• PROTEINES MON AMOUR... 05

     Chaîne (humaine) d'abattoir / LEPETIT et d'autres

    CHAÎNE A L'ABATTOIR / LEPETIT (2016)

       Source : http://www.ouest-france.fr/charal-depuis-labattoir-jusqua-lemballage-521692

       Autre industriel de la viande : Charal. Mots du discours commercial :

       "Notre matière première est très complexe", confie Bruno AURIEUR, directeur du site de Cholet.

       "... phase de désassemblage"  " "sensibilité" du produit"

       "Pas de robotisation à outrance, d'ailleurs, "nous restons une industrie manufacturière". Une heure environ se passe entre l'abattage de l'animal et la mise au frigo, dans des chambres froides où la température est comprise entre 0 et 2 °C."

     

       Entrée du personnel : http://neptunya.fr/entree-du-personnel-un-documentaire-sur-les-abattoirs/

     

    CHAÎNE A L'ABATTOIR / LEPETIT (2016)

       Source : http://www.ardennevolaille.be/abattoir/conditionnement-et-emballage/

     

       "(...) Trois semaines à la chaîne chez DOUX. Trois semaines à mettre des poulets dans des cartons, comme une intérimaire anonyme. Trois semaines à partager ce qui est le quotidien de milliers de personnes, dont on ne parle que lors des débordements de colère : c'est la démarche entreprise en janvier dernier par la jeune femme [Bérangère LEPETIT, journaliste] et qu'elle raconte dans un livre, Un séjour en France. "La première fois que j'ai mis les pieds dans le Finistère, c'était en août 2013, pour un reportage chez Tilly-Sabco, à Guerlesquin. J'avais fait un tour de l'abattoir et j'avais été surprise des conditions de travail. Je m'étais dit que c'était une image des ouvriers qu'on a pas l'habitude de voir dans les médias." Ces silhouettes coiffées de charlottes en papier bleu, découpant et emballant des animaux qu'on retrouve ensuite dans les rayons de supermarché, n'ont pas été racontées par ZOLA ou célébrées par le Parti communiste : "Je découvrais une image de mon pays et du monde du travail qui n'entrait pas dans mes cases. Cette classe ouvrière qu'on disait en voie de disparition, qui s'éteignait en tout cas peu à peu autour de Paris, en Seine-Saint-Denis, dans l'Oise était là. Nombreuse, en bloc, emmitouflée dans des blouses et des gilets de froid à manipuler des poulets, du porc ou du saumon. Un peu frigorifiée, mais vaillante, très féminine, docile aussi."

       Un étonnement "un peu naïf", admet sans faux semblants cette fille de pédiatre, plus habituée à côtoyer les conseillers ministériels que le Centre-Bretagne. Mais qu'elle revendique : "Quand on est journaliste, c'est nécessaire de s'étonner toujours, de ne pas être blasée. En dehors de la Bretagne, beaucoup de gens ne se rendent pas compte de cette réalité-là". Alors, Bérangère Lepetit demande et obtient quatre semaine off à son journal. Et se fait embaucher, en maquillant son CV, comme intérimaire dans le Finistère. Deux jours chez Monique RANOU, à Quimper, puis trois semaines chez Doux, à Châteaulin.

       Et le choc est réel. La volonté vacille dès les premières heures. "Quand je me suis retrouvée à la chaîne, je me suis demandé si je n'avais pas surestimé mes compétences..." Les conditions de travail sont difficiles. Ces mots sont banals, mais Bérangère Lepetit les vit alors dans sa chair. Les gestes qui fatiguent les muscles et brisent les articulations. La précarité qui renvoie d'une semaine sur l'autre des intérimaires pourtant employés depuis des années. Le froid qui envahit le corps chez Monique Ranou. Le bruit insupportable chez DOUX, qui vous force à avaler des Doliprane à la pause pour venir à bout de la barre qui vous ceinture le front. "On travaille avec des protège-oreilles, ce qui fait qu'on ne peut pas communiquer avec son voisin. Plus que la pénibilité physique, ce que j'ai trouvé dur à la chaîne, c'est l'ennui. Le temps qui passe très lentement. Quand on fait les mêmes gestes, qui sont automatiques, on se transforme en machine. Il faut presque se forcer de penser à ses gestes. il faut trouver en soi les ressources de s'évader."

