• Progrès / DARWIN / GOULD (1996) - 1997

    SUPÉRIEUR / INFÉRIEUR aussi

    Darwin mature

       Charles DARWIN (1802-1889)

       Source : http://pratclif.com/darwin/rss.htm

     

       "Bien que la théorie de la sélection naturelle ne contienne aucun énoncé sur l'existence d'un progrès général et ne propose aucun mécanisme pouvant engendrer ce progrès, la pensée occidentale et les faits incontestables d'archives fossiles qui débutèrent avec les seules bactéries pour mener aujourd'hui jusqu'au noble être humain réclament à l'unisson un argument qui placerait le progrès au centre de la théorie de l'évolution.

       Charles DARWIN se délectait du radicalisme de la philosophie sous-tendant sa biologie. Ses premiers carnets explosent en cris de joie devant le caractère scandaleux de ses conjectures. Il note par exemple, pour lui-même, que notre sentiment du divin découle d'une particularité de notre organisation neurobiologique. Seule notre arrogance, poursuit-il, explique notre extrême réticence à attribuer nos pensées à un substrat matériel :

       "L'amour de la divinité, [un] effet d'organisation ? Matérialiste, va !... Pourquoi serait-il plus extraordinaire à considérer la pensée comme une sécrétion du cerveau que la gravité comme une propriété de la matière ? C'est notre arrogance, notre admiration de nous-mêmes."

       Si, des années plus tard, notamment lorsqu'il livra son œuvre à l'appréciation du public, Darwin mit un frein à son exaltation, il ne se défit jamais de son  radicalisme  et, comme l'a montré la première partie, nous n'avons donc jamais pu ou voulu achever sa révolution au sens de FREUD en acceptant les conséquences déstabilisatrices du darwinisme pour l'arrogance humaine. Aucune des idées outrées * de Darwin n'aurait pu être plus intolérables que sa négation du progrès comme résultat prévisible des mécanismes du changement évolutif. La plupart des autres évolutionnistes du XIXe siècle, y compris LAMARCK, présentaient des théories bien plus sympathiques, faisant d'un progrès prévisible une de leurs  composantes fondamentales. En fait, notre langue a préféré le mot évolution pour décrire ce que Darwin avait appelé "descendance avec modification" ; la plupart des penseurs victoriens identifiaient en effet le changement biologique au progrès, et le mot évolution, propulsé en biologie par les plaidoyers de Herbert SPENCER, signifiaient "progrès" (littéralement "déploiement") dans l'anglais vernaculaire. Au début Darwin refusa ce mot parce que sa théorie ne contenait aucune notion d'amélioration générale en tant que conséquence prévisible d'un mécanisme de mutations. Évolution n'apparaît nulle part dans la première édition de De l'origine des espèces, et ce fut seulement en 1871, dans La Descendance de l'homme, que Darwin l'utilisa pour la première fois. Il n'aima jamais ce mot et s'y rallia uniquement parce que le terme de Spencer était entré dans les mœurs.

       Darwin ne craignait pas d'afficher son non-progressivisme. Il griffonna dans la marge d'un éminent ouvrage défendant le progrès dans l'histoire de la vie : "Ne dites jamais supérieur ou inférieur." Et dans une lettre (du 4 décembre 1872) au paléontologue Alpheus HYATT, qui avait proposé une théorie évolutionniste fondée sur un progrès intrinsèque, il écrivit : "Après mûre réflexion, j'ai la ferme conviction qu'il n'existe aucune tendance naturelle au développement progressif." (Occupant aujourd'hui le vieux bureau de Hyatt, leur relation a pour moi une signification particulière)

       Cette dénégation du progrès ne résultait pas d'une simple préférence philosophique d'ordre général, mais était techniquement imposée par un aspect précis de sa théorie. Selon une célèbre anecdote, lorsqu'il découvrit le contenu de cette théorie, T. H. HUXLEY s'avoua "extrêmement stupide" de ne pas y avoir lui-même imaginé le principe de la sélection naturelle. Contrairement à d'autres idées célèbres (et véritablement hermétiques) de l'histoire des sciences, la sélection naturelle est un concept remarquablement simple - essentiellement trois faits indéniables, suivis d'une conclusion évidente, presque syllogistique. (Je dis "simple" dans la mesure où l'on considère uniquement ses "mécanismes de base" ; les conclusions et conséquences qui découlent de l'action de la sélection peuvent, en revanche, être tout à fait subtiles et complexes.)"

       * En français dans le texte.

        In L’Éventail du vivant. Le Mythe du progrès (1996), Stephen Jay GOULD, Seuil, 1997, pp. 170-172.

     

    Progrès / DARWIN ( / GOULD (19- 1989

       Charles Darwin

       Source : http://pratclif.com/darwin/rss.htm

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