• PROTEINES MON AMOUR... 20 (Neandertal)

     Gros mangeurs de viande aux cou-p-s épais.

    PROTEINES MON AMOUR... (Neanderthal)

       Et jamais froid ? Gros crâne avec profil fuyant, arcades sourcilières et bouche proéminentes (prognathisme souvent attribué), jointures épaisses, membres courts, etc. : la tête et le corps d'Homo neandertalensis - interprétés d'après ossements - comme taillés d'une pièce grossière lui ont ouvert la voie de la sauvagerie. Musclé, râblé, sans finesse apparente, il se baffait de plus de chair, "l'animal" ! Crue, cuite, boucanée, savamment rôtie ? Se faisait-il cannibale (là, on ne sait, restes portant à méchant soupçon). Dessin de l'illustrissime Zdeněk BURIAN (1905 - 1981), avec un regard lointain qui sauve éventuellement (sagesse) de l'échine scandaleusement musculeuse. Source : https://fr.pinterest.com/pin/503840277033837683/

     Pour des compléments sur ce qui est apparemment une "drôle de tête" et génère des études sophistiquées aujourd'hui : https://www.franceinter.fr/idees/la-drole-de-tete-de-neandertal

     

       L'homme de Neandertal, occupe une place forte dans l'imaginaire humain. Il est l'un des homininés (hominidés) le plus connu (avec Erectus, de source rapide) par le nombre de ses traces. Il s'est notamment développé et particularisé dans le berceau de notre culture occidentale (lourd héritage poussant à droit d'inventaire ?). La reconstitution (reconstruction ?) de son trajet terrestre est intrigante, et Tsukeshoin nous donne le loisir de le regarder enfin (et le sortir de notre seule "connaissance" : aussi vieille que celle de la cour d'école, avide de caricatures et de plaisir mi-effrayés, mi-sentencieux, d'autant que les fascinants dessins de Zenêk BURIAN trônaient jalousement dans une des chambres familiales). Une feuille, deux, trois ! feuilles ou "tranches" à tronches de choix, lui sont réservés maintenant, dans l'épopée protéines.

     

    PROTEINES MON AMOUR...

       Photographie comparative des crânes de Neandertal et de Sapiens. Qui est qui ?* La différence de volume au profit de Neandertal saute aux yeux, mais ne pourrait être qu'une réalité individuelle (un grand du genre d'un côté, pour un petit de l'autre / pure micro-spéculation de notre part dans un débat aux effluves enragés). Les différences morphologiques, à certainement relativiser - individuellement là encore (ce sont les têtes de deux personnes singulières) mais aussi chronologiquement et géographiquement, n'en sont pas moins notables, si l'on se méfiera d'une association  et d'un choix iconographique éventuellement soucieux de marquer les fossés plutôt que les ressemblances. D'autres documents (plus bas) se montrent si insistants. Image très courante, sans autre référence en l'état (voir plus bas*), tirée des Origines de l'homme, l'Odyssée de l'espèce, Pascal PICQ, Tallandier, Paris, 1999-2002.

     

          L'homme de Neandertal inaugure les trouvailles modernes de vestiges osseux humains. C'est en 1856, en Allemagne, non loin de Düsseldorf, dans une petite vallée dénommée Neandertal en hommage à un théologien protestant (Joachim NEANDER, 1650-1680) qui y préparait ses sermons, que la longue liste des découvertes a démarré (quelques ossements avant-coureurs, vers 1830), avec en étendard un nom aussi caverneux que tranchant... Neandertal (parfois avec un H, plus fort sûrement ! : Neanderthal)

       Source : Origines de l'Homme et évolution culturelle, Fiorenzo FACCHINI, Editions du Rouergue, Rodez, 2006 et http://lea.nathan.fr/actualite/selections-culturelles/neandertal-leuropeen.

     

    Néanderthal

       Comparer, comparer... Raison ? Des angles de vue rares en ressortent au moins et qui ne valident pas toujours la description générique. Buisson de l'évolution ? Source : http://www.ibri.org/Books/Pun_Evolution/Chapter2/2.3b.htm

     

       Dans son ouvrage grand public riche de son parcours éditorial (succès du projet de l'éditeur François de L'ESPEE qui mène jusqu'à un film de cinéma) Les Origines de l'homme, l'Odyssée de l'espèce, Pascal PICQ, éminent et très écouté paléo-anthropologue français, consacre un chapitre à l'homme de Neandertal. L'HOMME, oui.

