• Pommes symboliques / PELT - 1994

    PAUSE ALCHIMIE 05 / POMMES

    PAUSE ALCHIMIE 05 / POMMES

       Sources : http://fr.questmachine.org/Pommier

     http://jardinage.comprendrechoisir.com/plante/voir/1/pommier

       "(...) La pomme et le pommier sont d'une richesse symbolique extraordinaire. On impute à ce fruit le très fameux désastre qu'appela la gourmandise d'Adam et Eve, réputés impénitents croqueurs de pommes. En fait règne ici une ambiguïté fondamentale : jamais la Bible n'a parlé de pomme en ce qui concerne le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal ; simplement, dans sa traduction latine, fruit se traduit par pomum, ce qui par glissement sémantique, est devenu "pomme" ; car, en latin, pomme se dit malum, d'où, par un autre glissement sémantique, l'idée que cet arbre portait le mal ! Il y avait en fait au jardin d’Éden deux arbres nommément désignés par Dieu : l'arbre de vie, dont le fruit conférait l'immortalité, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal, dont le fruit induisait la peine, la souffrance et la mort.

       L'arbre de vie symbolise la connaissance intuitive, celle de l'enfant  et du poète. Celui de la science du bien et du mal représente la connaissance déductive, celle du savant prométhéen, qui provoque la chute. Selon l'abbé BERTRAND, le symbolisme de la pomme lui viendrait de ce qu'elle contient en son milieu, formé par les alvéoles qui renferment les pépins, une étoile à cinq branches : le "pentagramme" (ou pentacle), symbole favori des pythagoriciens. Le pentagramme exprime une puissance faite de la synthèse de forces complémentaires. C'est pour cette raison que les initiés auraient fait de la pomme le fruit de la connaissance et de la liberté ; manger la pomme signifierait donc pour eux "abuser de son intelligence pour connaître le mal, de sa sensibilité pour le désirer, de sa liberté pour le faire...". Mais comme toujours, les symboles sont réversibles. Le fait que le pentagramme, symbole de l'homme esprit, soit niché à l'intérieur de la chair de la pomme, symbolise aussi l'évolution de l'esprit dans la matière charnelle. Bref, la pomme donne à connaître à l'homme deux directions : l'une entraîne vers une vie purement matérielle par une sorte de régression (c'est "croquer la pomme", ou encore l'emblème ambigu de New York, The Big Apple) ; l'autre, vers une vie spirituelle qui va dans le sens de l'évolution progressive. A chacun de choisir : soit la voie des plaisirs terrestres, soit celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance de l'alternative et de la nécessité de choisir.

       Si les traditions populaires du haut Moyen Age ont jeté leur dévolu sur la pomme pour en faire le fruit d'Eve et d'Adam, elles en donnent pour témoignage la saillie que fait chez l'homme le premier cartilage du larynx. Séduite par l'aspect engageant de la pomme, Eve la mangea, ne laissant à Adam que le trognon ; c'est ce trognon qui lui resta en travers de la gorge, formant ce qu'on appelle la pomme d'Adam.

       Avant l'invasion romaine, les Gaulois avaient baptisé la pomme aval : Avallon est donc la ville des pommes. Mais les Anciens situaient la la ville des pommes non pas dans le Morvan, mais sur une île de la Baltique d'où APOLLON, dieu grec importé du Nord, était aussi originaire. C'est là que vivaient les fameux hyperboréens, ces mystérieux peuples septentrionaux qui intriguaient tant la Grèce antique. La fameuse ville d'Avallon, chère à la mythologie celtique, n'est autre que, en fait, que le royaume des morts peuplé de pommiers celtes, là où vivent toujours l'enchanteur MERLIN et le roi ARTHUR, qui viendra un jour délivrer les Bretons... Ainsi le veulent les antiques traditions celtiques : la pomme semble avoir été considérée ici comme un élixir de jeunesse, sinon d'éternité.

       On lit dans le Cantique des cantiques cet hymne de la bien-aimée à son amant : "Une pommes entre les baies des arbres de la forêt, tel est mon bien aimé parmi les jeunes gens. En mon désir, je m'étends à son ombre. Son fruit est suave à mon palais. Il m'a menée à son destin et couverte de son amour comme d'un étendard. Restaurez-moi de gâteaux et de raisins, ranimez-moi avec les pommes, je suis malade et c'est d'amour (1)... Toujours dans la Bible, le Livre de Joël s'ouvre sur les méfaits d'une nuée de sauterelles : "C'en est fait de la vigne et du figuier, du grenadier et du palmier, du pommier et des autres arbres dans les champs desséchés. La gaité s'est retirée de chez les humains (2)."

       On notera que la pomme - et la poire encore davantage - évoque vaguement un cœur. Qu’Éros y décoche une flèche et voici qu'apparaît le traditionnel symbole de l'amour sculpté dans l'écorce des arbres par les amoureux transis. Amour sempiternel quand ce doux graffiti s'accompagne de formules richement inspirées comme le très prosaïque "A Lili pour la vie".

