• SUJET / OBJET

     Deux mots plus rigolos qu'ils n'en ont l'air

      La notion de sujet m'a longtemps posé problème, exposant une double nature contradictoire : l'une autonome et déterminante, en référence au sujet pensant, celui qui est doté d'un libre-arbitre, celui qui accessoirement, actionne le verbe dans la phrase grammaticale, l'autre hétéronome, puisée dans le régime royaliste, le roi ayant ses sujets. Le sujet est alors celui qui est assujetti (ou s’assujettit ? ) : est soumis (se soumet), au risque de finir... objet. Réifié donc, chosifié, et sans doute maltraité, passif. Déterminé ? Demander leur avis aux femmes objets...

        Côté objet, les diverses significations se montrent plus logiques, sans éviter la possibilité de la contradiction. Il y a l'objet, dont on fait ce que l'on veut, la chose, et l'objet d'une étude (notion consacrée en jargon universitaire, tandis que chacun dira plutôt "sujet" d'étude !) qui peut échapper à son scrutateur, dans une autonomie toujours plus insoupçonnable qu'on ne le croit, et surtout le voudrait. Il suffit qu'on le pose, - défini, cadré -, pour qu'il emmène ailleurs. Objet mental, objet sur la table, concentration et évidence peuvent suffire à déclencher l'altérité.

       Intuition ou pirouette : ne retomberait-on pas, malgré tous nos efforts humains de maîtrise et de contrôle du monde, notamment dans l'abstraction que toute chose nous inspire (celle-ci étant alors la forme du réel tel qu'il se donne à nous, primairement et principalement par nos sens de perception / D'autres accès étant probables - ni directement sensibles, ni conscients), dans la dynamique des limites et de l'infini ? Sujet et objet, aussi circonscrits fussent-ils, conservant leur potentiel d'échappée, leur propriété... propre, de fuir alors qu'ils paraissent plus que jamais détenus ?

      Et j'allais oublier le couple infernal subjectif/objectif ! Découlant de nos deux notions, les adjectifs soulignent clairement un lien, une relation avec... autre chose donc, ou son absence. L'objectif prétend à la pure séparation, le subjectif témoigne d'un fil entretenu, entre le sujet et... son objet (d'étude, mais finalement toute... chose peut être entendue).

       C'est trop ! Sans issue ? Et les sciences de devoir accepter leur contextualité, leurs limites à leur tour ?

       Jacques BOUVERESSE, ardent défenseur de la rationalité, homme de pensée rigoureuse, doit pouvoir nous aider, de par ses convictions, qu'il admet lui-même dépassables (ne serait-ce qu'en invitant Claudine TIERCELIN au Collège de France, par exemple, elle-même exploratrice de la métaphysique, œuvre en rationaliste, sur des objets fort... volatiles). On essaiera un autre jour en sa compagnie, en leur compagnie.

      - L'objet ne serait-il pas un moyen, après qu'il nous soit donné comme fini, et sous nos yeux bien concret, et même ensuite, potentiellement plus qu'abstrait, admis  comme tel, d'accéder à un peu de vérité, où la science, en son caractère rationnel (attentif, scrupuleux, vérificateur), peut alors exceller, en admettant la réduction de son échelle, ou encore de procéder par extraction tandis que l'une des critiques fondamentales de la science justement réside dans le fait qu'elle soit si rapidement réductionniste... Une voie parmi d'autres, mais qui a porté ses fruits et montré une sorte d'efficacité.

       A ce stade de la réflexion, "nous" "je" avouons notre incompétence ! Sans renoncer à davantage d'éclairage : recherche et quête d'éléments ouverte !

     

       Sources à consulter :

      - Une tentative de synthèse philosophique par Jean ZIN. Plutôt compliquée. Pour dire ce que j'ai essayé de traduire ? René THOM en exergue ! Un nom assez souvent rencontré, une pensée jamais abordée. A poursuivre. Citation admirable : "Il n'y a d'objet que pour un sujet."

       - Du "sujet" par Anselm JAPPE. Vision marxienne (Critique de la Valeur).

     

       Note au 1er janvier 2016 :

       D'avoir parcouru d'autres thèmes en tsukeshoin depuis celui-ci , la puissance de la langue française nous a été remise en tête. Langue de clarté, langue de netteté, outil certain de prise sur le monde (notre avis), n'échoue-t-elle pas heureusement sur ses chers objet et sujet ?

    « Utilité réelle du "kravail" ? (travail)4,5 ha de tomates bretonnes sous leds »