• Tsukeshoin / UEDA - 1990

     Un lieu pour converser également

     

       "Alcôves

       Les périodes Asuka (593-710) et Nara (710-94) virent l'âge d'or du bouddhisme. Pendant ces périodes, les nobles influents installèrent des autels aux point centraux de leurs maisons. Il est probable que les dévotions du matin et du soir à ces autels étaient obligatoires.

       Durant la période Heian suivante (794-1185), s'installa définitivement l'aristocratie de l’État théocratique. Cela signifie que les affaires du gouvernement étaient menées comme des cérémonies, avec le peuple assemblé dans le shinden, soit la principale demeure, de l'enceinte de la famille noble. Cette enceinte finit par s'appeler le seiden, ou chambre d'Etat, où des cérémonies variées étaient célébrées. Dès alors, les postes les plus importants de la maison furent les provisions alimentaires et  les armes, les objets Shinto déifiés ou les statues bouddhiques - bref, des choses plutôt que les gens, ces choses arrivées à ce point, devenaient finalement les moyens de la "communication interpersonnelle". Ce système de valeur se poursuivit intact et influença le style SHOIN de la période suivante, conduisant au développement de chambre de dessin ou de lieux de réunion qui fonctionnaient comme des espaces de réception, et sur le tard, en de vastes halls de réception.

       C'est aussi le style shoin qui investit l'alcôve. On s'accorde à dire que ce style emprunta deux voies. Selon une interprétation, l'alcôve fit son apparition parce que la classification ou la division des pièces devint floue avec l'usage des nattes de tatami pour couvrir l'ensemble des sols. Jusqu'alors, les nattes légères (okitatami) avaient été habituelles et un protocole d'assise (swwariwake) avait évolué de telle sorte que le nombre de nattes, ou encore la couleur de la bordures de celles-ci, indiquait le rang et le statut social du noble qui y  prenait place. Quand les pièces furent uniformément couvertes de tatami, de telles distinctions de rang disparurent. Dès lors, une zone architecturale définie par un empilement de tatamis, c'est-à-dire un espace dont le niveau du sol s'élevait au-dessus du niveau général, fut créée. 

       L'autre interprétation est qu'à ce moment, un grand nombre de rouleaux à accrocher de la dynastie des Sung (960-1277) et des Yüan (1260-1368) étaient importés de Chine. Dans les constructions du précédent style shinden, les peintures étaient réalisées sur des partitions comme les murs ou les portes coulissantes. Afin d'exposer ce nouveau type d'art, qui incluait des peintures bouddhiques sur rouleaux donc, une encoche fut ménagée dans le mur et de minces planches y furent insérées.

       Les deux approches historiques sont, en signification comme en caractère, complètement différentes. Pour l'une, l'alcôve est un espace surélevé avec un sens social de hiérarchie, pour l'autre, c'est un espace d'exposition. Dans les dernières maison de samouraïs, l'alcôve n'était plus qu'un espace d'exposition. Il est dit par exemple, que dans les alcôves de l'ancienne retenue du shogun à Edo (New Tokyo), un rouleau fut (...) pour l'anniversaire  de la mort de Tokugawa Ieyasu (1542-1616) et se tint un festival. Dans la salle de cérémonie du thé des logements urbains ordinaires, l'alcôve se développa comme un espace dédié à l'appréciation esthétique. Et dans ces pièces (ceci est encore vrai de nos jours), l'invité ou l'invitée devait habituellement prendre soin de ne jamais présenter son dos à l'alcôve.

     

    pp. 85 A SUIVRE et A RÉVISER (c'est nous qui traduisons ! Espoir d'une anglophone de passage bientôt)...

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