       Certaines conclusions abruptes lisibles au fil des lignes sont aujourd'hui remises en cause. En plus d'être assez jouissif (et perturbant), ce bond critique jette une lumière froide sur le discours scientifique, son daté - lui aussi, même dans des conclusions d'à peine 20 ans... (Certes, la matière est sensible et rare.) Le texte exprime une vision qui permet de mesurer les divergences de vue actuelles mais aussi des ancrages de fond (vrais ou faux, l'avenir le dira peut-être), quelques tendances flottantes (difficulté à rester en parfaite cohérence sur le message passé, entre les bonnes intentions de départ et le résultat final, par exemple) pour épicer le tout. Neandertal pose problème. Neandertal est si proche, si distant (chabadabada), dans un incontournable et subjectif parfum d'échec. Étape 1 (en  touriste) : réhabilitation douloureuse (habilitation initiale comprise).

        EXTRAIT SURLIGNÉ (informations importantes et surtout de son "objectivité") :

       "Neandertal , l'autre visage de l'humanité

       Apparition, expansion et disparition des Néandertaliens

       De tout l'Ancien Monde, l'Europe est le dernier continent à être colonisé par les hommes. L'histoire de leur migration a laissé très peu d'indices. Arrivent-ils il y a environ 1 million d'années ou plus tôt ? Ces hommes sont-ils des Homo ergaster ? Nul encore ne le sait. Les plus anciens témoignages proviennent d'Espagne. Il s'agit d'outils de type acheuléen, trouvés à Orcé, dont l'âge est estimé à 1 million d'années, ainsi que de fossiles découverts dans la grotte de Gran Dolina, dans les monts Atapuerca, et datés d'environ 780 000 ans. Les découvreurs de ces plus anciens Européens voient en eux une nouvelle espèce : Homo antecessor, contemporains des H. erectus d'Asie et des H. heidelbergensis d'Afrique. Cela n'est pas impossible. Toujours est-il que ces anciens hommes sont probablement les premiers représentants de la lignée qui va conduire aux hommes de Neandertal : une espèce très proche sur le plan culturel, mais très différente par sa morphologie, de l'homme de Cro-Magnon, notre ancêtre, qu'elle côtoiera pendant des dizaines de millénaires, avant de disparaître."

       Légende (pour le paysage donné en illustration, mélange de steppe et de forêt) : "L'Europe des temps glaciaires devient le paysage coutumier des hommes issus des premiers émigrants d'Afrique. Ils sauront s'y adapter."

       (...)

       "Les premiers hommes arrivés en Europe, il y a plus d'un million d'années, se retrouvent à plusieurs reprises piégés dans ce bout de continent lors de longues périodes glaciaires. Comme les animaux qui partagent leur habitat, ces populations isolées par l'avancée des glaciers évoluent graduellement vers des types bien particuliers sous l'effet de ce qu'on appelle la "dérive génétique". C'est ainsi qu'apparaissent les hommes de Neandertal. De tous les groupes humains fossiles, le groupe des Néandertaliens est celui dont l'histoire évolutive est la mieux connue, mieux que celle de l'homme moderne qui finit cependant par le remplacer.

       L'Europe, "cul-de-sac évolutif"

       De tous les temps, l'Europe se présente comme une province particulière de l'Ancien Monde pour l'évolution des espèces. Les populations humaines arrivées dans cette région il y a environ 1 million d'années s'installent dans les zones les plus méridionales pour bénéficier d'un climat tempéré chaud. Cependant, avec l'accentuation des cycles glaciaires et leurs effets de plus en plus sévères sur l'environnement, elles se retrouvent à diverses reprises totalement coupées du reste de l'Ancien Monde et des autres populations humaines contemporaines.

       Pendant les périodes glaciaires, la calotte de glace du nord-ouest européen s’étend et forme une barrière infranchissable, bordée par une large bande de steppes inhabitables pour les hommes de cette époque. Dans les massifs montagneux, notamment les Alpes, les glaciers descendent dans les vallées et restreignent les possibilités de passage entre l'Europe occidentale et l'Europe orientale. Plus à l'est encore, la mer Caspienne isole l'Europe de l'Asie. L'accumulation des glaces entraîne un abaissement du niveaux des mers découvrant de vastes étendues, notamment entre la France et les îles Britanniques ou dans l'Adriatique. C'est ainsi que des populations humaines, régulièrement piégées dans des zones refuges de l'Europe occidentale finissent par évoluer vers un type morphologique et biologique bien particulier : celui des hommes de Neandertal.

