• VERS LA NUIT, ENDORMIS

     DANS LE TRAIN DE NOS MAINS DE "GÉNIE"

    CADEAU - CACA DODO

       Coucher de soleil derrière un chêne marcescent, ce mois de mars 2018.

     

       S'atteler au bourbier conduit à l'horreur. (Pas original. Infinie.)

       Tout ce qui ne va pas en fonctionnement contemporain ressemble au nucléaire, - en moindre.

       Le pire qui (risque) va arriver découle du nucléaire, - l'analyse de Günther ANDERS laisse peu de doute au sceptique (arme corollaire et fatale du totalitarisme).

       Consciencieusement, nous allons conclure le voyage. Quelques pages jaunes sur fond de mur légèrement fissuré, nous allons produire ou reproduire, avant de fermer la "boutique", c'est-à-dire laisser les "lieux".

     

       A l'origine de Tsukeshoin, nous pressentions un delta gonflé d'énergie ?

          Il est là plus que jamais. Paradoxal. Fulminant (près d'engloutir). Innervant.

    Le fait de "savoir" (humilité) ce que nous "avons à faire" peut-il transformer la donne - nucléaire.

     

    CACA DODO

       "Dans" la Table des Marchand de Locmariaquer (56) : là où la connerie sérieuse, peut-être, commença... Celle par laquelle l'homme avait - soit aurait - à passer ?

        Pense-bête. Caractéristiques (occidentales ? de par notre participation - de naissance) :  conscience de la mort (et de la vie), peur de manquer, de souffrir, désir de comprendre, volonté de maîtrise, goût d'obtenir (et besoin ? d'être aimé, apprécié), plaisir de vivre, accru en tant qu'auteur de transformation (positive ?). Résultat outre-Occident : menace absolue sur la vie, pollutions et atteintes rongeantes proliférantes de pair, super-autorité et argent-dette, inconscience générale (doublée de - petits - calculs). Totalitarisme destructeur en devenir... en crainte, en soupçon, en témoignages évidents..., entre voie "souriante" et brutale ("terreur conformiste douce et non sanglante" / "terreur autoritaire et sanglante" ? - pour reprendre deux expressions de Günther ANDERS dans La Menace nucléaire (p. 79).

       La catastrophe finale a-t-elle à s'accomplir quant à elle ?

     

       Détour par Günther ANDERS une fois encore, par la technique et le savoir (des "moyens"...), au cœur de sa proposition philosophique. Ses certitudes, désespérées, argumentées.

       "Même si elle devait se révéler éternelle, l'époque que nous vivons est l'ultime et définitive époque de l'humanité, car nous ne pouvons rien désapprendre de ce que nous avons appris.

       (...)

       Voilà pourquoi le calendrier qui commença en 1945 est définitif. Ou bien nous continuerons à vivre dans cette époque, qui est la nôtre, ou bien nous cessons de vivre. Il n'y a pas de troisième voie.

       (...) on peut (...) définir l'homme comme l'être qui possède une fois pour toutes de façon irrévocable ce qu'il a appris et acquis, l'être qui ne peut pas apprendre à oublier et est condamné, de ce fait, à faire de chaque nouvelle chose qu'il apprend un nouvel élément de son a priori. Bref, l'homme serait l'être qui ne pourrait plus tout d'un coup ne plus pouvoir faire ce qu'il a été capable de faire une fois.* Cette thèse ne semble pas crédible : l'oubli n'est-il pas l'un de nos principaux attributs, l'un de nos principaux défauts à nous, les humains ? Ce n'est qu'une illusion. Car la mémoire dont il s'agit n'est pas la plus ou moins grande capacité subjective qu'a l'individu singulier de se souvenir, mais une partie de l' "esprit objectif" , c'est-à-dire une partie du capital que l'humanité a accumulé sous forme de langues, théories, livres, instruments et institutions. Cette mémoire est si massive qu'en tant qu'individus singuliers, nous pouvons tranquillement nous permettre d'en oublier une bonne part.

       * Notre propos ne doit bien sûr pas être compris comme une acceptation des prétendues "qualités héréditaires".

       Autrement dit, l'humanité ne souscrit pas à l'adage "une fois n'est pas coutume". Lorsqu'elle a découvert ou inventé quelque chose, c'est "une fois pour toutes". Cela vaut plus que jamais pour l'humanité de l'époque de la reproduction, qui, aujourd'hui, diffuse tout nouvel acquis de la science à des milliers d'exemplaires. Être confronté une fois à la bombe, c'est y être confronté une fois pour toutes. Nous sommes incapables de ne plus pouvoir savoir faire quelque chose que nous avons su faire une fois, de ne plus "pouvoir pouvoir faire" quelque chose que nous avons pu faire une fois : voilà la limite de notre liberté. (...) Jamais nous ne pourrons désapprendre une possibilité qui, en tant que partie de notre patrimoine scientifique et technique, appartient à la totalité que forment notre culture et notre praxis technique.

      Cela vaut pour toute possibilité acquise. (...) Il est courant aujourd'hui que la science et la technique se chargent de l'opération qu'accomplit notre mémoire de la même façon qu'elles se chargent d'autres opérations que nous accomplissons autrefois comme le transport de l'eau, la cuisson du pain et la formation de l'opinion. Nous avons délégué toutes ces opérations à d'autres instances, à des figures objectives - des instruments, des institutions, des disciplines scientifiques - dans lesquelles elles mènent à présent une existence propre que nous sommes incapables de révoquer. Aussi passionnément puissions-nous désirer ne plus posséder tel ou tel savoir-faire ou ne plus posséder telle ou telle technique, notre désir reste sans réponse, parce que nous ne décidons plus de ce que nous avons délégué à d'autres instances. Règle paradoxale : ce que nous ne possédons plus (puisque nous l'avons donné, c'est-à-dire transformé en théorie ou en chose), nous le possédons en fait définitivement puisque cela nous possède définitivement.

