Museum (Nationalmuseet) in Denmark", Malene THYSSEN, 2004. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Camminskrinet.jpg

     

      Une autre "fiche" de lecture du livre nécessaire de Varg Vilernes, aussi nécessaire que celui de Marie Cachet, trouvée après coup : http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2016/10/03/chronique-de-livre-varg-vikernes-magie-et-religion-en-ancie-5855793.html

     

     # Pour mémoire, le 03-07-2017, Alain de BENOIST ayant  publié une ouvrage à propos des runes : http://echelledejacob.blogspot.fr/2017/07/les-runes.html

       Nota : A la suite du petit livre de Pierre-Rolansd GIOT consacré au dolmens et aux menhirs, nous découvrons ici la notion de prédiction et de faits divinatoires. Ce n'est pas ainsi que Varg Vikernes nous avait comprendre le paganisme, à moins que nous nous soyons montrée obtuse : ce sont des actes et des paroles effectués qui tâchaient de faire venir ce qu'attendu que nous avons compris des rites très anciens, ceci de manière extrêmement pragmatique, allouant certains pouvoirs supérieurs à certains individus ou forces terrestres et non des capacités surnaturelles de prévision, de savoir ultra-pénétrant. A voir donc, particulièrement s'il n'y a pas conflit (ou complément) d'interprétation...

     

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