       La lignée évolutive la mieux connue

       Après un siècle et demi de fouilles en Europe, on peut suivre l'évolution progressive de la lignée néandertalienne grâce aux restes de près de quatre cents individus. C'est une collection de fossiles exceptionnelle qui comprend quelques squelettes complets (la Chapelle-aux-Saints), des enfants (Engis, La Ferrassie) et d'autres fragments osseux très importants (le tibia de "Roger", vieil "Anglais" de 500 000 ans). La plus grande partie de cette collection concerne les vrais néandertaliens. Mais une série impressionnante de fossiles permet également d'observer l'affirmation de la lignée néandertalienne tout au long de pléistocène moyen, faisant de cette histoire singulière la mieux connue de tout l'évolution des hominidés.

       La longue transformation des crânes

       C'est au  niveau du crâne que les transformations sont les plus marquées. Chez les plus anciens pré-néandertaleins, tels les hommes d'Atapuerca, de Tautavel et de Steinheim, on voit que la partie moyenne de la face commence à s'allonger autour du nez et des orbites. Les os du nez deviennent saillants et ménagent une grande ouverture nasale (ou orifice piriforme, c'est-à-dire "en forme de poire"), alors que les pommettes s'effacent progressivement. La grosse barre uniforme qui surmontait les orbites des H. erectus se sépare en deux arches proéminentes. Le front devient fuyant. L'expansion du cerveau se manifeste par un élargissement très marqué de la partie supérieure de la boîte crânienne et non plus de sa base, comme chez les hommes les plus anciens.

       (Ne pas hésiter à comparer ces descriptions avec les ossements et les représentations d'homo très anciens, Homo erectus ou Homo heidelbergensis d'Atapuerca, l'homme de Tautavelexhaustivement !. Pour Steinheim, achat d'un moulage possible... en solde, en plus !)

       Une morphologie bien particulière

       Avec son front fuyant, son absence de menton et son crâne étiré vers l'arrière, si différent du nôtre, l'homme de Neandertal a longtemps été considéré comme une brute primitive. Pourtant il possède un cerveau parfaitement développé, et encore plus volumineux que celui de l'homme moderne. Quant à son corps, celui-ci reflète son adaptation au climat froid dans lequel il vit.

       Un crâne étiré entre "chignon" et "museau"

       La face des Néandertaliens ramenée vers l'avant forme ce qu'on appelle le "museau néandertalien", un terme à connotation péjorative (!) pour décrire le plan oblique et régulier qui s'étend des bords du nez à l'arcade zygomatique. Les pommettes ont complètement disparu, lissant la morphologie de la partie moyenne de la face. L'avancée des arcades dentaires est telle que vu de profil, un espace sépare la dernière molaire (dent de sagesse) de la branche montante de la mandibule (espace rétromolaire).

       La longue et volumineuse boîte crânienne renferme un cerveau d'une capacité moyenne de plus de 1600 m3, soit 15 à 20 % de plus que chez l'homme actuel. L'étirement du crâne se retrouve au niveau du renflement de l'occipital qui forme un "chignon" osseux. Vu de dos, la boîte crânienne a une forme en "bombe" (sa plus grande largeur se trouve à mi-hauteur). Ce qui précède pourrait laisser supposer que tous ces caractères se transforment de concert. En réalité sur certains crânes pré-néandertaliens, les caractères de la face ont atteint un degré d'évolution beaucoup plus marqué que ceux de l'occiput. Sur d'autres, ce peut être le contraire. C'est une autre manifestation de l'évolution en "mosaïque". En revanche, chez les néandertaliens classiques tous ces caractères se trouvent réunis.

       Mais pourquoi cette tête-là ?

      Actuellement, aucune hypothèse sérieuse ne permet d'expliquer la morphologie crânienne des néandertaliens, qu'elle fasse référence à une adaptation au froid, à l'utilisation de dents antérieures pour effectuer certaines tâches ou à quelques autres adaptations. Ils sont tout simplement différents. Les différences se mettent en place sur plusieurs centaines de milliers d'années, une période considérable qui recouvre plusieurs cycles glaciaires et autant de stratégies de survie associées à plusieurs types d'industries lithiques. Ces caractères des néandertaliens sont profondément inscrits dans leur patrimoine génétique puisqu'on les voit se mettre en place très tôt dans le développement de l'individu.