       A la formule d'abord utilisée : "nous serions des êtres qui ne pourraient plus ne plus pouvoir faire ce qu'ils ont été capables de faire une fois", il faut donc substituer cette nouvelle formule : nous ne pouvons plus effacer ou oublier ce que nous avons mis en dépôt dans les entrepôts de la science et de la technique et n'avons plus, pour cette raison, à le conserver en dépôt, dans notre propre mémoire. Cette possibilité particulière est perdue pour nous, mais dans un sens au plus haut point singulier : elle est perdue pour nous parce que nous ne pouvons plus la perdre. Lorsqu'il s'agit de ce qu'il y a de plus dangereux - comme c'est le cas avec l'arme nucléaire -, nous restons donc à la merci de ce danger d'une façon irrévocable.

       Si nous étions rousseauistes, nous verrions le scandale de la civilisation dans le fait de ne plus pouvoir nous débarrasser de ce que nous avons acquis. Peu importe que nous préférions décrire ce fait comme un "scandale" ou comme une "dialectique de l'objectivation", il reste incontestable qu'en fixant sous forme de chose ou de science nos possibilités particulières (et ce geste est la définition même de la "civilisation"), nous nous sommes par là même fixés à notre tour. Les choses devenues indépendantes se vengent de nous en nous privant de la liberté de révoquer la possibilité que nous avons fixées en elles. Bien sûr cette situation d'apprenti sorcier ne date pas de la découverte des armes atomiques. Nous vivons dans cette situation depuis des millénaires, depuis - au moins - le jour inconnu où pour la première fois, nous avons objectivé une possibilité particulière. Mais cette situation est devenue une malédiction pour la première fois à l'instant où, comme c'est aujourd'hui le cas, on a objectivé la possibilité d'une catastrophe définitive.

       Notre époque n'est pas accidentellement fugace : la fugacité est son essence. Elle ne peut pas passer dans une autre époque mais seulement sombrer.

       (...)."

       "Meurtre nucléaire n'est pas suicide" (1959), La Menace nucléaire, Considérations radicales sur l'âge atomique (1981), Günther ANDERS, trad. de l'Allemand par Christophe DAVID, Le Serpent à plumes, 2006, pp. 95-101.

     

        Nota :

       La Table des Marchand est un édifice qui a fabriqué le noir et le produit encore depuis sa reconstruction en cairn et dolmen (la nuit sans étoile, ou le gouffre - sans pierre luminescente, sans eau réfléchissante de quelque autre source de lumière par exemple). Ceci est vrai la nuit, noire, ou lorsque l'on chemine vers son fond, mais aussi en permanence, si son entrée est occultée.

       Participant d'un territoire gigantesque et certainement pour partie "oublié", pour le moins caché par la mer aujourd'hui d'un niveau très supérieur (on peut imaginer la presqu'île de Quiberon et la côte maritime actuelle - à l'érosion naturelle près déployée depuis quelques millénaires, en plus de leur orientation et implantation géographiques exceptionnelles, comme des reliefs dominants, se découpant dans un paysage plus étendu, et sec, hors eaux), elle s'insère dans le vaste ensemble néolithique de Carnac.

       Concrétion de lieux sacrés ? le plus probablement constructions astronomiques et astrologiques (en ce que les édifices aident à lire le ciel, en marquent et en enregistrent les moments singuliers vus de la Terre et entendent ? pouvoir en prévoir l'avenir, par la compréhension de cycles et l'apparition de phases particulièrement actives) : Carnac.

       La Table des Marchand s'illumine du lever du soleil, jusqu'au fond, jusqu'à sa pierre levée, pour moitié seulement toutefois, au solstice d'hiver.

       "Voir" : http://tsukeshoin.eklablog.com/carnac-digest-p1347938 par https://fr.sputniknews.com/analyse/201412221022994120-le-solstice-d-hiver-les-portes-dans-l-au-dela/

       La Table des Marchand s'illumina-t-elle sporadiquement d'un feu, d'une flamme, d'une lampe à graisse... en ses temps "reculés".

       De nos jours, un éclairage à intensité variable, calculé, installé en pied des pierres finales, frontales, met en scène répétitivement les motifs sculptés. Son interruption cyclique est programmée.

     

       Cet il y a très longtemps - à l'échelle de l'histoire humaine, même si le nom de préhistoire a été académiquement donné aux longues phases néolithiques, peut-il nous aider à intégrer (et dépasser... quel espoir...) les analyses atroces de Günther ANDERS alors que l'évolution hypertrophique des techniques semble "l'avenir" de l'homme, sur fond de nucléaire industriel, dans la plus grande noirceur (obsolescence de l'homme plus forte encore que la faiblesse de ses capacités de représentation que propose le philosophe allemand, obsolescence d'intérêt à exister, en plus d'une déchéance, physiologique pour le moins, continue, observable), lui donnant raison infernale ?

       De la disparition, de la substitution, du malheur, mental, charnel, sensible.

     

    « NUCLEAIREPEUR »