• Qu'est-ce qu'un fruit ? / PELT - 1994

    Poires maison

       Deux demi-poires, l'une d'un jour, l'autre fraîche.

     

        "Mais qu'est-ce qu'un fruit ?

       Et d'abord la fleur...

     

    Sedum Keriadenn 2015Rose trémière Keriadenn

       Fleurs de sedum (assez peu comestible !), puis fleur(s) de rose trémière, début novembre 2015.

     

       Qu'est-ce qu'un fruit ? Pour un botaniste, c'est l'aboutissement normal de l'évolution de la fleur après sa fécondation. Et la fleur ? C'est un organe au sein duquel s'exprime la sexualité végétale ; c'est aussi le berceau dans lequel se développera le fruit. On y distingue traditionnellement des sépales verts  : ils protègent la fleur en bouton contre les agressions (gelées, insectes, etc.). Viennent ensuite les pétales colorés qui constituent l' "appareil publicitaire" de la fleur : leur rôle est d'attirer les insectes fécondateurs, porteurs de pollen ; puis apparaissent les étamines, productrices de grains de pollen ; enfin, au centre de la fleur, le pistil est constitué par un ou plusieurs ovaires, cavités closes renfermant un ou plusieurs ovules. Les ovules sont de petits sacs dans lesquels sont noyées les cellules femelles. En fait, l'ovule des botanistes n'est point celui des zoologistes. Dans le règne animal, ce mot désigne couramment la cellule femelle, et elle seule. Ainsi dira-t-on chez la femme que l'ovaire produit des ovules ; il serait plus exact de dire des ovocytes, mais le langage courant a accrédité le terme.

     

    Fleurs et fruits Keriadenn

    Schéma fleurPollen & pistil

       "Vue schématique de l’anatomie d’une fleur de Solanacée" & "Schéma présentant la croissance du tube pollinique dans un pistil de Solanacée. (Valentin JOLY, 2013)"

       Source : http://arn-messager.com/2014/12/19/les-mots-damour-des-plantes-a-fleurs/

       VOIR AUSSI : https://www.youtube.com/watch?v=dgFY7WUTASQ

     

       Au moment de la fécondation, les insectes, le vent ou quelque autre vecteur déposent des grains de pollen sur l'ovaire. Le grain va germer et produire un long tube qui pénètre à l'intérieur des ovaires, puis des ovules, et dépose la cellule mâle à proximité immédiate de la cellule femelle, de sorte que la fécondation peut avoir lieu et qu'un œuf se forme. En mûrissant, cet œuf se transformera en embryon, l'ovule en une graine contenant ledit embryon, et les parois de l'ovaire en fruit.

       Le jeu subtil des hormones végétales

       La formation et la maturation du fruit sont contrôlées par le jeu simultané de plusieurs hormones végétales. Lors de la fécondation, le pollen, qui pénètre l'ovaire par son long tube, lui apporte l'auxine, véritable hormone de croissance des plantes ; puis les jeunes graines en formation prennent le relais des tubes polliniques et secrètent à leur tour de l'auxine. Cette hormone fait gonfler l'ovaire dont les parois s'épaississent : le fruit mûrit.

       "Visualisation au microscope de la chimio-attraction du tube pollinique par un ovule de Torenia fournieri : lorsque l’expérimentateur éloigne l’ovule vers la droite, le tube pollinique réagit et le suit. (HIGASHIYAMA, T. et HAMAMURA, Y. (2008). Gametophytic pollen tube guidance. Sexual Plant Reproduction, 21(1):17-26.)

       Sources : https://www.youtube.com/watch?v=DDbmWz0t9rg

       http://arn-messager.com/2014/12/19/les-mots-damour-des-plantes-a-fleurs/

     

       C'est alors qu'intervient une deuxième hormone, l'éthylène, un corps gazeux de structure simple. En effet, en cours de maturation, les fruits accroissent intensément leur production d'éthylène ; c'est le gaz par exemple, qui entraîne le jaunissement des bananes, des poires ou des oranges. Le même résultat peut être obtenu en ajoutant à l'air ambiant quelques parties par million d'éthylène. Le dégagement d'éthylène par des pommes en voie de maturation est tel que celles-ci accélèrent, à leur proximité, le mûrissement et le jaunissement des bananes. L'on peut même ainsi entraîner la formation artificielle des fruits en dehors de toute fécondation : on obtient alors des fruits parthénocarpiques dépourvus de graines. C'est par ce biais, par exemple, que l'on obtient des tomates sans pépins.