       Un corps adapté au froid

       En tout cas, cette longue évolution aboutit à des êtres robustes, d'une taille de 1,70 m en moyenne pour les hommes. Elle a dû opérer lors des stades glaciaires, quand les populations de pré-néandertaliens se trouvaient confinés dans des refuges, notamment dans la partie méridionale de l'Europe. Les proportions corporelles de l'homme de Neandertal favorisent leur résistance aux climats froids. Il sont trapus et les parties terminales de leurs membres, avant-bras et jambes, sont relativement courtes. C'est une adaptation courante que l'on retrouve chez tous les mammifères des régions froides (loi de Bergman - constestée). Les os du squelette sont très robustes. Ils portent des marques d'insertions musculaires très profondes. (...)"

     

    PROTEINES MON AMOUR... (Neandertal)

       Quelle image pleine de goûteux frissons ! Banale ? Viellotte ? L'ancêtre, sans identité particulière, resplendit dans sa fourrure noire, le pied parfaitement calé, les sourcils dressés, en éveil... N'est-ce pas un crâne, quelque autre gros os qui reposent sur le seuil de son antre, abandonnés dans la gravité de leur résidu ? Que, qui va-t-il frapper, le gaillard, nu, campé, armé ?... "By KUPKA, based on BOULE, 1909". Source : http://www.yorku.ca/kdenning/2140tut15Nov.htm. On lira de lui ailleurs : "Le Néandertalien de La Chapelle-aux-Saints vu par F. Kupka, Extrait de L'Illustration, 1909". Bingo, c'est lui (et de sexe masculin) ! Répondant ! Invincible ! Éternel ? Mains solides, capables et décidées. Ne serait-ce lui, l'Homme enfin, l'authentique ! Le Papa éternel de l'insondable ? L'indomptable et maître aïeul ? Le si nécessaire ? Source : http://monumerique.aquitaine.fr/2014-2015/perigueux/danslesmusees.html

       Nota : Le fossile de La Chapelle-aux-Saints est le premier squelette quasiment entier de Néandertalien découvert (1908). D'un homme âgé, il témoigne d'un organisme atteint de nombreuses pathologies... (Source : Science et avenir, HS n° 183, sept-oct. 2015, p. 59).

     

       "(...) L'art de s'adapter et le sens de l'entraide

       Un des clichés les plus tenaces de l'homme préhistorique le représente comme une brute à peine dégrossie qui guette, désespérément, le passage d'un troupeau, mais reste le plus souvent accablé par la famine. Non, l'homme de Neandertal ne souffre pas constamment de disette. Il ne vit pas non plus sans souci au sein d'une nature généreuse. Grand chasseur, il figure parmi les plus carnivores des espèces de son temps, mais il a aussi l'art d'utiliser les ressources locales , poissons et végétaux. C'est un être humain qui a le sens de l'entraide et se soucie, apparemment, de l'au-delà, à en juger par les manières dont il enterre ses morts.

       Bons chasseurs et gros mangeurs de viande

      Le régime alimentaire des Néandertaliens comporte une part importante de viande comme en témoigne l'abondance de restes d'animaux dans les sites archéologiques. La proportion d'azote 15 (N)** qui croît dans les tissus vivants à mesure qu'on s'élève dans la chaîne alimentaire, des herbivores aux carnivores, est un bon indicateur de l'importance de la nourriture carnée. La quantité d'azote dans les os des hommes de Neandertal permet d'affirmer qu'ils figurent parmi les espèces les plus carnivores de leur temps. Il faut, toutefois, préciser que ces résultats proviennent des sites les plus nordiques de la zone de répartition des Néandertaliens, des régions où la nourriture végétale est peu abondante. Ce sont de très bons chasseurs capables de tuer de grands mammifères. Pendant les périodes fastes, ils abattent des chevaux ou des rennes adultes, de préférence des mâles (très rarement des femelles gestantes). Durant les périodes difficiles, ils chassent des individus de tous âges. S'ils s'attaquent à l'ours brun et au loup, c'est généralement pour leur fourrure, et leur dentition qui leur sert de parure ; en période de pénurie, ils en mangent aussi la chair.

       (...)