       "Mon corps est ici mais mon esprit est ailleurs, et je les emmerde" résume une collègue. Et Bérangère Lepetit raconte avec un regard d'anthropologue les petites stratégies pour "rester vivant". Mâcher un chewing-gum, porter un collier ou se maquiller les yeux, autant de choses pourtant interdites sur la chaîne, pour raisons d'hygiène. Ne pas regarder la montre pour ne pas subir l'incroyable lenteur du temps qui s'écoule. Calculer savamment le meilleur moment pour aller aux toilettes, pour arracher cinq ou six minutes à la cadence. "Le fait de se passer des bonbons ou de contourner ces interdits permet  de créer un lien, une complicité, de se dire qu'on n'est pas des machines !"

       Une mise en scène pour le ministre

       Mais le plus dur reste peut-être l'indifférence. Celle qui transforme la visite d'un ministre en simulacre. Car en ce mois de janvier 2015, Emmanuel MACRON vient à l'usine. Une forme de réparation, après ses propos  vexants sur illettrisme  des ouvrières de l'agroalimentaire. Mais chez Doux, la visite tourne à la pièce de théâtre, où les travailleurs ne sont que les spectateurs. Pas d'annonce officielle : Bérangère Lepetit apprend la nouvelle la veille, quand elle pose une question au sujet d'une affichette qui précise que certaines places de parking ne seront pas accessibles le lendemain. Ensuite, la mise en scène : la cadence de la chaîne ralentie, les locaux lustrés plus que de coutume, les consignes plus strictes. "On nous a mis la pression, on nous a demandé de boutonner nos blouses jusqu'en haut, qu'il n'y ait pas de mèche qui dépasse de la charlotte, qu'on soit des ouvriers parfaits, avec une chaîne parfaite, qu'on fasse de beaux cartons avec des poulets bien rangés."

       Le ministre passe de loin. Accompagné d'une nuée de journalistes. Et c'est tout. Les cadences reprennent en accéléré pour rattraper le retard. Pas un mot échangé. Pas un remerciement de la direction. "Le ministre était venu chez Doux pour saluer les bons résultats de l'entreprise, qui est en croissance depuis le début de l'année. Mais les ouvriers n'ont pas été impliqués, la plupart n'ont même pas vu le ministre (quelle chance ! J'peux plus me retenir). A aucun moment on a dit aux gens : un ministre vient demain pour saluer les bons résultats de l'entreprise. Les gens sont payés au Smic pour faire un boulot pénible, ils sont eux-mêmes les artisans de cette réussite et quand il y a des remerciements à faire, on ne les adresse pas à eux..." (...)"

       In "Bérangère LEPETIT, J'ai travaillé à la chaîne chez Doux", Maiwenn RAYNAUDON-KERZHERO, Bretons - Ouest-France, n° 113, octobre 2015, pp. 36-38.

     

       Bientôt sur Arte (pour ceux qui ont la télé) : http://www.arte.tv/guide/fr/060221-000-A/avec-le-sang-des-hommes

     

       Et avant, avec son PC et Faux-derches (Salut papa, ils sont toujours là !), recommandable (c'est aussi un blog) :

       Source : https://www.youtube.com/watch?v=JKOGvaY2ygE

     

    CHAÎNE A L'ABATTOIR / LEPETIT (2016)

       Passons à la commande (on va me dire que j'ai un goût un peu prononcé - donc douteux  ? - pour les eastern sites commerciaux. Hasard des recherches "gougueuliennes".  Source : http://fr.made-in-china.com/co_qdhapy/product_Full-Set-Chicken-Slaughter-Production-Line_esengsigy.html

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