       La parthénocarpie est aussi un phénomène naturel, puisqu'on la rencontre dans diverses variétés d'oranges, d'ananas, de figuiers et de raisins. il semble même, chez la banane, que l'absence de graines s'accompagne d'une taille et d'une saveur améliorées.

     Troisième hormone à susciter maturation des fruits : les gibbérellines. En appliquant ces hormones à des ovaires non fécondés, on obtient des poires, des pêches, des tomates, des concombres tout à fait comparables aux fruits normaux, si ce n'est leur absence de pépins et de noyaux.

       En fait, auxine, éthylène et gibbérelline sont les trois hormones dont la sécrétion régulée dans des conditions encore mal connues jouent un rôle essentiel dans la maturation  du fruit. Il faut, pour être complet, en citer une quatrième, l'acide abscissique, qui semble jouer un rôle dans le détachement et la chute des fruits.

       L'alchimie du mûrissement

       Parmi ces quatre hormones, l'éthylène joue un rôle prépondérant ; sous son influence, l'activité respiratoire du fruit s'accélère et sa composition chimique s'en trouve profondément modifiée. Il en découle une foule de conséquences que tout un chacun a pu vérifier en suivant l'évolution d'un fruit vert à un fruit mûr. Dans le même temps, l'astringence due aux tannins, si caractéristiques des fruits verts, décroît également par polymérisation de ces tannins. Le fruit mûrissant synthétise une foule de molécules aromatiques qui lui confèrent sa saveur et son odeur. Enfin, la chlorophylle disparaît, tandis que de nouveaux pigments apparaissent, donnant aux fruits mûrs leur couleur. En apportant de l'éthylène ou, au contraire, en en bloquant la synthèse, il est aisé aujourd'hui d'avancer ou de retarder le processus de maturation.

       Ces intenses transformations biochmimiques perdurent au cours du stockage ; les fruits continuent à transpirer de la vapeur d'eau ; leur respiration avec dégagement de gaz carbonique se poursuit également. Il en résulte une diminution de poids d'autant plus importante que le stockage est plus long.

     

    PollenOvaire de fleur

       "Amas de grains de pollen et de tubes polliniques de lys (Lilium longiflorum) observés au microscope électronique à balayage. Les ornementations de la paroi pollinique sont bien visibles. (IRBV, 2011)Vue schématique l’arrivée du tube pollinique dans l’ovule (Valentin Joly, 2013)." Puis "Schéma présentant la croissance du tube pollinique dans un pistil de Solanacée. (Valentin Joly, 2013)"

       "Une fois parvenu à proximité immédiate de l’ovule, le tube pollinique peut entrer en contact avec lui. Là encore, plusieurs protéines interagissent physiquement pour contrôler et, le cas échéant, amorcer la dernière étape de la reproduction : la fécondation [11]. Le tube pollinique éclate et libère ses deux noyaux spermatiques. Le premier va féconder l’oosphère pour donner une cellule-œuf qui se divisera en formant l’embryon. Le second va féconder la cellule centrale de l’ovule pour produire ce qui deviendra l’albumen, c’est-à-dire la réserve nutritive de la graine."

       Source : http://arn-messager.com/2014/12/19/les-mots-damour-des-plantes-a-fleurs/

     

       Tandis que les parois de l'ovaire se transforment en fruit, l’œuf se transforme en embryon et l'ovule en graine. Les dimensions initiales des ovules sont parfois multipliées plusieurs milliers de fois dans les quelques jours ou semaines qui suivent la fécondation : quatre mille fois pour le raisin, trois cent mille fois pour l'avocat. Dans les fruits mûrs, les graines sont à l'état de repos ; leur germination est bloquée par divers constituants de la pulpe, de sorte qu'en principe une graine ne germe jamais dans le fruit, ou seulement après décomposition de celui-ci sur le sol et lessivage par l'eau de pluie : il suffit de placer sur un buvard humide quelques grains de blé et un zeste d'orange pour constater que ce dernier inhibe totalement la germination du blé ; sur un autre buvard humide, il germe rapidement.

       Pendant que fruits et graines arrivent à maturité, l'édifice floral se désagrège, le calice s'étiole, la corolle se flétrit, les pétales sont emportés par le vent, les étamines perdent toute virilité et s'affaissent, desséchées. Seul l'ovaire s'est développé, absorbant à son profit toute la vitalité de la fleur.