       Mais regagnons vite les sommets. Là, la pomme ronde symbolise par sa forme aussi la Terre ; la détenir, c'est posséder le pouvoir. Aussi vit-on les empereurs chrétiens d'Orient, puis CHARLEMAGNE, la tenir en main, surmontée d'une croix, jusqu'à ce que les Turcs emportent et l'empereur et la pomme et la croix... Dieu merci, Napoléon vint et restaura, le temps de l'immortaliser par quelques peintures célèbres, la globe sacré, symbole de l'Empire - avant que celui-ci ne finisse en poire blette !

       Reste la mythologie grecque qui, concernant le symbolisme de la pomme, est littéralement intarissable. A commencer par les fameuses pommes d'or du jardin des Hespérides. Les Hespérides sont les nymphes qui peuplent un verger que la tradition situe à l'Extrême-Occident : Maroc, Mauritanie, Canaries, Portugal ? En tous cas, au-delà des portes d'Hercule (Gibraltar). Elles ont pour mission de veiller, avec l'aide d'un dragon aux cent têtes, sur le verger des dieux ou pousse l'arbre aux pommes d'or. Celles-ci appartiennent  à la déesse Héra et passent pour procurer l'immortalité à ceux qui les détiennent. Pour l'accomplissement de son onzième travail, Hercule dut aller quérir ces pommes réputées. Après un voyage mouvementé vers le jardin des Hespérides, les traditions divergent. Selon les unes, Hercule amena par la ruse le géant Atlas, qui soutenait le colonnes du ciel à l'Extrême-Occident, à les voler à sa place : Hercule lui aurait proposé de porter lui-même le ciel cependant qu'Atlas se rendrait jusqu'au verger. Heureux de se reposer quelques instants, le géant accepta et partit à la recherche de ces fameuses pommes, que les Hespérides lui confièrent sans difficulté. Mais, à son retour, il refusa de reprendre son fardeau ; Hercule fit mine d'accepter, mais demanda à Atlas de tenir le ciel simplement un instant, le temps pour lui de prendre un coussin et de le poser sous sa nuque. Tandis que le géant s'exécutait, Hercule prit les pommes et s'enfuit. Grâce à ces fruits d'immortalité, il réussit avec succès sa douzième et dernière épreuve : descendre aux Enfers et en remonter vivant. Pour d'autres traditions plus récentes, Hercule se serait lui-même emparé des pommes après avoir tué le dragon Lagon ; il les offrit ensuite à la déesse Athéna qui l'avait protégé à plusieurs reprises au cours de sa route. Mais, prudente, celle-ci les fit rapporter au jardin des Hespérides.

       On a pu voir dans ce symbole d'immortalité des oranges ; mais il s'agit là d'une grossière erreur chronologique, les agrumes n'ayant atteint le Bassin méditerranéen qu'à l'ère chrétienne. On penche aujourd'hui, nous l'avons dit, pour des coings.

       En fait de pommes d'or, la mythologie grecque est loin d'en rester là. Pâris, fils de Priam, roi de Troie, était un jeune homme d'une grande beauté qui vivait sur le mont Ida où il gardait les troupeaux. Il rencontra un jour trois déesses, Héra, Athéna et Aphrodite, lesquelles se disputaient une pomme d'or qu'une autre déesse, Éris, la Discorde, avait jetée parmi la foule des dieux lors des noces lors des noces de Téthys et Pelée. Cette pomme d'or portait l'inscription "à la plus belle". Or chacune des trois déesses prétendait la mériter. Sur le conseil de Zeus, elles se rendirent sur le mont Ida pour s'en remettre au jugement de Pâris. Chaque déesse lui fit des promesses mirifiques : Héra lui offrit l'empire de la Terre entière, Athéna la sagesse et la victoire dans tous les combats qu'il livrerait, Aphrodite l'amour de la plus belle femme du monde. Pâris accorda la pomme à Aphrodite, s'attirant du même coup le courroux des deux autres. Mais Aphrodite tint sa promesse et précipita le jeune homme dans les bras d'Hélène, épouse du roi de Sparte, MENELAS ; et les jeunes gens connurent un amour éperdu. Les frères et sœurs de Pâris exigèrent qu'il rendit Hélène à Ménélas, mais il n'en voulut rien savoir. Finalement, les Grecs, commandés par AGAMEMNON, frère de Ménélas, réunirent une immense armée et vinrent mettre le siège devant Troie ; celui-ci se termina par la ruine de la ville et de la lignée de Priam. Le récit d'HOMERE, l'Iliade, commence au début de la dixième et dernière année du siège de Troie...

       Mais il est temps de croquer la pomme ! (...)"

       (1) Le Cantique des cantique, 2 3-5

       (2) Joël, 1-12

     

       In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 101-107.

