• Quelques idées de Marcel GAUCHET

     L'Europe, la mondialisation, la sécularisation, l'éducation...

      DEUX EXTRAITS d'interviews :

      - 28 juin 2014 : "Le FN, à qui la faute ?" - http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20140625.OBS1653/front-national-a-qui-la-faute.html

       "NO : A l'Europe incapable de parler d'une voix claire à ses citoyens et qui semble se soucier davantage du marché que de la cohésion sociale ?

    M. GAUCHET : Là, on entre dans le vif du sujet. L'Europe est à la fois le vecteur et le miroir grossissant de ce qu'il y a de plus problématique dans le nouveau monde où nous avons basculé. Ses effets ne se résument pas aux résultats économiques peu probants de cette mécanique dont on nous annonçait monts et merveilles. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais je veux justement éviter l'enfermement dans l'économie qui est l'un des pièges intellectuels les plus dangereux du moment.

       L'Europe est aussi une construction politique et c'est sur ce point que le bât blesse le plus, à mon avis. En fait de construction politique, il faut dire que c'est la construction la plus anti-politique qui soit. Car les peuples ont des besoins politiques, comme la fréquentation des économistes n'apprend pas à le comprendre. De ce point de vue, le monstre que nous avons bâti peu à peu est une machine à frustrer leurs attentes les plus profondes. Et le plus grave est qu'il donne le sentiment d'être incapable de se corriger.

     L'idée est juste, les moyens sont déplorables. L'édifice ne tient plus que par la peur d'en sortir et du saut dans l'inconnu que cela représenterait. Ce pourquoi il va durer, mais en ne nous laissant pour tout horizon qu'un marasme général."

     

       Remarque : nous souscrivons davantage à l'analyse de Frédéric LORDON, conjointement interrogé (comme il est présent dans les médias, aujourd'hui, d'ailleurs ! Lui qui se positionnait dans l'expectative et le retrait il n'y a pas très longtemps. Les conditions hier défavorables à sa propre médiatisation ont-elles évolué selon son attente ? Nous nous réjouissons de pouvoir l'entendre en vérité, d'autant qu'il fouille en connaissance humaine, d'une part, et qu'il a lui-même évolué sur l'intérêt de l'Europe / Finie l'argumentation superficielle caricaturale en c'est bien que les relations entre universitaires soient facilitées...). C'est peu de le dire. Continuons là où notre curiosité, à l'origine du billet, s'est éveillée...

     

    - 8 décembre 2015 : "Y a-t-il une crise la République ?" http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-y-a-t-il-une-crise-de-la-republique-2015-12-08

       http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-2eme-partie-y-a-t-il-une-crise-de-la-republique-deuxieme-partie-2015-12

       Début à partir de la sécularisation du monde, d'une sortie de la religion, de laïcisation, observées dans  Le Désenchantement du monde (1985), venues à la suite de travaux de Max WEBER et d’Émile DURKHEIM :

       "La sortie de la religion n'est pas un phénomène planétaire, qui a lieu partout, au même lieu, au même rythme, au même moment ! Il y a même de ce point de vue, une exception européenne. Si vous regardez le monde d’aujourd’hui, il y a 500 millions d'Européens qui effectivement sont sortis de la religion, je crois, au point d'ailleurs de n'y plus rien comprendre. Quand bien même ils sont croyants, ils ne savent plus ce qu'est la religion des autres. Puis, il y a une planète de 7 milliards d'habitants, en dehors de cette petite zone, où la religion continue de vouloir dire quelque chose, quelque chose qui est très différent de ce que nous mettons, nous, sous ce terme. Il ne s'agit pas simplement de croyance personnelle, il s'agit de beaucoup plus, il s'agit d'une manière de voir le monde et la société.

       (...) Un choc de degrés de sortie de religion", en jeu dans les événements actuels. Deux aires en place l'Occident (cas américain à part cependant) et le monde arabo-musulman, là où se constatent prégnance de la foi et pauvreté.

      Minutes 10:12, à partir de la radicalisation toujours de certains jeunes gens, fils ou petits-fils d'immigrés,  dans l'islamisme, en France notamment :

       "Nous avons connu une extraordinaire mutation sociale depuis une quarantaine d'années, et cette mutation - où beaucoup de gens sont très à l'aise, pour lesquels elle ne pose aucun problème -, pose d'énormes problèmes à une partie de la population. Moi, je suis très frappé que partout dans le monde occidental, la variable électorale de plus en plus significative pour départager les opinions, c'est le niveau d'instruction ! Regardez encore toutes les enquêtes à propos du vote FN de ces deux derniers jours, on le voit tout de suite. C'est la variable ! Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour être à l'aise dans la société où nous sommes, il faut un bagage d'acquis culturels, éducationnels, une maîtrise des codes sociaux dont il n'est pas vrai qu'elle soit donnée par la nature. Et c'est un défi pour nos sociétés. Elle produit un phénomène de désintégration sociale. Il ne faut pas se tromper. Et moi je ne suis pas surpris par ces conversions."

       Remarque :

      La sécularisation invoquée par Marcel Gauchet est à rapprocher de ce que nous avons entendu de la bouche Jean-Claude MICHEA (vidéos). Basculement de la foi dans la sphère privée au moment des Guerres de religions en France. Et à la suite, l'imbrication individu et société modernes / perte de religion est-elle pertinente ?

     La lecture ponctuelle récente de Jean-Pierre LE MAT (Les Prophéties de Merlin) pourraient pointer encore davantage la question, focalisable sur le projet européen notamment, en posant la dialectique : explication / sens, tandis que Frédéric Lordon, avec ses ramifications spinozistes soulève à son tour la problématique, dans une version très rationalisée.

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