       L'art d'utiliser les ressources locales

       Quand ils vivent dans les régions les plus méridionales, les Néandertaliens font la part belle aux végétaux. Lorsqu'ils sont au Nord de la Méditerranée ou d'un lac, ils consomment également du poisson et des crustacés. Tout dépend des ressources locales. La mandibule de Banyoles, retrouvée en Catalogne espagnole, entre Perpignan et Barcelone, présente une usure des dents, visible au microscope électronique, caractéristique de poisson séché. Cette mandibule ainsi que des arêtes de poissons, ou des coquillages mis au jour dans des sédiments, montrent que les hommes de Neandertal savent en effet pêcher. Ils savent aussi sécher, et peut-être fumer, poisson et viande afin de les conserver pour l'hiver."

       Source : Les Origines de l'homme, L'odyssée de l'espèce, Pascal PICQ, Points sciences Seuil / Tallandier, pp. 182-183.

     

      Notes :

       - En tant que Bretonne, c'est-à-dire personne d'un pays (au sens d'unité territoriale, a minima géographique) souvent dit reculé (au double sens, spatial et temporel / quel "joli" mot difficilement neutre !), pour le moins excentré et très découpé, nous ne pouvons qu'être touchée par cet énergumène né, dans la logique scientifique précédente, de la rudesse environnementale et de l'enclave. Est-il pour autant un olibrius fatalement destiné à disparaître, face à l'âpre concurrence de l'homme moderne, plus souple et malin (sans "aucun" doute !) en plus d'être plus gracile (voir les images !), ainsi que le laisse entendre le discours autorisé, aussi intégrateur et tolérant qu'il se veuille (en surface) ? La désignation d' "autre", la description soigneuse de formes anatomiques prononcées, dans un vocabulaire tiré des premiers travaux paléontologiques semble-til, très vite assimilables en grossières, hypertrophiées, malotrues (ce dont personne ne se peut priver à la suite de comparaisons métaphoriques aussi peu anodines que le museau, le chignon, la bombe...), et même la bizarrerie d'un important volume crânien classent irrémédiablement l'homme de Neandertal dans l'anomalie ou l'extravagance qui devait (on le craint ?) mal finir et qu'il convient d'écarter clairement ou subtilement de notre lignée. La comparaison implicite à l'Homo sapiens est constante en fait, et impitoyable... (de l'anthropocentrisme... sélectif !) Il est "différent" ? Mais de qui, susurre l'esprit ?

       Ceci étant dit, les informations données permettent d'appréhender l'insuffisance de la théorie de l'évolution réduite à la sélection (rivalité) du plus adapté aux conditions environnementales (sévères !). La morphologie de Neandertal  déborde. Les énigmes surplombent. Et... ? Ouvrent la porte au hasard des combinaisons, à une nature à l’œuvre surpassant de loin notre compréhension. Inventive/réitérative ?, sans téléologie SVP, sans guide ni maître, sans morale, ni même... de l'histoire. Nature demeure effective : d'un ou de surgissements, de la plausibilité advienne que pourra, rescapé, intégré, tout de même et évidemment concluant (plusieurs centaines de milliers d'années de population néandertalienne terrestre), sans autre jugement dernier...

       - Neandertal et le feu, Neandertal et son habitat (qui serait de plus en plus organisé, soigné, le temps passant), Neandertal et ses morts, l'art... être passionnant, nous ne pouvons l'abandonner si vite à ses gorgées de protéines !

     

    PROTEINES MON AMOUR... (Neandertal)

       La FEMME !? "Illustration extraite de la revue Vu, publiée en 1929. Femme Néandertal. Source : Pip". http://monumerique.aquitaine.fr/2014-2015/perigueux/danslesmusees.html

       Autant les Néandertaliens montrés jusqu'ici dans des chairs et toisons épanouis pouvaient inspirer partage et admiration - possible envie - humains (notre parti pris tranché devant la puissance physique et l'intégrité des corps, aussi simiesques d'aucuns les apprécieront-ils et les ont-ils fort "rationnellement" appréciés) - et ils étaient hommes, la femme de Neandertal ici représentée avec petit, frappe et provoque réactions mêlées, ébranlantes. Même son poignet gauche (qui ressemble à celui que j'ai saboté récemment lors d'une chute malheureuse / filiation néandertalienne revendiquée ?!) inspire affliction. Le fameux nez piriforme (en forme de poire ; Pascal PICQ ne nous a pas épargné cette description si souvent reprise devant l'orifice nasal généreux et lobé de crânes retrouvés) est plus royal que jamais et figure drôlement dame d'hier. Glabre aux épais sourcils noirs, blanche de derme !, mamelue, tendre mère aussi - mère superlative, mammifère ?!, elle témoigne d'un visage non seulement las, mais fâcheusement bourrelé, plastique, au mieux unisexe, au pire... masculin. L'étincelle de l'intelligence n'est cependant pas absente. Ne porte-t-elle pas, à son cœur défendant, le lourd désespoir de l'humanité condamnée ou comme dévoyée des discours colportés sur son espèce ?