       La nomenclature des fruits

       On distingue deux grands types de fruits : les fruits charnus à maturité et les fruits secs. La catégorie des fruits charnus se subdivise à son tour en deux sous-groupes : les baies, comme le raisin, où les graines, appelées pépins, sont directement noyés dans la pulpe ; les drupes, comme la cerise, où les graines sont contenues dans un noyau dur constituant la partie interne du fruit. Les fruits secs se répartissent également en deux sous-groupes : ceux qui ne s'ouvrent pas spontanément à maturité et qu'on appelle les akènes (telle la noisette) ; ceux qui s'ouvrent spontanément, dénommés capsules au sens large. Les akènes contiennent toujours un nombre de graines réduit, le plus souvent une seule ; cette dernière en germant, perce les parois de l'akène lorsqu'elles ont été suffisamment ramollies par un long séjour sur le sol. Les capsules répandent leurs graines à l'extérieur.

       Les fruits charnus font le régal de oiseaux qui consomment avidement leur pulpe et leurs graines et répandent ensuite ces dernière à bonne distance de l'arbre producteur. Ce mode de dispersion rapide et efficace évite à la plante l'inconvénient de voir germer toutes ses graines à l'endroit où le fruit est tombé et où il s'est décomposé, généralement sous l'arbre producteur : il y aurait alors entre les descendants trop serrés les uns contres autres, une violente compétition, et seuls quelques-uns, voire un seul, réussiraient à se faire une place au soleil. C'est cette dure sélection qu'atténuent les animaux frugivores et disséminateurs de graines - dont nous sommes ; en effet, ils assurent à celles-ci une bonne dispersion et multiplient leurs chances de devenir adulte.

       Le fruit intervient donc efficacement dans la dispersion des semences. Ainsi, la capsule piquante du marronnier éclate en arrivant au sol et projette ses marrons de toutes parts. Les akènes, comme ceux de l'érable et d l'orme, sont souvent pourvus d'une aile fonctionnant comme un parachute ; elle offre une bonne prise au vent qui les disperse loin de l'arbre mère. Quant aux oiseaux, ils ne sont pas les seuls disséminateurs de graines ; beaucoup de fruits portent, en effet, des dispositifs piquants qui leur permettent de s'accrocher au pelage ou au plumage des animaux, qui les emmènent  ainsi à bonne distance de leur générateur. Certain animaux, tels que les fourmis ou les écureuils, constituent des stocks toujours partiellement inconsommés. Enfin, certain fruits bien protégés peuvent être disséminés par l'eau, comme  noix de coco qui migrent d'un atoll à l'autre ; elles ont ainsi conquis toutes les régions intertropicales du globe."

     

       In Des Fruits, Jean-Marie PELT, Fayard, 1994, pp. 35-40.

     

       Note :

       - Compétition / collaboration dans la nature : Jean-Marie PELT décrit abondamment le phénomène de collaboration en jeu dans la reproduction végétale. Pourtant, jamais le mot n'est écrit noir sur blanc, comme s'il était en trop, et/ou connoté, voire ignoré. Celui de compétition, connu de tous, héritage simpliste de la théorie de DARWIN (en lieu et place de la sélection naturelle, très souvent) répété à l'envi, est sobrement répété tout court ici, posé, admis d'évidence, quoique toujours aussi fort.

       Ne suggère-t-il subrepticement que le moteur principal et premier de la nature tient en la lutte contre les autres ou le milieu lui-même ? Que la vie est une lutte, celle que fait dire à chacun qu'il va se battre, devant telle ou telle situation personnelle (et qu'il en est applaudit, celui ne levant pas le poing relégué aux rayon des faibles ou des incompétents ?

      A son insu, l'auteur de Des Fruits ne renchérit-il pas la vision réductrice du fonctionnement de la vie et de sa reproduction qui prédomine en Occident ? Porté par la sur-valorisation de la compétition qui sied tant à l'esprit offensif (ou défensif, en tout cas guerrier) du monde économique, ne néglige-t-il pas de rééquilibrer les faits et surtout de participer au basculement du paradigme général ?

       En écrivant le mot de collaboration, en affirmant noir sur blanc cette notion ou tout autre à caractère synthétique à l'égal de l'autre notion, si marquante, le simplisme de la compétition ne pourrait-il enfin vaciller, et de même que le mot de collaboration détient sa coloration anthropomorphique (comme une intention  éventuellement cachée, ou une volonté inscrite dans le fait d' "agir en bonne entente avec" qu'elle désigne), celui de compétition revêtirait à son tour cette charge motrice, avec laquelle "la nature" a certainement à voir, mais d'une manière sûrement encore méconnue, mal comprise...

     

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