     

       Rebelote à se référencer à La vie du jardin, blog dédié aux espèces végétales sous les angles les plus variés, en fin d'article, d'autant que la pomme comme symbole de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et comme signe de pouvoir terrestre notamment y sont plus abondamment décrits que par Jean-Marie Pelt :

       "Dans le Cantique des cantiques, ORIGENE enseigne que la pomme symbolise par sa saveur et son odeur, la fécondité du Verbe divin.
     L'abbé E. BERTRAND, cité dans "La symbolique maçonnique" de J. BOUCHER affirme : "Le symbolisme de la pomme lui vient de ce qu'elle contient en son milieu, formée par les alvéoles qui renferment les pépins, une étoile à cinq branches... C'est pour cela que les initiés en ont fait le fruit de la connaissance et de la liberté. Et donc, manger la pomme, cela signifiait pour eux abuser de son intelligence pour connaître le mal, de sa sensibilité pour le désirer, de sa liberté pour le faire. Mais comme il est toujours arrivé, la foule du vulgaire a pris le symbole pour la réalité. L'enclosement du pentagramme, symbole de l'homme-esprit, à l'intérieur de la chair de la pomme, symbolise en outre, l'involution de l'esprit dans la matière charnelle.
    Mais aussi R. AMBERLAIN mentionnait dans L'ombre des cathédrales : "La pomme, même de nos jours, dans les écoles initiatiques, est le symbole imagé de la connaissance, car, coupée en deux- dans le sens perpendiculaire- nous y trouvons un pentagramme, traditionnel symbole du savoir, dessiné par la disposition des pépins...
        Pour Paul DIEL, la pomme signifie globalement les désirs terrestres qui s'opposent à la vie spiritualisée, sens de l'évolution et serait la connaissance de cette nécessité, celle de choisir.
       Cette interprétation rejoint celle de Charles MILTON qui voit en Eve, le choix de la consommation à celle de la contemplation.
        Dans les rêves- manger des pommes douces et sucrées annonce le bonheur, des pommes acides annoncent rivalités, discorde et disputes."

       "La Genèse ré-écrite par l’Église catholique- nous présente le fruit défendu comme étant une pomme. En réalité, il s'agit d'une mauvaise traduction du mot latin pomum qui signifie "fruit". Pomme en latin se dit malus.
        Comme le fait remarquer Robert GRAVES, la pomme était dans la littérature et les traditions européennes, le fruit de la maturité. Lorsque la légende d'Adam et Eve atteignit l'Europe du nord, on y compris que c'était le fruit de l'arbre de la connaissance, arbre également d'immortalité ; ainsi les bardes traduisirent "fruit" par "pomme", sans faire le lien entre la feuille de figuier qui couvre Eve et le fruit.
        Une autre interprétation, veut que ce soit la religion, au Moyen-Age, qui, afin de confondre la pomme avec le mal, malus, donna la pomme, malum comme fruit défendu.
        La religion catholique interpréta :
        - l'arbre de la connaissance, comme celle du bien et du mal. Or le bien et le mal faisant partie d'une même entité, les rend relatif l'un par rapport à l'autre, chacun portant en soi, une partie de l'autre.
        - la pomme image du péché de la chair, péché originel qui a pour conséquence la culpabilité et sa transmission à toutes les générations.
        Remarquons que sans ce péché, l'humanité se serait réduite à deux individus sans descendance, immortels, soit, mais bien seuls !
        Une autre interprétation, donnerait à la pomme le symbole de la perte de l'innocence de l'amour qui se ferait alors concupiscence ; l'Amour des Grecs étant bien représenté par un enfant, Éros."

       "Figure du globe terrestre, la pomme vint à symboliser le pouvoir suprême et la domination, ce qui fera des successeurs de César les descendants d'Aphrodite-Vénus représentée portant une pomme d'or et un globe terrestre.
        Marcus Aurelius Severus Antoninus Augustus fut le premier d'entre eux qui se fit représenter un globe dans la main gauche, figure de l'orbis terrae, repris plus tard par les papes lors de la bénédiction urbi et orbi qui en est une rémanence.
        Les empereurs chrétiens le surmontèrent d'une croix afin de montrer qu'ils gouvernaient au nom du Christ-Roi. A Constantinople, la statue équestre de l'empereur Justinien le représentait tenant un globe de cuivre doré que le peuple appelait la "Pomme rouge".
        Le globe resta l'insigne des empereurs germaniques jusqu'à Napoléon Ier.
        De même, chez l'enfant Jésus, la pomme fut remplacée par une sphère surmontée d'une croix, le tout signifiant "Jésus-Christ, maître du monde".

        Source : http://www.la-vie-du-jardin.com/pop-ups/pommier/pommier.html

       Merci encore ! Admirable !

     

    Avallon

       Source : http://www.archiveseroe.eu/bernard-rio-a48287920

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