       La digression genrée que nous a inspirée l'extrême virilité des hommes de Neandertal précédemment choisis dans des dessins fameux et désormais anciens (du début du XXe siècle) ne peut que bondir avec cette image de femme - qui se rapproche d'une photographie d'ailleurs et n'en est que plus émouvante. Toute iconographie, toute production graphique ou artistique (tout texte, pourrait compléter Pascal PICQ !) témoigne des représentations mentales de son temps et de plus profondes, fondamentales, archaïques (intemporelles ?) comme il sied admirablement à celles dont il s'agit ici. Elle éveille en soi, observateur, autant de mouvements parallèles ou bousculés, fascinants à mesurer. L'admiration que l'on peut ressentir devant la puissance corporelle de l'homme néandertalien prend un sale coup dès lors que la femme entre en scène. Ne sont-elles pas minorées, de second plan et rares, les images de l'autre sexe de la préhistoire récente mais typée ? (Il faudrait se pencher sur la question, si un rapide panorama entretient ce penchant relatif). Féminiser l'apparence, la silhouette (l'être) de l'ancien proche vire au défi. Quelle humanisation graduée sélectionner pour elle dans  l'animalité - plus ou moins enviable, quand ses compagnons admettent  correctement sinon harmonieusement la manifestation de la force ? Sera-t-elle brute, hardie, combative au rythme de ses potentiels musculaires réels, des instincts et tactiques de vie et survie qu'incarnent si bien ses compagnons masculins ? Velue, torsadée, projetée ? Séduisante (toute souriante), dépendante, exigeant protection ? La maternité généreuse ici, les gestes ménagers ailleurs, sauvent généralement la mise en chantant un refrain connu, simple et particulièrement choisi.

       Entre les doubles arcanes vitales à base spatiale que sont le haut et le bas, l'avant et arrière, l'humain se cherche, s'affirme, aujourd'hui comme jamais probablement. Les valeurs ondoient ou se fixent. La femme tue, secondaire ou esquissée latéralement, sortie des limbes à l'occasion, révèle miraculeusement la difficulté - et la splendeur - de l'hybridité (intrinsèque à l'espèce, comme nulle autre ?) et des choix faits ou à faire (fini/indéfini, déterminisme/ indéterminisme).

       En notre période de ruée mercantile, de soifs résolutives (finales, et/ou déchaînées dans le technologico-boulimique de la substitution illimitée) avec son corollaire de grand trouble identitaire, la naturalité des deux sexes humains est sur la sellette. Est-ce l'ultime rempart tressautant devant la questionnante déshumanisation (capitalistique ou fondamentale) en cours, comme nous serions tentée de le croire ?

       Neandertal, Homo d'espèce, est si prenant. La sauvagerie l'habite irrémédiablement, dans sa liberté et sa justesse implacable. Fortune de le savoir avoir vécu et qui sait encore un peu, beaucoup...

     

       * Les deux crânes jumelés photographiés très au-dessus sont identifiés. A gauche, il s'agit d'un crâne trouvé à La Ferrassie, en Dordogne, où il participait de sépultures néandertaliennes. A gauche, ce sont les restes crânien du dit "le vieux" de Cro-Magnon, même s'il appartenait à un individu qui avait peut-être un peu moins de 50 ans. Découvert en même temps que d'autres fossiles humains et des outils lithiques à Les Eyzies, en Dordogne, il représente un des restes d'Homo sapiens les plus anciens et les plus complets." In Origines de l'Homme et évolution culturelle, Fiorenzo FACCHINI, Editions du Rouergue, Rodez, 2006, p. 161 & 162.

       [Cro-Magnon ? Cro-Magnon ! Trop mignon ?

       Les Ezies-de-Tayac ont livré leurs squelettes, mais d'autres sites extra-européens ont fourni ce qui serait notre ancêtre direct, ou presque... Les avis ont varié, Neandertal s'en est mêlé, et ils bougeront peut-être encore : Es SKHUL et Qafzeh en en Israël.]

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